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›› Editorial

Les BRICS à Kazan. Une mise en scène sino-russe d’appel aux peuples frustrés du monde

Un forum des ressentiments anti occidentaux.

Les 9 membres des BRICS à KAZAN. De gauche à droite : le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, le président chinois Xi Jinping, le Président russe Vladimir Poutine, le PM indien Narendra Modi, le Président des Émirats Sheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan, le Président iranien Masoud Pezeshkian, et en l’absence du Président Lula, le Ministre des Affaires étrangères du Brésil Mauro Vieira.

Commentaires : Quand au couple sino-russe, Xi Jinping et Vladimir Poutine, tous deux clairement sur une trajectoire visant à redéfinir l’organisation du monde en rupture avec l’Ouest, s’ajoute la Théocratie iranienne ralliée à l’insistance de Pékin, avec en embuscade la Corée du Nord pourvoyeuse d’armes et peut-être de combattants à la Russie, il est difficile de ne pas voir la réunion de Kazan comme un forum anti-occidental.


*

Aujourd’hui capables de coaguler, dans le sillage de Pékin et de Moscou, les rancœurs de la longue série des peuples ruminant les humiliations qui leur furent infligées par l’Occident au cours de leur histoire, ils fédèrent une amertume visant d’abord les États-Unis et le droit qu’ils s’arrogent d’infliger des sanctions en vertu de la puissance du Dollar.

Mais les rancunes sont plus anciennes.

En Afrique, où l’apartheid appuyé sans réserve jusqu’en 1994 par l’Occident, croise le souvenir de l’esclavage, la trace vertueuse laissée par l’URSS en appui de l’ANC sud-africaine pendant la guerre froide, est encore dans toutes les mémoires. Elle explique largement la rémanence de l’influence russe en Afrique subsaharienne et la présence de Pretoria au sein des BRICS.

Quant à Xi Jinping, enflammant sans réserve le sentiment national antioccidental, ferment collatéral de sa rivalité de puissance avec Washington, il attise à l’intérieur la rancœur des humiliations subies par l’Empire Qing au XIXe siècle.

Adossé à la vielle pensée d’influence bouddhiste où domine la conscience de l’impermanence des situations, Pékin est à l’aise dans cette bascule où se dessine un potentiel massif de concurrence anti-occidentale dont tous les médias répètent qu’il s’appuie sur 36% du PIB de la planète et 46% de sa population.

En arrière-plan se renforce la satisfaction de Xi Jinping qui, au sein des BRICS n’a cessé de prôner leur élargissement. Elle se nourrit de la conscience que le nouveau rapport de puissances entre un G7 déclinant à seulement 30% de la richesse mondiale et les BRICS, hissés grâce à la Chine à 35%, forcera le respect et la prudence d’un Occident en perte de vitesse.

Rien n’est moins sûr. Alors que l’œil fixé sur les tensions du détroit de Taiwan, son irrésistible élan anti-occidental et pro-russe a conduit Xi Jinping à abandonner la prudente neutralité stratégique prônée par Deng Xiaoping au milieu des années quatre-vingt-dix, aux États-Unis, la férocité antichinoise du Congrès est récemment monté d’un cran.

Embrasées par les surenchères de la campagne électorale, les rancœurs commerciales, les accusations de cyber-ingérence et d’espionnage chinoises, les attaques de l’Amérique contre la Chine se nourrissent concrètement de deux inflexions récentes de la stratégie internationale de Xi Jinping.

Sous couvert d’apaisement, Xi Jinping renie la longue prudence de Deng Xiaoping.

La première inflexion s’est précisée au Moyen Orient.

Abrité derrière le paravent de « faiseur de paix », démenti en Asie-Pacifique par l’insistante agressivité chinoise en mer de Chine du sud et dans le détroit de Taïwan, Pékin a ostensiblement tourné le dos à Israël (lire : A la croisée des chemins, Pékin fait le choix de « la rue arabe » contre l’Occident).

La volte-face répondait aux accusations de sa masse de manœuvre planétaire du « Sud global  » qui fustige les « deux poids, deux mesures » de l’Occident condamnant la destruction de l’Ukraine par Moscou, sans dénoncer les dommages collatéraux de l’opération d’Israël à Gaza et au sud Liban.

La deuxième inflexion prend corps sous nos yeux en Ukraine, à mesure que l’appareil prend conscience des déboires de l’armée de Kiev et de la résilience des troupes russes. Alors que fait rage la guerre que le Secrétaire Général de l’ONU tente de stopper en s’affichant avec un Vladimir Poutine ciblé par la Cour Pénale Internationale, la Chine aide de plus en plus efficacement la Russie.

A cet effet, non seulement elle contourne les embargos américains en lui achetant son pétrole, mais encore, selon les derniers renseignements de Washington qui vient pour la première fois de sanctionner une entreprise chinoise, elle lui livre directement des drones d’attaques prêts à l’emploi.

