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Le pragmatisme chinois et le bourbier afghan

Photo : En 2010, déjà Rohan Gunaratna, Directeur du centre de recherche sur la violence politique et le terrorisme de l’Université de Nanyang de Singapour, estimait que le mouvement terroriste islamiste du Turkestan Oriental (en Anglais ETIM – East Turkestan Islamist Movement -) était directement lié à la mouvance terroriste globale de l’IJU (Islamist Djihad Union Fighters) et protégé par les groupes Talibans réfugiés dans le zones tribales pakistanaises.

Forces et faiblesses chinoises. Persistance des risques islamistes.

Il est vrai que la Chine, riche et puissant voisin, pourrait en théorie détenir plusieurs clés d’une amélioration de la situation. Pékin accumule en effet de nombreux atouts : outre ses capacités financières, sa maîtrise éprouvée en matière de développement, d’exploitation minière et de construction d’infrastructures, la Chine peut aussi se prévaloir de son positionnement international radicalement opposé aux interventions militaires, de son alliance étroite avec le Pakistan, autre passage obligé de la sécurité de la zone qui s’ajoutent à ses liens anciens et discrets avec les Talibans quand ils étaient au pouvoir.

A priori, cette large panoplie place Pékin en position favorable pour jouer un rôle international de premier plan dans ce pays difficile et âpre, traversé par les trafics d’opium et les rivalités de clans dont l’économie stagne et où l’insurrection armée continue à faire de nombreuses victimes, tandis que les bases retranchées des Talibans et d’al-Qaeda, à cheval sur la frontière pakistanaise, n’ont jamais vraiment été menacées par les attaques ciblées des drones américains ou les opérations de ratissage de l’armée pakistanaise.

Pékin et les pays du processus d’Istanbul, doivent se rendre à l’évidence, 13 ans après les premiers engagements américains, la menace est toujours là : les insurgés ont lancé des attaques contre les grandes centres urbains du Pakistan tels que Lahore et ont réussi des incursions au Penjab à la frontière indienne. Récemment les chefs Talibans ont affirmé qu’ils augmenteraient leur présence dans les zones tribales pakistanaises utilisées comme base arrière pour lancer des attaques contre les États-Unis et leurs alliés.

Pékin craint la contagion terroriste au Xinjiang.

Il reste que la Chine, elle-même confrontée au Xinjiang à la montée d’un risque terroriste nourri par le radicalisme musulman n’a pas l’intention de s’engager dans le bourbier afghan et encore moins d’affronter directement les Talibans.

Pour l’heure, d’abord préoccupée par sa sécurité intérieure, elle cherche à garder ouvertes toutes les options, y compris celle de se mettre en mesure de traiter avec les Talibans s’ils revenaient au pouvoir : une hypothèse néfaste dont la probabilité ne peut être exclue, mais que Pékin redoute de plus en plus, compte tenu des liens avérés entre certains groupes insurgés ouïghours et la base arrière terroriste des zones tribales pakistanaises.
Lire notre article La Chine et le péril du « Djihad ».

Prudence et pragmatisme chinois.

Pékin s’en tient donc à deux types d’initiatives : 1) un appel international à la lutte contre le radicalisme religieux, notamment en Asie Centrale et au Pakistan qui, selon Xi Jinping, sont les bases arrières des menées terroristes qui ont tué des centaines de personnes en Chine ces deux dernières années et 2) la promesse d’une aide directe, financière et matérielle pour le développement du pays. Après la rencontre entre Ahmadzai et le président chinois un communiqué commun faisait état d’un don par la Chine de 327 millions de $ répartis sur les trois prochaines années et d’un soutien à la formation professionnelle.

Aide directe et investissements…

La promesse représente une augmentation substantielle de l’aide chinoise directe qui, depuis 2001, année de la chute des Talibans n’a été que de 250 millions de $, essentiellement consacrés à la formation des forces de sécurité et à la lutte contre les narcotrafics. Parallèlement, la Chine fera ce qu’elle sait faire le mieux : promouvoir les investissements de ses grands groupes publics dans le secteur minier et les infrastructures d’énergie et de transport, répondant ainsi à la requête du président afghan de « participer à la reconstruction pacifique » de son pays.

