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Bascule de l’équilibre de forces.
Avec 31 sous-marins électriques dont 12 de la classe Kilo achetés aux Russes, la marine chinoises met en ligne face à l’US Navy une capacité de dissuasion crédible, capable de tenir à distance les porte-avions ou de les obliger à prendre des risques.
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Mais à y regarder de plus près, on constate que les équilibres sont en train de changer.
Face au concept de forces aéronavales datant de près d’un siècle, la 2e artillerie chinoise a activement développé une panoplie d’armes anti-navires allant des missiles de croisière supersoniques tels que le YJ-18, au missile balistique « tueur de porte-avions DF-21, dont la dernière version améliorée le DF-26 présentée lors des cérémonies de la victoire contre le Japon le 3 septembre 2015, aurait une portée de 4500 km et pourrait frapper directement la base américaine de Guam située à 3000 km des côtes chinoises [2].
L’autre menace que la Chine peut faire peser sur les porte-avions américains s’articule autour de sa flotte de plus de 31 sous-marins électriques modernes et discrets mis en service entre 1995 et 2005, bien plus opérationnels que les sous-marins nucléaires d’attaque handicapés par nombre de problèmes techniques non résolus. [3] La flotte des sous-marins électriques s’ajoute aux 4 sous-marins nucléaires stratégiques lance engins (SNLE) et aux 5 sous-marins nucléaires d’attaque dont la valeur opérationnelle est mal connue.
Parmi les sous-marins électriques chinois on dénombre 12 sous-marins Kilo de fabrication russe dont 10 d’une version améliorée qui équipe également la marine vietnamienne (contrat de 6 exemplaires signé en 2009 dont le 3e a été livré en mars 2015. Lire La puissance militaire chinoise et le réarmement de l’Asie).
Enfin, dernier domaine où les progrès techniques de l’APL augmentent sa capacité à éloigner la menace militaire américaine, est celui des systèmes de défense sol-air où l’apport russe a été au moins aussi important que dans le domaine des sous-marins.
La capacité sol-air de l’APL s’est invitée dans le débat public, lorsqu’en février 2016, en plein sommet de l’ASEAN organisé par la Maison Blanche en Californie, des renseignements américains firent état de la présence sur l’îlot Woody (永兴岛 yongxing dao) situé dans les Paracel également revendiqués par Hanoi, de missiles sol-air HQ-9 (lire Le THAAD du Pentagone est en Corée et le HQ-9 chinois dans les Paracel. Jeu de missiles et parfum de guerre froide).
Au moment même où le Président Obama courtisait les pays de l’Asie du Sud-est sur le thème très sensible – mais sans le dire explicitement - d’une nécessaire résistance à l’expansion territoriale de Pékin en mer de Chine du sud, cependant noyé dans le discours de la Maison Blanche sur la liberté de navigation, l’APL envoyait clairement un signal attestant sa volonté de résister aux intrusions américaines dans les espaces aériens des îlots contestés. Équipé d’un système radar muni d’une antenne active à balayage électronique (AESA), le missile HQ-9 est aussi doté d’un équipement anti-brouillage. Volant à Mach 4,2, il est capable de détruire un aéronef jusqu’à 200 km.
La 2e artillerie défie le concept de forces américaines.
Avec les missiles S-400 achetés aux Russes, ici en exercice de déploiement qui s’ajoutent aux HQ-9 chinois, l’armée chinoise peut contraindre, sauf à prendre des risques importants, les chasseurs de l’aéronavale américaine les plus modernes à rester à distance de l’espace aérien des îlots contestés.
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Mais la plus grande menace posée à l’aviation de chasse même la plus sophistiquée de l’aéronavale américaine est constituée par les 8 batteries de missiles russes S.400 que Poutine, sachant parfaitement ce qu’il faisait, a vendues à la Chine en avril 2015 pour 3 Mds de $. Dotée d’un radar tridimensionnel à balayage électronique protégé du brouillage, l’arme est redoutable. Possédant également une capacité anti-missiles, elle est capable de détruire avec un fort pourcentage de réussite un aéronef volant à très grande vitesse, jusqu’à 30 km d’altitude à une distance maximum de 120 km.
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Si on hausse le niveau de l’analyse d’un étage, on constate que, jouant de ses traditionnels leviers que sont les ventes d’armes et d’hydrocarbures, la Russie s’immisce en Asie dans la rivalité entre la Chine, puissance continentale de premier rang et l’Amérique première puissance navale de la planète.
L’enjeu de ce bras de fer est non seulement la Mer de Chine du sud, plus vaste que la Méditerranée, réservoir de ressources et, pour Pékin, symbole de puissance hégémonique ; il est également l’adhésion ou non à un ordre mondial que Pékin conteste par le truchement d’une fronde et d’un vaste contournement de l’Amérique auxquels elle parvient à rallier les allégeances de pays séduits par ses aides directes, son dynamisme commercial et ses capacités de génie civil à prix cassés.
