›› Chine - monde
L’impressionnante parade du 3 septembre. Au-delà du pas de l’oie.
Le 3 septembre dernier, sur la place Tian An-men, les trois « drapeaux rouges », en tête, celui du Parti au milieu le drapeau national, en dernier celui de l’APL, portant les chiffres chinois Ba Yi 八 一, 1er août, en référence au 1er août 1927, date de la fondation de l’Armée Populaire de Libération, après le soulèvement de Nanchang 南昌起义 en riposte aux purges de Tchiang Kai-chek.
*
De l’avis de tous les observateurs témoins de son lancement sur la place Tain An-men par le mouvement rigide, saccadé et mécanique des sentinelles de la garde aux trois drapeaux rouges – du Parti, de l’APL et de la RPC -, avançant l’une après l’autre au pas de l’oie des soldats prussiens du XVIIIe siècle, le défilé du 3 septembre sur Chang An - 长安 -, l’avenue de la Grande Paix – organisée en mémoire de la victoire sur le Japon en 1945, fut une impressionnante démonstration de force à la gloire de Xi Jinping.
Soigneusement millimétrée et cadencée dans de vastes alignements au cordeau, le déploiement à l’ampleur inédite a durant 70 minutes présenté au monde 10 000 hommes et femmes de l’APL, groupés en carrés compacts, une centaine d’avions et d’hélicoptères de combat, un nombre impressionnant de véhicules blindés et le dernier cri des équipements dont, entre autres, des missiles et des robots militaires.
Parmi les armements les plus récents qui, selon Michael Raska, professeur adjoint au programme de transformations militaires de l’Université technologique Nanyang de Singapour, ne sont plus seulement « des copies rudimentaires d’il y a vingt ans des modèles occidentaux », citons, notamment les missiles et les drones produits en quantité par le complexe militaro-industriel dont la productivité et la réactivité sont très au-dessus des lourdeurs des pays démocratiques soumis à l’exercice des discussions budgétaires et à l’impératif de la rentabilité immédiate des industriels.
Ainsi le Dongfeng DF-61 pour 东风 –Vent d’Est-, à ogives multiples ; le missile balistique intercontinental DF-5C capable, depuis le nord de la Chine de frapper directement les États-Unis ; ou encore le missile à portée intermédiaire DF-26D baptisé « le tueur de Guam - 关岛杀手 - », qui pourrait atteindre les bases militaires américaines de l’Île de Guam, dans l’archipel des Mariannes en mer des Philippines, plus de 4000 km au Sud-est de Pékin.
Dans la panoplie des armes défensives, citons aussi le laser géant LY-1 dont on parle beaucoup, capable de désactiver les ensembles électroniques ou même d’aveugler les pilotes et une vaste gamme de missiles air-sol antinavires hypersoniques difficilement interceptables de la famille des « aigles » YJ-15, 17, 19, 20. (“YJ“ pour 鹰击 Ying Ji - “attaque de l’aigle”).
A côté de sa flotte d’avions de chasse furtifs J-20 et J-35 de cinquième génération, la Chine a également développé une vaste panoplie de drones dont certains sont équipés de l’Intelligence Artificielle. C’est le cas du drone sous-marin géant AJX-002 en forme de torpille et du HSU 100 de reconnaissance et de surveillance, dont Pékin affirme qu’il sont opérationnels.
De même, le GJ-11 - pour Gong Ji 攻击– attaque - dit « sabre trenchant 利剑 lijian » fabriqué par AVIC, capable de missions de reconnaissance et de frappes chirurgicales (lire la longue expérience chinoise en matière de drones - Les drones tueurs. La Chine entre en lice, entre commerce, rivalité stratégique, efficacité tactique et controverses morales).
Enfin, on n’oubliera pas le formidable développement de la marine aujourd’hui dotée, selon l’US department of Defense, de 332 navires de combat, contre seulement 291 à l’US Navy (lire le § « Puissance de l’aéronavale » de notre article Espace et marine de guerre).
*
Pour autant, sous la surface de la puissante démonstration de force du 3 septembre mimant les défilés de la victoire contre les Nazis organisés tous les 9 mai par la Russie, persiste un très sérieux hiatus de la propagande de l’appareil à propos de la résistance au Japon.
Réécriture de l’histoire.
Tchiang Kai-chek et Mao dont l’alliance contre les Japonais n’a duré que jusqu’en 1938.
