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Qu’en est-il du « piège » chinois de la dette ?

De nombreux africains participent sur financements chinois à la construction d’infrastructures créant ainsi des dettes parfois insupportables pour les économies des différents pays où elles s’accumulent. Pour autant alors que des chiffres circulent donnant une image de submersion des finances chinoises en Afrique, s’il est exact que, dans certains pays comme la Zambie la dette chinoise atteint près de 40% de l’ensemble des dettes publiques, leur moyenne ne dépasse pas 19%.


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Depuis longtemps, le discours de la Chine à l’étranger, soucieuse de se démarquer de l’Occident et du FMI, insiste sur le caractère désintéressé des aides qu’elle prodigue ainsi que sur leur nature neutre, sans exigence de bonne gouvernance, en échange des coopérations et des investissements conduits par l’État et les groupes chinois.

Séduits par l’offre, nombre de pays ont accepté les finances chinoises destinées le plus souvent à construire ou à remettre en état les infrastructures.

Le volume des prêts consentis est important. Pour la seule période de 2013 à 2016, la Banque Chinoise de développement et l’Exim-Bank ont accordé plus de prêts que la Banque Mondiale, alors même qu’une longue série d’études mettaient en garde contre le risque de surendettement.

La note qui suit examine par l’exemple africain de la Zambie et celui du Sri Lanka, la réalité des accusations dénonçant le « piège de la dette chinoise ». S’il est exact que Lusaka est englué dans une lourde dépendance à la Chine, la situation est très différente pour Colombo.

Prise de conscience et rémanence des stratégies anciennes.

Tenant compte des premières critiques de ses stratégies en Afrique, Pékin a modifié son approche des « nouvelles routes de la soie ». Les projets chinois ont pris soin de s’associer aux expériences anciennes, tandis que de plus en plus la coopération chinoise a en partie évolué vers l’aide à la création d’entreprise. 创业. Sur la photo un séminaire à cet effet en Afrique du sud.


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Depuis quelques années, la Chine tente de corriger l’image de « prédateur » collant à ses actions internationales, dangereuse pour sa réputation. A cet effet, elle tâtonne, ajuste ses stratégies, tient compte des critiques et révisite ses échecs. Il lui arrive de tirer l’échelle quand elle s’aperçoit que le jeu est trop risqué. De plus en plus, elle s’associe à d’autres partenaires.

En Afrique par exemple, abandonnant les stratégies du « cavalier seul » des premières années des Nouvelles Routes de la soie, China Merchants et China Harbor se sont associés aux Français Bolloré et CGA-CGM pour développer des installations portuaires, notamment au Nigeria et au Cameroun.

Au Sri Lanka, les Chinois désormais plus prudents se sont alliés au consortium formé par l’Indien Meghraj et la société d’engineering Britannique Atkins Ldt, pour développer la nouvelle zone commerciale de port d’Hambantota où son engagement initial avait essuyé l’essentiel des critiques stigmatisant le piège de la dette.

Mais une fois le processus de prêts enclenché, il est difficile de s’en libérer. S’il leur arrive parfois d’annuler des projets dangereusement onéreux et peu rentables, les groupes chinois, soucieux de leur image, hésitent le plus souvent à faire marche arrière. Quant aux débiteurs, ils sont entraînés dans une spirale budgétaire qui leur lie les mains. Refusant les réformes structurelles exigées par le FMI, ils se tournent vers la Chine et creusent leurs dettes.

Certains les remboursent par des transferts de ressources primaires (cuivre, pétrole, tabac, cacao) qui peuvent aussi servir de caution, avec cependant l’aléa d’une dépendance au prix des matières premières. En Afrique, c’est notamment le cas de l’Éthiopie, du Cameroun, du Kenya et de l’Ouganda et de la Zambie.

L’extrême dépendance à la Chine de la Zambie.

Le président zambien Edgar au Forum économique mondial sur l’Afrique, le 4 mai 2017à Durban. Alors que le FMI sollicité, exige d’annuler des projets d’infrastructure, réduise les dépenses publiques et augmente les taux d’intérêt, Lusaka refuse et demande à Pékin d’annuler sa dette.


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A l’automne 2020, Lusaka, touché par la baisse du prix du cuivre conséquence de la pandémie et dont la dépendance à la Chine atteint le tiers de la dette souveraine du pays, a été la première capitale du Continent à demander une suspension de six mois du paiement des intérêts de trois euro-obligations.

Compte tenu de la sévère crise économique et sociale frappant tout le continent, les créanciers redoutent une contagion en cascade. Lire, la p.2 de notre article : Cambodge et Zambie. Deux étapes controversées des « Nouvelles Routes de la Soie. »

En Zambie, c’est peu dire que Pékin est sur la sellette. Fin 2019, les groupes chinois avaient déjà bloqué plusieurs projets de constructions de routes suite aux défauts de paiements. Un an plus tard, le 1er septembre 2020, le président Lungu était à Pékin où il a, sans ambages, demandé au Président Xi Jinping d’annuler sa dette.

Selon une recherche de EXX Africa, spécialisé dans l’analyse des risques économiques, les compagnies chinoises, l’œil fixé sur leurs intérêts sonnants et trébuchants ont, pour équilibrer leurs comptes, d’abord cherché à prendre le contrôle des ressources minières zambiennes pour compenser le défaut remboursement des prêts.

Mais, le contexte change. L’ubiquité instantanée de l’information globale, relayée par les réseaux sociaux enflamme l’opinion africaine. Comme une trainée de poudre, précisément sur le thème des critiques récurrentes adressées à la Chine à propos de sa politique africaine trop centrée sur ses intérêts, la rumeur qui monte est de nature à ébranler la tête politique du régime [1].

Pour tenir à distance un contrecoup portant le risque d’une grave dégradation de l’image de la Chine en Afrique, Xi Jinping et le Comité pourraient forcer les groupes chinois à abandonner leur attitude impavide. Plus encore, prenant prétexte des difficultés nées de la crise pandémique en Afrique, il est probable que Pékin allège la dette de Lusaka.

Note(s) :

[1Il est nécessaire de nuancer les critiques. Il est exact que les derniers chiffres 2020 du commerce Chine Afrique (au passage en recul de 10% en valeur à la suite de la pandémie, suite notamment à la baisse des prix des matières premières), montrent que la dépendance réciproque Chine - l’Afrique reste importante (à nuancer selon les pays) pour le pétrole, et nombre de minerais (fer, uranium, de cobalt, nickel, thorium, cuivre, or, phosphate, titane, terres rares) –.

Au point que l’agrégat des exportations de pétrole, de charbon, de minerai de fer, de cuivre affiné, de métaux stratégiques et de terres rares dominent largement les achats de la Chine en Afrique, à un pourcentage en moyenne proche de 30% des ventes, avec cependant une forte prévalence du pétrole à plus de 60% concentrée sur quelques pays producteurs (Nigeria, Angola, République du Congo, Gabon Guinée équatoriale).

Mais depuis plus de dix ans, la Chine diversifie ses engagements en Afrique avec des formations techniques, notamment dans les nouvelles technologies de l’information – en soutien des projets 5G de Huawei - l’aide médicale et entre autres des appuis à la création d’entreprises, pourvoyeuses d’emplois. Lire notre analyse : L’Afrique, la Chine et l’Europe


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