Depuis plus de dix années, cet ébranlement de l’ordre américain par la Chine bénéficie du soutien de Moscou, au point que, même sur la Péninsule coréenne, la contestation chinoise et russe du système anti-missiles de théâtre que le Pentagone envisage d’installer en Corée du sud a pris le pas sur la cohésion nécessaire pour venir à bout des projets nucléaires militaires de Pyongyang.
Simultanément, tirant profit de l’inconfort provoqué dans le Pacifique occidental par les ambitions chinoises, l’Amérique consolide ses alliances tant militaires que commerciales dont Pékin est tenu à l’écart. Elle avance ses stratégies et celles de ses grands groupes en se référant au droit des affaires, à la transparence des comptes et aux valeurs universelles de liberté que la Maison Blanche n’hésite cependant pas à transgresser pour faire pièce aux appétits de Pékin, comme on vient de le voir au Vietnam.
Chacun des protagonistes de cette joute ayant ses atouts et ses fragilités, l’issue de la compétition dont il est impossible d’écarter qu’elle puisse dégénérer en incidents militaires directs, est incertaine.
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Une hypothèse catastrophique pour Washington.
A cet égard, l’une des observations les plus intéressantes liée aux stratégies de forces de la Chine et des États-Unis est proposée par un article de David Goldman, économiste américain qui publie dans Asia Times sous le pseudonyme de Spengler des articles violemment critiques des stratégies de Washington en Extrême Orient.
Alors que les États-Unis continuent à développer un schéma de forces aéronavales lourd et extrêmement coûteux, notamment pour la mise au point du chasseur furtif multi-rôles F 35, devenu le système d’armes le plus cher de l’histoire et un fardeau financier pour le budget de la défense, la Chine se donne, par des dépenses bien plus modestes, les moyens d’une forte capacité de dissuasion classique, articulée autour de missiles balistiques moyenne portée, de sous-marins et de systèmes sol-air performants.
Dès lors deux réflexions viennent à l’esprit. La première qui explique la prudence américaine soulignée par le futur président philippin Duterte, est qu’un dérapage militaire pourrait provoquer la perte d’un porte-avions de la 7e flotte cible éminemment vulnérable aux missiles et aux sous-marins.
La 2e qui est du domaine de la stratégie fiction et n’engage que son auteur, serait qu’à longue, la course aux armements entre, d’une part, l’Amérique poursuivant une modernisation technologique longue, lourde et coûteuse et, d’autre part, l’armée chinoise développant des armements moins ruineux, pourrait être gagnée par la Chine, dans un schéma d’essoufflement financier exactement inverse à celui de la guerre des étoiles de Reagan ayant mis économiquement à genoux l’URSS.
En tous cas les stratèges américains pourraient utilement méditer la remarque citée par Spengler, du journaliste russe Andrei Akulov qui commentait les performances du futur système d’armes sol-air russe S-500, un équipement dont la Chine ne manquera pas de se doter si la compétition stratégique en cours se durcissait encore : « Il n’est pas fréquent qu’une arme anti-aérienne relativement peu onéreuse soit capable de rendre obsolète un chasseur furtif de dernière génération comme le F.35 dont le programme a coûté 1500 Mds de $. »
Note(s) :
[2] Pour Ying – Ji ying 鹰 击 – 18 littéralement « attaque de l’aigle », mis en service en 2015, guidé par le système GPS chinois Beidou à la portée maximum de 300 nautiques et à la vitesse en fin de trajectoire de 2,5 à 3 mach, équipé d’un radar embarqué. Le niveau opérationnel du DF-26 (pour 东风 dong–feng, vent d’Est) est moins clair, bien que les services de renseignements américains l’aient identifié depuis 2007.
Lancé à partir d’une plate-forme mobile de type TEL qui augmente sa furtivité, sa portée est le double de celle du DF-21 mis en service en 1991, dont la mise en œuvre est lourde (un espace de 3 hectares facilement repérable est nécessaire au tir d’un missile) et dont la portée ne permet que d’atteindre l’archipel japonais, mais tout de même n’importe quel objectif en mer de Chine du sud, à partir de l’Île de Haïnan.
[3] La Chine possède la plus vaste flotte de sous-marins de la planète de qualité inégale. Si la flotte électrique est opérationnelle, la capacité réelle de la version nucléaire des sous-marins d’attaque est mal connue. Les dernières informations publiques sur ce type d’équipement font état de la mise en service en avril 2015 du sous-marin nucléaire d’attaque Shang-093 équipé du missile Y-18 cité dans la note n°1.