Il ne s’agira d’ailleurs que de continuer ce que les entreprises chinoises avaient commencé en 2007. Cette année là, un consortium minier piloté par l’État chinois avait offert d’investir 3,6 Mds de $ pour l’exploitation de la mine de cuivre d’Aynak, dans la province du Logar, la construction d’une usine électrique et d’une voie de chemin de fer reliant le Tadjikistan au Pakistan.

…mais pas d’engagement militaire chinois.

Mais si le Président afghan attendait un engagement direct de la Chine pour combattre la mouvance des Talibans, il aura été déçu. Alors que lui-même a officiellement promis d’aider la Chine à combattre les Islamistes, la direction chinoise ne s’engagera pas directement sur ce terrain en Afghanistan.

Les autres membres du processus d’Istanbul non plus, d’autant que deux d’entre eux et non des moindres : le Pakistan et l’Inde avancent en Afghanistan empêtrés dans de très lourds contentieux et rivalités, précisément autour des relations ambigües d’Islamabad avec les mouvances islamistes que New-Delhi considère comme une menace directe pour sa sécurité.

Une situation complexe. Un terrain miné.

Pékin s’est également bien gardé de s’exprimer clairement sur la question du risque posé par un Afghanistan retombé aux mains des Talibans ou d’al-Qaeda, qui créerait un havre terroriste à ses portes. Pour l’instant, la position officieuse du régime est que ce sont les États-Unis qui ont provoqué le chaos. Ils devraient donc se sentir les premiers concernés par la sécurité du pays.

L’idée a récemment été développée par un article du Global Times qui réfutait la suggestion que Pékin reprendrait le rôle de Washington : « même quand le dernier soldat américain aura quitté le sol afghan, la Chine ne prendra jamais la place de États-Unis et de l’OTAN pour tenter une médiation qui s’appuierait sur une expression de puissance. » On ne saurait mieux dire.

Face à l’incertitude et la complexité de la situation où la menace terroriste au Xinjiang s’ajoute à la perspective d’un retour au pouvoir des Taliban, eux-mêmes capables d’attiser la révolte contre le régime chinois, alors même que certaines mouvances extrémistes ont déjà critiqué la répression anti-musulmane au Xinjiang, Pékin avance en terrain miné et hésite à s’engager clairement en faveur d’un appui substantiel et visible de sécurité au nouveau président afghan. C’est cette prudence nourrie par la crainte de la contagion terroriste qui conduit Pékin à refuser d’ouvrir la passe Wakhan qui relie Islamabad à Kashgar.

La solitude du Président Ahmadzai

Ashraf Ghani Ahmadzai a bien compris que, sur ce thème de l’appui sécuritaire direct, il ne peut rien attendre de la Chine ni de la Conférence d’Istanbul. Cette prise de conscience s’est traduite dans son discours à Pékin. Après avoir appelé à la mobilisation internationale pour son pays et promis que son gouvernement ne renoncerait pas à la lutte contre les terroristes, il a en effet invité les Talibans nommément désignés à se joindre aux efforts de paix : « La paix est notre priorité essentielle. Nous invitons l’opposition politique et en particulier les Talibans à se joindre au dialogue ».

Alors que, jusqu’à présent, Ghani Ahmadzai avait employé un ton de fermeté à l’égard des Talibans, prenant le contrepied de son prédécesseur Karzai qui les considérait comme ses « frères », cette ouverture politique marque une inflexion pragmatique.

Elle a été cautionnée par le premier ministre chinois Li Keqiang qui exprima sa « confiance dans la capacité de l’Afghanistan à résoudre ses problèmes », pour peu, a t-il jouté que « ses voisins et la communauté internationale n’interfèrent pas dans ses affaires intérieures. » L’avenir dira si Pékin sera capable de convaincre les militaires pakistanais de couper leurs liens avec les insurgés afghans.


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