*
A l’intérieur, la lutte contre l’agression de l’empire nippon en Chine ne fut en majorité pas l’œuvre du PCC, mais du KMT. A l’extérieur, la victoire fut portée par l’aéronavale américaine et les deux frappes nucléaires des 6 et 9 août 1945. Elles furent les préludes à l’annonce, le 15 août, par l’empereur Hirohito de la reddition du Japon, dont la capitulation formelle fut signée le 2 septembre 1945, à bord du cuirassé américain Missouri.
En Chine, contre le Japon, le Parti Communiste a ménagé ses forces.
Il est exact que durant la 2e guerre sino-japonaise, - 1937-1945 – dont le bilan fut de 20 millions de morts, l’Armée rouge a d’abord combattu aux côtés des forces du KMT, notamment lors de la bataille de Taiyuan – septembre – novembre 1937. Mais la réalité est que la coopération entre Mao et Tchiang Kai-chek a très vite atteint ses limites après la bataille de Wuhan de juin à octobre 1938.
Perdue par les troupes de l’alliance PCC – KMT, au prix de plus de 400 000 pertes, tués, blessés et disparus (certains parlent d’Un million de pertes chinoises militaires et civiles) et plus de 100 000 pertes infligées au Japon, la bataille de Wuhan, clé de la plaine centrale où plus de 70% des jeunes officiers de Tchiang Kai-chek furent mis hors de combat, constitua le point culminant de la coopération entre le KMT et le PCC.
Après cette date, l’alliance entre Mao et Tchiang qui se méfiaient l’un de l’autre, commença à se défaire à mesure que les Communistes ralliaient les résistances chinoises derrière les lignes japonaises, allant même parfois jusqu’à les agresser quand elles refusaient de changer d’allégeance. En juin 1939, le général He Long, transfuge du KMT, futur vice-premier ministre, à l’époque à la tête d’une unité de l’armée rouge, anéantit dans le Hebei, une brigade de résistants commandée par Zhang Yin-wu qui refusait la tutelle communiste.
À partir de 1940, les conflits ouverts entre nationalistes et communistes se multiplièrent dans les zones restées hors du contrôle japonais. Ils culminèrent du 7 au 13 janvier 1941 avec « l’incident de l’Anhui du Sud » quand, à Maolin, 200 km à l’ouest de Hangzhou, les troupes de Tchiang Kai-chek tendirent une embuscade aux Communistes.
L’incident qui, selon le KMT, ripostait à une attaque communiste, marqua la fin de la coopération entre Mao et Tchiang. Par la suite, le Deuxième Front uni s’effondra complètement, tandis que Mao basculait ses priorités vers la prise de pouvoir en Chine. A cet effet et en prévision de la guerre civile, il ménagea ses forces et réduisit l’engagement de l’armée rouge contre le Japon.
A l’extérieur, dans le Pacifique occidental, la guerre contre le Japon fut celle de l’Amérique.
Dans l’imaginaire du Pentagone, la légitimité de la présence des forces armées terrestres, navales et aériennes américaines dans le Pacifique occidental, plonge dans la guerre du Pacifique contre le Japon.
*
Alors que l’un des objectifs stratégiques de Pékin est de repousser les forces américaines hors du Pacifique occidental, la persistance dans l’imaginaire américain des images fortes de sa « guerre du pacifique » commencée après l’attaque japonaise de Pearl Harbour, le 7 décembre 1941, constitue pour Washington, une incontestable légitimité à la continuation de la présence de l’US Navy et des troupes américaines au Japon, en Corée du Sud, aux Philippines et à Guam.
Au cours des quatre années qui séparent Pearl Harbor et la reddition du Japon en 1945, qui leur coutèrent près de 500 000 pertes dont 160 000 morts, les Américains gardent en mémoire les batailles de la mer de Corail et de Midway (1942), de Guadalcanal (1942-1943), de la mer des Philippines de (1944), du golfe de Leyte, gigantesque bataille aéroterrestre, au centre de l’archipel des Philippines (1944) et des féroces combats de l’Ile d’Okinawa (1945).
*
Par l’affichage cette semaine à Tianjin et à Pékin, Xi Jinping confirme que, depuis son accession au pouvoir en 2012, à la tête du Parti, il a tourné le dos au narratif édulcoré de la « montée en puissance pacifique de la Chine Heping Jueqi – 和平 崛起 - ».
