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›› Technologies - Energie

A Dubaï, la Chine championne des renouvelables et du charbon

Après deux semaines, la « COP 28 » des Nations Unies à Dubaï, organisée au cœur des gisements d’hydrocarbures à l’origine des gaz à effet de serre, et à laquelle le Président Xi Jinping s’était fait représenter par Ding Xuexiang, un de ses plus proches fidèles, Vice-premier ministre et nº6 du Comité permanent, s’est achevée le 13 décembre.

En dépit des appréciations laudatives de nombreux observateurs évoquant « un accord historique », le communiqué final lui-même exprimait quelques réserves.

Il faut dire qu’au milieu de fortes tensions sino-américaines, les échanges conviviaux entre John Kerry (79 ans) et son homologue chinois Xie Zhenhua (74 ans), vaillant défenseur de la cause chinoise écologique chinoise en dépit d’une récente crise cardiaque, furent un des motifs d’optimisme.

Les deux qui représentent les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre de la planète, se connaissent depuis 15 ans. Habitués des séances de travail tardives jusqu’au milieu de la nuit, ils s’étaient une nouvelle fois rencontrés à l’occasion du sommet entre Joe Biden et Xi Jinping en marge de l’APEC à la mi-novembre.

Le diplomate chinois Qian Guoqiang, qui analyse leurs échanges en termes de rapports de forces, raconte comment la relation entre les deux s’est améliorée au fil des années depuis leur première rencontre à la COP 13 de Bali en 2007.

« Les premiers échanges furent acerbes et enflammés » et le chemin vers la convivialité complice d’aujourd’hui n’a pas été facile. En 2011, à la COP 17 de Durban, Xie avait fait un discours remarqué. Brandissant son poing levé, il avait lancé aux pays développés « A quel titre nous donnez-vous des leçons ? Nous avons fait ce que nous avions à faire. Voilà vingt ans que vous parlez et vous n’avez rien fait. »

A Dubaï, en tous cas, la coopération entre Xie et Kerry fut essentielle à la crédibilité de la Conférence et à ses conclusions qui disent avoir engagé la planète sur la voie « historique » de l’abandon à terme des combustibles fossiles.

Pour autant, même s’il est exact que la déclaration officielle par une COP Climat ONU de la « sortie à terme - transition away » de l’énergie produite par la combustion du gaz et du pétrole est une première, [pour mémoire, en 2021, la COP 26 de Glasgow avait acté l’abandon du charbon], la réalité est cependant que le compte n’y est pas.

Les lacunes d’une déclaration en trompe-l’œil.

Simon Stiell, originaire de la Grenade dans les Caraïbes, ancien ministre de l’environnement (entre autres), secrétaire général de la Conférence, laisse lui-même entendre que la plupart des pays étant très en retard sur leurs promesses de réduire les émissions de 43% lors de la COP 21 en 2015 à Paris – elle aussi qualifiée d’historique - (lire : COP 21 : entre illusions et scepticismes. Réalités et limites des contributions chinoises), l’objectif de limiter le réchauffement global à +1,5ºC d’ici 2030 sera difficile à atteindre.

Quant à la mouvance mondiale des écologistes militants, elle considère purement et simplement, à contrecourant des appréciations laudatives, que les promesses de la COP 28 sont un recul par rapport à celles des Conférences précédentes.

Le pessimisme s’alimente d’abord du fait que le Président de la COP 28 lui-même, Sultan Bin Ahmed Al Jaber, 50 ans, ministre de l’Industrie et des technologies des Émirats et PDG de la compagnie pétrolière nationale affirmait dès 15 décembre dans une interview au Guardian, que sa compagnie continuera ses recherches pétrolières en y investissant 150 Mds de $ dans les sept années qui viennent.

On n’oubliera pas que, sur un mode schizophrénique, la rémanence des hydrocarbures s’alimente de la demande en hausse de pétrole des pays développés eux-mêmes. Alors que 15% des émissions mondiales sont liées au pétrole et au gaz, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) et l’OPEP anticipent qu’en 2045 la consommation aura augmenté de 17% par rapport à 2022, avec cependant un fort ralentissement de la croissance à partir de 2035.

Le Pakistanais Farook Tazik activiste du climat et du droit du travail, connecté à la paysannerie de son pays, note que la formulation des conclusions de la COP 28 sur les combustibles fossiles passe sous silence la production d’électricité par des centrales au charbon, de loin la première source d’électricité sur la planète, que les conférences précédentes s’étaient au contraire engagées à réduire.

Il cite la situation au Pakistan. « Avec 21 producteurs indépendants d’énergie thermique, l’énergie à base de combustibles fossiles représente près de 60% du total (32,3% au gaz, 12,8% au charbon et 14,3% au pétrole), et le gouvernement n’a pas l’intention de la réduire, préférant promouvoir la production locale d’énergie à base de charbon. »

Autre lacune de l’accord, soulignée elle aussi par Farook Tazik, l’insuffisance des financements nécessaires à combler les pertes et dommages dus au réchauffement et indispensable à l’aide aux pays en développement eux-mêmes, grands consommateurs de combustibles fossiles.

Insuffisance des financements.