Au total, la trajectoire autocrate de Xi Jinping, que sa rivalité avec Washington pousse à se rapprocher d’une série de régimes partiellement ou complètement en rupture avec leur propre peuple ou/et sanctionnés par les pays occidentaux, coagule des tensions autour des valeurs de liberté et de démocratie, auxquelles une partie des BRICS qui rejettent l’omnipotence de Washington, n’adhèrent pas.

Alors qu’en Asie-Pacifique, le symbole taïwanais apparait de plus en plus comme la pointe avancée contre la Chine des démocraties ralliées autour de Washington avec la caution du Japon, de la Corée du sud et des Philippines harcelées par les réclamations territoriales chinoises, force est de constater qu’aux États-Unis l’élan pour les apaisements diplomatiques se sont éloignés.

L’heure n’est plus aux accommodements raisonnables avec Pékin, mais au branle-bas stratégique.

A Washington, resurgit le discours sur l’émergence d’un « Axe hostile », coagulé autour des deux puissances nucléaires chinoise et russe. Affirmée sans réserve à Kazan, leur stratégie visant à affaiblir l’Amérique et l’Occident les pousse à courtiser Téhéran sponsor des terroristes au Moyen-Orient et Pyongyang, carte sauvage dont les avancées nucléaires et balistiques peut-être favorisées par les transferts russes, tétanisent tout le nord-est asiatique.

Sévèrement contredites par la mise en scène de Kazan, les perspectives d’apaisement ne sont plus à l’ordre du jour, tandis qu’en Asie-Pacifique les experts américains ciblent sans mesure la responsabilité de la Chine.

Alors qu’il n’est pas certain que le durcissement américain conséquence directe des récents affichages anti-occidentaux de Xi Jinping, aux côtés de Téhéran et de Pyongyang, soit de nature à rassurer tous les membres du Comité Central conscients que le commerce chinois haut de gamme dépend toujours des marches américain et européen, en juillet, la Commission américaine pour la défense nationale avait déjà sonné l’alerte d’un risque accru de déflagration de grande ampleur.

« Le partenariat entre la Chine et la Russie s’est approfondi et élargi pour inclure un partenariat militaire et économique avec l’Iran et la Corée du Nord. » (…) « Le nouvel alignement de nations opposées aux intérêts américains crée le risque réel, voire la probabilité qu’un conflit, où qu’il soit, se transforme en un conflit armé multi-théâtre ou une guerre mondiale ».

En dépit des discours des BRICS qui disent ne cibler personne en particulier, mais seulement proposer un système alternatif où les États-Unis perdraient leur omnipotence, les signaux envoyés lors de la réunion de Kazan confortent les analyses pessimistes rendues publiques en juillet.

Alors qu’à Rio se profile les 18 et 19 novembre prochains, la réunion annuelle du G.20, chacun espère que cette nouvelle respiration diplomatique qui réunira près des 2/3 de la population de la planète et 80% de son PIB, permettra de désamorcer les tensions nées des ressentiments et du clivage hostiles mis en scène à Kazan.

*

Aux côtés de sept pays occidentaux (États-Unis, Allemagne, France, Royaume Uni, Italie, Canada, Australie) le sommet accueillera une partie de BRICS (Le Brésil – pays hôte dont le président Lula était absent à Kazan - la Chine, la Russie, dont Vladimir Poutine a déjà annoncé qu’il se ferait remplacer, l’Inde, l’Afrique du Sud, mais sans l’Iran, l’Égypte, l’Éthiopie et les Émirats) ;

On y verra aussi le Japon, la Corée du sud, la Turquie [2], le Mexique, l’Indonésie, l’Arabie Saoudite et l’Argentine dont le très conservateur nouveau président Javier Gerardo Milei a fermé la porte à l’adhésion aux BRICS, que son prédécesseur Aberto Fernandez, discrédité par une inflation galopante de près de 150% à la fin de son mandat, avait sollicitée (lire : Les BRICS, la puissante démographie des émergents, le défi anti-américain de la Chine et le déclin de l’Occident).

Note(s) :

[2Erdogan membre de l’OTAN, aigri par le long refus de Bruxelles de l’intégrer à l’UE, coutumier des menaces de voltefaces, a suscité de vives inquiétudes à Washington en posant sa candidature pour les BRICS. Autre signe de la montée en puissance du Sud dans les affaires mondiales, elle souligne l’émergence des postures de non-alignement.

S’agissant de la Turquie, l’initiative n’est pas nouvelle. La candidature d’Ankara aux BRICS prolonge l’équilibrisme stratégique d’Erdogan qui s’applique à diversifier l’éventail de ses contacts, tout en maintenant ses liens avec l’Occident.

Pourtant, l’adhésion de la Turquie aux BRICS constituerait un tournant géopolitique et ferait de Turquie le premier membre de l’OTAN et candidat malheureux de longue date à l’adhésion à l’Union européenne, à jouer un rôle actif dans une entité dont une des raisons d’être est de défier la prévalence occidentale.


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