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Une relance de grande ampleur

Au milieu des risques anticipés (reprise de l’épidémie, faible croissance, chômages des jeunes), le parti peut toujours compter sur les 676 Mds de $ de surplus commercial en 2021 en hausse de 60% par rapport à 2020, qui produisent des réserves de change cumulées de 3200 Mds, matelas de sécurité équivalent à 20% de son PIB annuel.


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S’exprimant publiquement le 16 juin, lors d’une conférence de presse, Meng Wei, porte-parole de la Commission Nationale pour la Réforme et Développement (CNRD), s’est efforcé de rassurer les acteurs économiques chinois et leurs partenaires étrangers : « Nous assurerons une croissance économique raisonnable au deuxième trimestre afin de fournir une base solide et des conditions pour l’économie au second semestre ».

Diffusant un sentiment d’urgence, il parlait après une série de décisions de relance massive prises par la CNRD qui, depuis 1952, planifie, pilote et régule tous les secteurs de l’économie depuis le contrôle des prix, jusqu’aux innovations technologiques, la transition énergétique et les essais de réformes structurelles, en passant par les politiques industrielles, le développement de l’agriculture et l’économie rurale.

Une secousse économique perçue jusqu’à Pékin.

Une rue du centre de Pékin début mai 2022.


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A la mi-juin, la plupart des observateurs estimaient qu’au-delà des statistiques officielles, l’économie s’est en réalité contractée en avril-mai. Alors que les analyses de l’appareil spéculent sur l’influence « de facteurs extérieurs », la vérité est que le confinement strict de la stratégie de « zéro-covid » imposé à une quarantaine de villes touchant près de 400 millions de Chinois, induisant des fermetures totales ou partielles d’usines a déstabilisé la production industrielle dans les provinces de l’Est.

Le fait que Pékin, centre politique du pays et Shanghai réacteur économique et commercial, vitrine de la Chine moderne aient été touchées en même temps, ajoute au sentiment d’avoir à redresser d’urgence l’économie pour la replacer sur une trajectoire de croissance dont l’affichage est un des ingrédients essentiels de la légitimité politique du parti.

Depuis la fin avril, après Shanghai, le ralentissement économique est particulièrement sensible à Pékin où, depuis le 12 juin, après une trentaine de tests positifs, la réouverture des écoles a été retardée, les spectacles suspendus et les restaurants à nouveau fermés le soir.

A la mi-juin, dans la capitale, les statistiques de récession y étaient plus nettes qu’ailleurs. Entre janvier et mai, la production industrielle a reculé de 12,5% par rapport à 2021, les ventes de détail ont baissé de 7,7% (contre seulement 1,5% en moyenne ailleurs), et les bénéfices du secteur de la restauration ont baissé de 13%. En mai, par rapport à la même période de l’année dernière, les ventes au détail ont chuté de 25,73% et les ventes immobilières 23,1%.

Grands travaux, hautes technologies et financements privés.

Centre de contrôle à Pékin du réseau des lignes électriques à très haute tension transportant l’énergie depuis les gisements d’électricité solaire ou éolienne du grand ouest chinois.


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Dans ces conditions, le branle-bas de relance dont le coup d’envoi a été donné le 25 mai par la vidéo-conférence monstre de Li Keqiang qui s’adressait à 100 000 cadres convoqués en urgence (lire : Radicale volte-face intérieure et signes d’apaisement de la querelle stratégique avec l’Occident et les États-Unis), a d’abord focalisé sur les projets d’infrastructure (énergie, mines, gestion de l’eau et production industrielle), en partie approuvés en 2021 pour une valeur totale de 775 Mds de Yuan (115 Mds de $).

Meng a précisé que la CNRD y ajoutera pour la première fois les projets d’infrastructures de haute technologie (5G, Intelligence artificielle, voies ferrées rapides interurbaines, métros urbains, réseaux de bornes pour voitures électriques, lignes à Très Haute Tension, centres de méga-données) pour une valeur totale de 17 000 Mds de Yuans (2530 Mds de $) dont le financement sera assuré par des obligations spéciales garanties par l’État.

Signe que la relance est devenue une priorité absolue, le gouvernement faisant l’impasse sur le contrôle des dettes des provinces évaluées entre 4000 et 6000 $, autorise les autorités locales à émettre des « obligations spéciales » pour financer leurs projets (lire une mise en perspective de la dette par François Danjou (2018) : Mettre les alarmes sur la dette chinoise en perspective).

Autre changement de paradigme, pour financer les projets d’infrastructure, le pouvoir fait de plus en plus appel aux capitaux privés dont le volume total, même s’il est en recul au premier trimestre 2022, atteint en moyenne chaque année plus de 55% des investissements.

Le souci du premier ministre reste le chômage des jeunes de 16 à 24 en légère hausse à 18,4% aggravé par les suppressions de postes des entreprises de hautes technologies, principaux réservoirs d’emplois des jeunes diplômés.

Espoir de reprise au deuxième trimestre et persistance des risques.

Au 2e semestre, sans une nouvelle interférence épidémique, l’ampleur des mesures de relance pourrait produire un rebond.


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En juin 2022, une analyse de la banque mondiale sur l’état général de l’économie anticipait une baisse de la croissance pour l’ensemble 2022, à seulement +4,3%, soit en-dessous des prévisions de +5% des pouvoirs publics. La dynamique de croissance devrait cependant rebondir au second semestre 2022, aidée par les mesures de relance agressives détaillées plus haut.

Globalement, cependant crainte d’une nouvelle baisse prévaut, liée à la possible réémergence de nouveaux « variants covid ». Les risques pourraient également provenir de tensions internationales poussant les prix de l’énergie à la hausse et, en interne, du marasme du secteur immobilier avec des conséquences plus larges sur l’ensemble de l’économie.

À court terme, la Chine est confrontée au double défi de réduire à zéro la transmission de la pandémie, exigence qu’elle s’est imposée à elle-même, tout en soutenant la croissance, clé de la baisse du taux de chômage des jeunes. Le pari du pouvoir est que l’efficacité des importantes mesures publiques et privées de relance ne sera pas handicapée par des reprises épidémiques qui pèseraient sur les investissements et la consommation.

A plus long terme, le risque existe que les décideurs restent attachés à l’ancien schéma consistant à stimuler la croissance par le biais d’infrastructures financées par la dette et l’investissement immobilier. De nouvelles marges de croissance existent pourtant hors des réflexes habituels. Le gouvernement les a identifiées. Elles résident dans le soutien de la consommation par la réduction des inégalités et la promotion des innovations de hautes technologies, y compris celles de la transition énergétique.


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