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L’alliance sino-russe battue en brèche.
le 21 septembre 2023 Bachar el-Assad et son épouse étaient accueillis avec faste à Hangzhou à l’occasion des jeux asiatiques (Huang Zongzhi / IMAGO/Xinhua).
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La chute de Bashar réfugié à Moscou dont l’influence en Syrie vient d’être battue en brèche, avec peut-être la contrainte d’avoir à renégocier le stationnement de sa marine à Tartous [1], n’est pas non plus une bonne nouvelle pour Pékin.
Au milieu des condamnations unanimes du dictateur tenu pour responsable d’une guerre civile ponctuée d’attaques chimiques, dont le bilan d’au moins 400 000 morts dépasse de très loin celui de son père Hafez Al Assad décédé en 2000, l’effondrement du régime, révèle, y compris à l’opinion publique chinoise, que la Direction du pays a placé sa rivalité avec Washington et avec l’Occident au-dessus de toute autre considération stratégique ou même morale.
On se souvient en effet que, lançant un défi public aux États-Unis, le 23 septembre 2023, jour de l’ouverture des Jeux asiatiques, le Président Xi Jinping avait reçu avec faste Bashar al-Assad et son épouse dans son fief de Hangzhou, alors même qu’il était l’un des chefs d’État au monde parmi les plus sanctionnés par les Occidentaux.
A l’occasion Pékin et Damas avaient même conclu un « partenariat stratégique » de pure façade. (lire : Quand Xi Jinping défie l’Occident en accueillant Bachar El Assad, son ami He Lifeng éteint les contrefeux antichinois en Europe). Pied-de-nez à l’Occident sans réelle substance, le rapprochement stratégique avait donné l’occasion à Xi Jinping de critiquer en filigrane l’absence d’équité de la situation internationale.
Pour lui qui, à cette occasion, ferma les yeux sur la répression infligée aux Syriens par le régime, Damas faisait les frais d’un ostracisme injuste depuis qu’en 1979 Washington, indéfectible allié d’Israël, l’avait inscrit sur la liste des États sponsors du terrorisme pour son appui aux Palestiniens et au Hezbollah chiite.
Signalant l’enchevêtrement des ambitions stratégiques concurrentes dont le fil conducteur sino-russe est la contestation anti-occidentale, le craquement syrien est d’abord la conséquence d’un affaiblissement des appuis russe et iranien à Damas. Surtout, les liens entre Téhéran et le Hezbollah ont aujourd’hui été détruits par Israël. Signe du désarroi perplexe des soutiens de Bashar, les 8 et 9 décembre, les déclarations de Moscou, Téhéran et Pékin se limitèrent toutes à la sécurité de leurs ressortissants.
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Pendant ce temps, le premier ministre israélien Netanyahu célébrait la chute d’Assad en inspectant les hauteurs du Golan à 80 km au sud de Damas à la frontière syrienne. Sa déclaration ciblait directement l’Iran et ses alliés du Hezbollah et du Hamas que Tel Aviv harcelle sans relâche depuis le pogrom du 7 octobre 2023, jusqu’à les avoir éliminés au moins militairement en Syrie, dans la bande de Gaza et au sud Liban.
L’autre acteur de l’effondrement syrien est la Turquie déjà citée d’où le président Erdogan déterminé à réduire la menace des Kurdes au nord-est de la Syrie et ulcéré du rejet par Bashar d’une réconciliation, a méthodiquement appuyé la résistance.
Enfin, alors que la fausse manœuvre de Xi Jinping ayant mis en scène à Hangzhou avec une ostentation outrée son rapprochement avec le dictateur en fuite menace de détruire l’image chinoise de faiseur de paix au Moyen Orient, c’est le rival américain de Pékin allié d’Israël qui surgit en position de force dans la région.
Onze années après que le Président Obama choisissait de ne pas ordonner les frappes préparées contre le régime syrien à la suite des attaques chimiques dans la banlieue de Damas, Washington et Tel-Aviv bombardent plusieurs centaines de positions de Daesh et les sites de fabrication d’armes chimiques.
Israël, Washington et Ankara, vainqueurs provisoires.
Proche des Frères musulmans, et en même temps à la tête d’un pays membre de l’OTAN, Erdogan dont l’armée est coutumière des incursions en Syrie contre les Kurdes, a activement participé à la chute de Bashar.
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Du craquement syrien toujours en cours dont les tensions sont encore à vif, Tel Aviv, Ankara et Washington sortent renforcés, quand Moscou, Pékin et Téhéran pansent leurs plaies. Alors que D. Trump répète qu’à partir du 20 janvier, sous sa direction, l’Amérique ne s’en mêlera plus, Antony Blinken s’est rendu en Turquie et en Jordanie.
Son message qui semble copié de celui naïvement formulé en 2021, pour les Talibans à Kaboul, appelle à une gouvernance « inclusive » et au respect de toutes les minorités.
En même temps, promettant que Washington militera pour la neutralisation des armes chimiques, le flux régulier des aides humanitaires et le traitement équitable des réfugiés syriens, il répète que la Maison Blanche bloquera avec fermeté toute résurgence à Damas d’un foyer djihadiste menaçant ses voisins.
Enfin, quel que soient les talents de négociateur de D. Trump, il est douteux que le meilleur allié de Tel Aviv dans la région pourrait rester inerte si les chars israéliens continuaient leur progression en territoire syrien qui, selon Reuters, auraient le 10 décembre dernier atteint les faubourgs à 25 km au sud-ouest de Damas.
Pour Qutaiba Idlbi, chercheur à l’Atlantic Council, si la situation en Syrie s’aggravait encore, il ne faudrait pas longtemps pour que Moscou et Téhéran s’impliquent à nouveau.
Comme le dit John B. Alterman, Docteur en histoire, ancien professeur à Harvard, responsable Moyen Orient au CSIS à Washington, « L’administration Trump affiche son désintérêt pour la question syrienne mais la réalité est que l’ensemble des pays de la région sont vivement intéressés par notre position. Ainsi Washington ne pourra pas rester à l’écart sans de graves conséquences… Il y a trop d’acteurs qui nous tiennent à cœur, tant du côté positif que du côté négatif, pour les laisser tomber ».
Note(s) :
[1] La pérennité de la base navale russe de Tartous qui abrite cinq navires de guerre dont deux frégates de la classe Gorskhov, une frégate de la classe Grigorovitch, deux axillaires logistiques et un sous-marin de la classe Kilo modernisée pourrait être menacée.
Alors que le 2 décembre, le pétrolier Velnya, l’un des deux navires logistiques, prenait la mer, des informations suggéraient que le reste de la flotte avait déjà fait mouvement.
