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A la croisée des chemins, Pékin fait le choix de « la rue arabe » contre l’Occident

Au-delà des déclarations, une efficacité directe aléatoire.

Le 3 novembre, dans une note de « l’European Coucil on foreign relations » Camille Lons, diplômée de la London School of Economics, titulaire d’un Master de relations internationales de Sciences-Po Aix, ancienne chercheur associée à l’Institut pour les Études stratégiques (IISS) à Taïwan et à Bahreïn, explorait à la fois les intentions cachées et les limites de la stratégie chinoise de « faiseur de paix ».

Alors que jusqu’à présent, Pékin s’était soigneusement tenu à la « poignée d’éventail » des tensions entre le Monde arabe et Israël soutenu par Washington, la nouvelle posture exprimée par la diplomatie chinoise, prenant le vent de la contestation globale de l’Occident, se pose en médiateur pacifique en Ukraine et au Moyen Orient en affichant une « neutralité pro-russe et pro-palestinienne ».

L’efficacité directe n’est pas au rendez-vous. Force est en effet de constater que l’actuelle trêve en cours ayant abouti à la libération ciblée et au compte-gouttes des otages par le Hamas, a largement été conclue en marge des influences chinoises.

Le passage à Pékin des ambassadeurs du Monde arabe, coïncidait avec les premières informations sur une trêve négociée, sans la Chine, entre Washington, Tel Aviv, Le Caire et Doha [au nom du Hamas].

Elle a abouti, le 25 novembre, à la libération de 24 otages (13 Israéliens, 10 Thaïlandais [2] et 1 Philippin), première étape d’un processus ayant placé le gouvernement israélien face au piège tactique d’avoir à choisir entre la libération des otages et sa stratégie de « guerre totale » contre le Hamas.

Malgré son activisme diplomatique, et au-delà de ses déclarations, la vérité est que la Chine pèse peu dans l’actuelle complexité d’un conflit dont les racines politiques et religieuses plongent dans l’immédiat après-guerre de la création de l’État juif au milieu de la défiance et souvent du rejet de nombreux États arabes. « Aucune des initiatives chinoises de médiation proposées par le passé entre Israël et l’Autorité palestinienne depuis 2000, n’a abouti. » (…)

« Étant donné la réticence actuelle de Pékin à condamner le Hamas, une médiation de Pékin sur la crise en cours semble encore moins probable qu’auparavant. » (…) Après avoir souligné le parti-pris de Pékin, Camille Lons souligne sa faible réactivité « Alors que les dirigeants et diplomates américains et européens étaient déjà en tournée en Israël et au Moyen-Orient depuis huit jours, il a fallu près de deux semaines à Xi Jinping pour faire une déclaration sur la crise ».

Contredisant les récentes analyses anticipant son retrait de la région, Washington positionnait deux groupes aéronavals et un sous-marin en Méditerranée orientale.

Même Moscou s’est plus montré plus actif que Pékin à l’ONU. Le 16 octobre dernier, moins de dix jours après l’attaque barbare du Hamas contre Israël, et avant même l’offensive terrestre de Tsahal, la Russie était en effet l’auteur d’une résolution pour un cessez-le-feu humanitaire (néanmoins rejetée par la France, le Japon, le Royaume Uni et les États-Unis, parce qu’elle ne mentionnait pas les massacres du 7 octobre par le Hamas.).

Au cours de ce vote, touchant aux tréfonds de l’intimité émotionnelle de l’État juif et de son histoire, Guilad Erdan ambassadeur d’Israël à l’ONU, avait rappelé que l’idéologie du Hamas, comparable à celle des Nazis, appelait à la destruction d’Israël. Il a également exhorté le Conseil à « soutenir pleinement le droit d’Israël à se défendre et à exiger immédiatement et sans condition la libération de tous les otages. »

La suite de l’analyse explore le machiavélisme de Pékin, mais sous-estime la force de sa rancœur anti-occidentale.

Illusions européennes.

Tant que le conflit israélo-arabe aujourd’hui contenu par la dissuasion des pré-positionnements de l’US Navy, ne déborde pas vers un tumulte global affectant les intérêts chinois d’approvisionnement en sources d’énergie ou de souveraineté en mer de Chine du sud et dans le détroit de Taïwan, il profite à la Chine dans le contexte plus large de sa rivalité globale avec Washington. Chacun voit en effet que la guerre à Gaza, comme celle en Ukraine, détourne l’Amérique du théâtre stratégique de l’Indo-pacifique.

En même temps, attisant les griefs de la région contre l’Occident, il brouille sérieusement la stratégie américaine des accords d’Abraham visant, contre Téhéran proche de Pékin, à rapprocher, les pays arabes de l’État juif.

La conclusion de Camille Lons propose de prendre Pékin au mot de ses initiatives de sécurité globale. Sans oublier que les stratégies de la Chine sont toujours articulées à l’aune de ses intérêts directs, elle suggère que « dans le prolongement de la précédente médiation chinoise entre l’Iran et l’Arabie saoudite », les Européens « dont les intérêts pour la stabilité du Moyen Orient croisent ceux de la Chine, se rapprochent de Pékin pour l’encourager à agir comme un acteur constructif dans la stabilisation régionale. »

La portée stratégique de la vision dépasse celle de Joe Biden qui, lors du face-à-face de quatre heures avec Xi Jinping à San Francisco, lui avait seulement demandé de jouer de son influence à Téhéran pour, au minimum, éviter l’escalade régionale de l’entrée du Hezbollah, dans le conflit.

Anticiper l’avenir dans cette situation extraordinairement confuse est complexe. Émotionnellement perturbée par les craintes existentielles d’Israël réveillées par le pogrom du 7 octobre, la lucidité des stratèges occidentaux proches d’Israël est aussi prise à contre-pied par la puissante inversion de l’opinion mondiale anticipée par Pékin.

A mesure qu’il libère les otages en se donnant le beau rôle, le Hamas que la «  rue arabe » porte aux nues, s’est replacé au centre du jeu.

Dès lors, la probabilité est forte que la stratégie chinoise ne soit pas très réceptive aux suggestions européennes. Articulée sans esprit de recul au défi à l’occident, elle continuera de prendre ses distances à l’égard du couple Washington-Tel Aviv dont de nombreux signes, y compris en Israël même, montrent que la solidité pourrait commencer à vaciller.

Note(s) :

[2Le 24 avril, le journal Libération notait qu’avec 32 morts, 23 otages et une vingtaine de blessés graves, la Thaïlande était la « nation étrangère » la plus touchée par le massacre du 7 octobre. Les chiffres ont mis en lumière la présence importante de travailleurs migrants venant de l’ancien Royaume du Siam.

Aujourd’hui, ils sont plus de 30 000 à travailler dans le pays, recrutés pour remplacer les Palestiniens dont les opportunités de travail en Israël ont été réduites à la suite de la première Intifada (fin des années 80, début des années 90).

Le gouvernement israélien évoque pour sa part le chiffre de 54 otages thaïlandais, tandis que Bangkok parle de dizaines de ressortissants « impossibles à contacter en situation de travail illégal ».


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