En 2025, il est vrai très loin derrière les 883,7 milliards de $ alloués au Pentagone cette année (qui se rapprocheront des 1000 mds de $ en 2026), le budget militaire chinois est, avec 246 milliards de $, en augmentation rapide depuis 2007, année à laquelle, il n’était que de 67 milliards de $. Au cours des 15 dernières années, il a augmenté de 146%.
Au milieu des bruits de bottes qui, au prix d’une rectification de l’histoire, mimèrent une solidarité avec les parades russes de la victoire contre l’Allemagne nazie, le fait d’associer à ses côtés Kim et Poutine, deux parias des puissances occidentales, fut une provocation de Xi Jinping.
Elle soulignait sa conviction que le système international actuel, dirigé par les États-Unis, selon lui toujours animés d’une mentalité de guerre froide, pratiquant l’intimidation du fort au faible et responsables de nombreux conflits, doit être refondu de fond en comble.
A Tianjin les 31 aout et le 1er septembre à Pékin, le 3 septembre, selon le narratif du PCC, l’alternative pacifique à l’Amérique guerrière était clairement chinoise, en dépit de la puissante démonstration de force et des tentations impériales en mer de Chine du sud et dans le détroit de Taïwan.
L’option chinoise s’articule au discours de Xi Jinping qui, depuis 2023, fait la promotion des trois Initiatives globales de développement ; de sécurité et de civilisation (全球发展倡议 ; 全球安全倡 议 &全球 文明 倡议 ), portant sans équivoque un projet de normalisation du monde à l’aune des « caractéristiques chinoises ».
Selon Yu Yunquan, président de l’Académie des études chinoises et mondiales contemporaines, le « modèle chinois » énoncé dans les « Trois initiatives », non seulement sert d’exemple aux autres pays en développement, mais propose une amélioration du modèle occidental de gouvernance et de relation internationales.
Surtout, « il vise à créer un environnement extérieur favorable à la souveraineté, à la sécurité et aux intérêts de développement de la Chine, afin, dit Liu Jianfei, chercheur à l’École Centrale du Parti, de briser l’alliance antichinoise que les États-Unis tentent de créer ».
Depuis Washington, D. Trump qui a observé l’expression aux dimensions inédites du vaste rejet de l’Amérique dont il est lui-même l’artisan, a tweeté sur son réseau social à l’intention de Xi jinping « Veuillez transmettre mes plus chaleureuses salutations à Vladimir Poutine et à Kim Jong Un, alors que vous conspirez contre les États-Unis d’Amérique ».
Alors que Trump, à nouveau sur la même ligne que Poutine, recommence à blâmer l’Ukraine pour le piétinement des négociations de cessez-le-feu, selon Stephen Collinson analyste politique sur CNN, le message de dépit du président américain largement diffusé dans le monde, signifie deux choses.
1. Si les deux grands rassemblements de dirigeants autocrates, nouveaux adversaires et certains anciens alliés des États-Unis organisés cette semaine en Chine avaient pour but d’attaquer personnellement le président américain, ils ont parfaitement rempli leur objet.
2. En même temps, il souligne la vanité de ses tentatives de soumettre à son art des affaires, les nouveaux hommes forts de la planète dont il surjoue l’amitié.

Par René Vienet Le 9/09/2025 à 09h52
Xi Jinping au centre, avec V.Poutine et Kim Jong Un, vent debout contre l’Occident.
Le prétexte de cette démonstration de force du PCC était donc la victoire alliée contre le Japon, alors que de l’aveu de Mao soi-même, le PCC avait laissé le KMT et les Etats-Unis se battre pour que le Parti tire les marrons du feu sans se bruler les ongles, et que Mao ensuite ruine la Chine jusqu’en 1976… Il y a un grave deficit des gouvernements et des médias à rappeler ce qui s’est passé.
Mon irritation profonde - accumulée pendant demi-siècle - contre les journalistes français complaisants, contre les universitaires parisiens complices, contre les diplomates du Quai paresseux et pervers, est sur le point d’exploser, tant les conséquences de leurs infamies sont gravissimes.
L’article de Politico
https://www.politico.com/news/2025/09/05/pentagon-national-defense-strategy-china-homeland-western-hemisphere-00546310, pessimiste, qui signale un désengagement américain a cependant réjoui les commentateurs de Pékin.
https://www.scmp.com/news/china/military/article/3324659/why-pentagons-homeward-shift-may-signal-us-power-decline-bad-news-taiwan
Très inquiétant, les tendances suicidaires de Taiwan, qui a les moyens de comprendre et faire comprendre, d’en parler, d’expliquer, et pourtant ne fait rien.