›› Politique intérieure
Martin Lee, symbole révolu de la démocratie
Âgé aujourd’hui de 81 ans, l’homme inscrit au barreau de Hong Kong du temps des Anglais participa à la rédaction de Basic Law. Depuis les années 80 il milite pour préserver la démocratie dans l’ancienne colonie britannique.
Aujourd’hui, la nouvelle loi sur la sécurité nationale fait de lui un hors-la-loi en liberté sous caution pour avoir cherché l’appui de la Maison Blanche en se rendant plusieurs fois aux des États-Unis. Même son activisme modéré sort de l’épure politique de Pékin qui interdit les manifestations et retire des librairies les livres sur la démocratie.
A l’automne d’une vie de lutte, le vieil avocat qui se bat pour réfuter les charges de sédition qui pèsent sur lui pour avoir participé aux manifestations en 2019, est isolé. Ses compagnons modérés lui reprochent de ne pas avoir saisi l’occasion du suffrage universel même « aux caractéristiques chinoises » proposé par Pékin en 2014 (lire : Hong Kong : un suffrage universel aux « caractéristiques chinoises. »).
A l’autre extrémité du spectre politique, les jeunes radicaux insurgés qui, l’année dernière, se heurtèrent à la police à coups de cocktails Molotov, l’accusent d’avoir manqué de véhémence pour préserver la démocratie.
C’est peu dire que le retour de la règle inflexible heurte la mémoire de celui qui, tout jeune enfant - il était à l’époque âgé de 11 ans – avait en 1949 fui la Chine communiste avec ses parents.
Trente années plus tard, le Continent n’avait pas encore pansé les plaies du Maoïsme. Mais la colonie était devenue un puissant centre manufacturier tirant profit à la fois des bas salaires et de l’État de droit, garantissant la propriété individuelle.
Alors que Hong Kong s’apprêtait à muter en un centre financier de réputation mondiale, Lee (de son nom chinois Li Zumin 李柱銘), Président du Barreau, était alors un des avocats le mieux payés de Hong Kong et un « très honorable » membre du Conseiller privé de sa Majesté britannique.
C’est au moment où, dans les années 80, Londres et Pékin commencèrent à négocier le retour du « Port aux parfums » dans le giron politique de la Chine communiste que l’avocat à succès se mua en défenseur de la démocratie. Mais son activisme ne ciblait pas seulement Pékin. Chris Patten, le dernier gouverneur de Hong Kong parti le 1er juillet 1997 avec l’Union Jack sous le bras à bord du Britannia, le yacht de sa majesté dont c’était la dernière mission se souvient.
Un militant démocrate inflexible, mais un politique naïf.
C’est Lee qui demanda que les autorités britanniques introduisent l’exigence de démocratie dans la loi fondamentale cadre général du schéma « un pays deux systèmes », stipulant que le gouverneur ne serait pas nommé par Pékin, mais élu au suffrage universel. Pékin refusa et proposa un moyen terme ambigu, que Londres accepta.
Les droits de manifester, les libertés religieuses, de parole et de presse, la liberté d’association et de manifester, le droit du travail et syndical furent formellement garantis, mais il était précisé que l’ANP conserverait le pouvoir d’interpréter la loi en dernier ressort [2].
Quant à l’introduction du suffrage universel pour la nomination du Gouverneur qui n’existait pas du temps des Britanniques, elle n’était pas formellement rejetée. Mais la date de sa mise en œuvre fut laissée dans le vague, à la diligence de Pékin.
L’article 45 de la loi précise notamment « La méthode de sélection du chef de l’exécutif sera précisée à la lumière de la situation réelle dans la Région administrative spéciale de Hong Kong et conformément au principe de progrès progressif et ordonné. L’objectif ultime est la sélection du chef de l’exécutif au suffrage universel sur proposition d’un comité de nomination largement représentatif conformément aux procédures démocratiques. »
Lee qui avait durci sa position, condamna Londres qu’il accusa de « sacrifier Hong Kong sur l’autel de ses bonnes relations avec la Chine ». La prise de position n’avait pas échappé à Pékin. Avec le militantisme inflexible de Lee en faveur de la démocratie, cette prise de position considérée par l’appareil comme une trahison, constitue le fond de tableau du harcèlement politique et légal que lui inflige aujourd’hui le Parti communiste chinois.
Aujourd’hui, près de 40 ans après ses premiers engagements politiques, il se souvient que ses pairs de la riche mouvance des affaires et de l’oligarchie au pouvoir, l’avaient jugé futile. Ils l’accusaient de risquer, sans espoir réel de résultats, de mettre en danger le fragile équilibre socio-économique de l’ancienne colonie et d’irriter ses nouveaux maîtres.
Il se souvient avec amertume que son père l’avait mis en garde. Ancien officier général du Kuomintang, purgé par Mao, il observait avec scepticisme ses enthousiasmes démocratiques quand il avait été invité par Pékin à participer à la rédaction de la Loi Fondamentale.
« On ne peut pas faire confiance aux communistes. Tant qu’ils auront besoin de toi, ils te donneront tout ce que tu voudras, l’argent, les femmes, le statut, tout !! Mais quand ils t’auront utilisé jusqu’à la corde, non seulement ils te jetteront à terre, mais ils te marcheront dessus ».
Mais en Chine même, l’appareil qui tient à distance un risque de rupture propagé par une mouvance dite « localiste », partie la plus extrême du mouvement démocrate, propageant l’idée qu’en 2047, il conviendrait d’interroger les Hongkongais s’ils souhaitent réellement être rattachés à la Chine, bénéficie du soutien unanime de l’opinion qui considère les protestataires comme des « enfants gâtés ».
Ceux qui portent ces idées sont désormais mis au ban. La loi sur la sécurité nationale les a rejetés dans la catégorie des dissidents coupables de sécession et de collusion avec l’étranger. Plus encore que Martin Lee que sa notoriété protègera peut-être, ils risquent la prison à vie.
Note(s) :
[2] L’ANP a fait jouer plusieurs fois son droit de regard. On retiendra entre autres qu’en 1999, contredisant la Haute cour de Hong Kong, elle jugea que les enfants des résidents de Hong Kong nés en Chine ne pouvaient pas être considérés comme des résidents de la R.A.S.
En avril 2004, elle décida que les élections du gouverneur en 2007 et du Legco en 2008 ne seraient pas tenues au suffrage universel.
En novembre 2016, elle interdit de facto à deux députés hongkongais qui avaient délibérément écorché leur prestation de serment de siéger au Legco. Le 11 novembre 2020, elle adopta « le décret patriotique » stipulant que les députés du Legco devaient faire allégeance à Pékin.