Dans une émission de France Inter du 13 décembre, pour fixer les idées, Valérie Masson-Delmotte, climatologue, membre du Haut Conseil sur le climat notait que la somme de 725 millions de $ initialement prévue par la COP 28, à peine égale aux salaires annuels des 6 joueurs de football les mieux pays au monde (738 millions de $) ne représente que 0,7% des 100 Milliards de $ que la COP 21 à Paris estimait nécessaires.

Même avec les 12,8 Milliards de $ supplémentaires promis par 31 pays, le total reste toujours très en-deçà des besoins nécessaires pour atténuer les effets du changement climatique, qu’un article récent, du Guardian estimait à 387 Milliards de $. Certains disent même 590 Mds de $. Ce qui placerait les promesses de la COP 28, (13,5 Mds) au mieux à 3,4% des besoins, au pire à seulement 2,2%.

Pleins feux sur les renouvelables. Ambiguïté sur les sources fossiles.

De son côté, la Chine, a par la voix de Ding Xuexiang, tiré profit de sa position industrielle et commerciale dominante dans le secteur des énergies renouvelables pour exhorter tous les participants à imiter son exemple. En même temps, tout en rappelant ses progrès réels ddans la réduction de son empreinte charbon, il a édulcoré la rémanence des combustibles fossiles dans son mix énergétique.

S’il est exact qu’en 2022, champion incontesté du secteur, Pékin a investi 546 Mds de $ dans les énergies propres, soit quatre fois les dépenses américaines et trois fois celles de l’UE, comptant pour près de 50% des dépenses mondiales, dont plus de 50%, alimentent l’export [1].

Il n’en reste pas moins que les déclarations des responsables chinois, parfois antinomiques, diffusent le sentiment d’une réticence à libérer le pays de sa dépendance au charbon et au pétrole. A l’approche de la COP 28, Xie Zhenhua lui-même, gardant en mémoire l’importance du parc chinois de centrales au pétrole, au charbon ou au gaz, déclarait que « l’élimination complète du charbon ou d’autres combustibles fossiles restait irréaliste ».

A l’inverse dans son discours, du 5 décembre, Ding envoyé personnel de Xi Jinping, a réaffirmé l’intention de Pékin d’atteindre le « pic carbone » en 2030 et la neutralité en 2060. Les actes ne suivent pas toujours les paroles. S’il est exact que Pékin a décidé de ne plus construire de centrales thermiques au charbon ou au pétrole le long de ses Nouvelles routes de la soie, c’est encore loin d’être le cas en Chine.

Le « Centre for Reasearch and Clean Air - CREA littéralement « Centre pour la recherche sur l’énergie et la propreté de l’air » - ONG indépendante à but non lucratif créée à Helsinki en 2019, qui reconnait les progrès de la Chine en matière d’énergie propre (lire : China’s new coal power spree continues as more provinces jump on the bandwagon) met tout de même en garde :

« Si l’actuelle vague d’autorisation de construction de nouvelles centrales au charbon ou de redémarrage des constructions arrêtées qui installeront 392 GW supplémentaires (soit 2,8 fois la capacité totale installée d’EDF) n’étaient pas stoppées, les promesses du plan à quinze ans (2026-2030) de réduction des centrales au charbon ne seront pas tenues. »

Pour Nis Grünberg de l’Institut Mercator, docteur en économie et titulaire d’une maîtrise en études chinoises, le discours de Pékin qui focalise sur ses progrès en renouvelables, « permet à la Direction chinoise de reporter à la date la plus lointaine possible l’élimination coûteuse des combustibles fossiles dont la planète a pourtant un besoin urgent.  »(…)

Il ajoute que « si elle veut rester crédible pour parler au nom des économies en développement vulnérables, [comme l’a fait Ding Xuexiang dans son discours], elle doit agir plus rapidement en matière de combustibles fossiles. »

Note(s) :

[1Alors que les sources d’énergie primaire restent à 80% le charbon et le pétrole (charbon 55.47% - en baisse de 31% depuis 1965, pétrole 17,67% stable depuis 1981 –) la part des renouvelables est encore inférieure à 20% – Hydraulique : 7,67% ; Éolien : 4,49% ; Solaire : 2,52% ; Nucléaire : 2,36%. Sources : China : How much of the country’s energy comes from fossil fuels ?.

En même temps, par sa capacité de synthèse des secteurs industriels et commerciaux, la Chine a, en proposant des prix en moyenne 20% moins chers que ses concurrents occidentaux, réussi à mettre sur pied un écosystème industriel intégré de batteries, de véhicules électriques et de panneaux solaires dont la puissance à l’export est incomparable.

Comme l’écrit le « Courrier International » du 21 septembre 2023, depuis que le marché américain leur est fermé par « l’Inflation Reduction Act », les panneaux solaires chinois submergent l’Europe.

La Tribune de Genève sonne l’alerte : « La panique s’installe dans l’industrie solaire européenne. Selon une déclaration déposée la semaine dernière auprès de la Commission européenne, le marché serait inondé d’importations chinoises bon marché, ce qui mènerait les fournisseurs européens à la ruine » (…)

La frénésie quantitative attisée par l’appât du gain, source de la multiplication des fabricants chinois concurrents, crée mécaniquement un engorgement, provoquant les faillites des fabricants européens incapables de s’ajuster à la concurrence des prix chinois. « Aux Pays-Bas sont actuellement stockés tellement de modules chinois que la demande en Europe est pratiquement couverte pour deux ans. Par conséquent, les prix des modules solaires chinois sont en chute libre. »


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