›› Politique intérieure
La démocratie parlementaire débordée.
Martin Lee constate que les ferments semés par son action légaliste sont aujourd’hui débordés par une mouvance radicale d’opposition à la Chine.
Il est vrai qu’au Legco, les démocrates progressèrent depuis seulement quelques sièges en 1991 pour atteindre 42,26% des voix et 19 sièges aux élections de 1995, largement au-dessus des autres partis dont les quatre formations pro-Pékin totalisèrent moins de 25% des suffrages.
Mais à partir des élections de 2000, les démocrates divisés reculèrent face à la montée du parti pro-Pékin de « l’Alliance démocratique pour les progrès de Hong Kong - DAB ».
Aux élections législatives de 2016, après la protestation de « Occupy Central » et l’échec de la réformé électorale en 2015, le paysage politique se fragmenta. Lire : Hong Kong : « Occupy Central » s’étiole, tandis que resurgit le contentieux sino-britannique.
Les pro-Pékin obtinrent 40,17% des voix et 40 sièges. L’alliance démocratique recula à 36,02% des voix et seulement 24 sièges. Mais surtout, marquant un durcissement contre le Continent, le parti « localiste » dont les arrière-pensées portent une rupture avec la Chine, obtint 19% des voix et plusieurs sièges aussitôt contestés par Pékin.
Ce paysage électoral qui fait surgir un risque de sécession, constitue le nouveau fond de tableau politique de la R.A.S. Il explique très largement le raidissement de l’appareil. Le surgissement des jeunes radicaux issus du mouvement « Occupy Central » et réclamant un référendum en 2047 a échappé à Martin Lee. Pour le pouvoir central dont la ligne politique est dominée par l’exigence absolue de souveraineté, il dessine un déchirement inacceptable.
Réfléchissant à l’avenir, Lee constate que le radicalisme des jeunes démocrates sécessionnistes est dans une impasse. L’avenir dira si le durcissement du mouvement le conduira, comme certains le croient, à une dissidence souterraine ou si la puissance de la mouvance pro-Pékin et la féroce répression finiront de le marginaliser, tandis que la mouvance des affaires, véritable ADN apolitique de la R.A.S, reprendra le dessus.
En tous cas Pékin qui se souvient des humiliations que lui infligèrent les Occidentaux et notamment les Britanniques, se braque.
Le 19 novembre, après que le ministre des Affaires étrangères britannique ait accusé Pékin d’avoir « manqué à ses obligations internationales », le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a mis en garde Londres et ses alliés américains, canadiens, néo-zélandais et australiens, accusés d’ingérence dans les affaires intérieures chinoises.
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Pour l’heure, la cible prioritaire de la vindicte chinoise est Canberra accusé par Pékin d’accumuler sans raison les motifs de tensions. A la racine de cette colère dilatée en une sévère empoignade diplomatique, l’outrage publique infligé à Pékin par Scott Morrison qui réclame une mission d’évaluation à Wuhan sur la réaction initiale de la Chine à la pandémie qui met l’appareil hors de lui. Lire : Origine de la pandémie. L’Australie face aux puissantes pressions de Pékin. Quelles perspectives pour une OMS indépendante ?
Le 19 novembre, un responsable chinois a remis un dossier aux médias australiens dans lequel figuraient 14 sujets de plainte allant de l’ingérence dans les affaires de Hong Kong et du Xinjiang à l’ostracisme frappant le groupe Huawei, au prétexte de « sécurité nationale » également évoqué pour limiter nombre d’investissements chinois.
Par-dessus ces effervescences surgit le constat qu’au milieu des compétions d’affaires et des intérêts sonnants et trébuchants de chacun, l’ouverture politique du Monde à lui-même et l’attention portée aux autres font désormais partie du passé.
Plus encore, alors que le discours normatif de la Chine affirme bruyamment la prévalence implacable de sa souveraineté, tandis que fleurit la mode des autocrates prisés pour leur efficacité bien supérieure à celle des souverainetés populaires, la question se pose de l’anachronisme des régimes démocratiques.
