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›› Editorial

La force des symboles, le déclin de l’Occident et la montée en puissance du « sud global »

La route chinoise de la défiance à l’Occident.

En Chine, la rupture avec l’Occident est le résultat d’un long cheminement. Après la mort de Mao, les élites intellectuelles ont d’abord balancé entre les mouvements contraires de l’ouverture politique à l’Ouest et celle de la rigidité marxiste-léniniste du contrôle inflexible de la société et de la prévalence politique du parti.

A la tête de l’appareil, la première tendance prônant la liberté d’expression, l’examen objectif des faits, la prévalence du droit, le débat contradictoire et le contrôle indépendant des politiques publiques, fut portée par plusieurs éminentes figures dont la mémoire n’est pas éteinte.

Hu Yaobang, (1915-1989), 1er secrétaire du Parti de 1982 à 1987 (lire L’obsédant héritage de Hu Yaobang) ; Qiao Shi, (1924-2015) deux fois membre du Comité permanent de 1987 à 1997 et Président de l’ANP de 1993 à 1998 (Qiao Shi, l’un des plus brillants et des plus énigmatiques cacique du Parti s’est éteint) ;

Zhao Ziyang, (1919-2005), n°1 du Parti de 1987 à 1989 appuyé par Hu Qili, né en 1929, de dix ans son cadet, son fidèle soutien et membre du Comité Permanent de 1987 à 1989.

Tous deux furent les seuls du Comité Permanent à s’opposer à l’instauration de la loi martiale et à la répression militaire de Tian An Men. Le premier est décédé en résidence surveillée en 2004. Le second, aujourd’hui âgé de 93 ans, fut d’abord purgé comme Zhao en 1989, avant de connaître un retour en grâce en 1991, promu par Deng en 1993 à la tête du ministère de l’industrie électronique.

La faction concurrente adepte de l’orthodoxie marxiste-léniniste était représentée par Chen Yun, (1900-1995). Un des « huit immortels » du Parti [3]), économiste, adepte de la centralisation et de la planification, il a longuement été à la tête de la Commission Centrale de discipline (1978-1987) avant de devenir Président de la Commission consultative du Parti de 1987 à 1992, cénacle très conservateur des anciens de l’appareil dont l’influence a été considérable.

Latente dans la mémoire chinoise depuis « Le siècle des humiliations » infligées à la Chine au XIXe siècle, la trace anti-occidentale et anti-américaine au sein de l’appareil commença à se cristalliser par l’effet du dépit de jeunes nationalistes à la fois admirateurs de l’Amérique et offensés par la persistance des sanctions imposées à la Chine après la répression de Tian Anmen.

La destruction hors OTAN de l’ambassade de Chine à Belgrade le 7 mai 1999 par deux bombardiers mandatés par la CIA, n’a fait qu’ajouter à la rancœur. Alors qu’elle était officiellement attribuée à une erreur de tir, au milieu de soupçons qu’il s’agissait en réalité de détruire un émetteur radio des forces serbes abrité par l’ambassade, les excuses du Président Clinton trois jours après le tir, ne calmèrent pas le nationalisme offensé d’une partie des Chinois.

« N’insultez pas le peuple chinois  » fut un des slogans populaires qui, à l’époque, symbolisèrent les sentiments humiliés des Chinois. En 2010, plus de dix ans après l’événement, selon une enquête réalisée en Chine, 57% des experts chinois de la relation sino-américaine estimaient encore qu’il s’agissait d’un acte délibéré.

Pour les élites politiques chinoises qui n’ont aucun doute, les frappes de Belgrade ont constitué un réveil stratégique de l’appareil de défense.

En 2016, le Président Xi Jinping qui à Belgrade se recueillait sur le lieu de l’ex-ambassade, exprima sa rancœur en termes à peine voilés En substance, il rappelait que « La Serbie et la Chine, tous deux promoteurs de la paix, ne craignaient pas les pressions hégémoniques.  ». Lire : Xi Jinping à Belgrade. Retour vers le futur des guerres technologiques.

La blessure persiste. Début avril 2021, plus de vingt après les faits, le Général Wei Fenghe alors ministre de la défense, parlant à Belgrade au Président serbe Aleksandar Vucic rappelait que «  Le peuple chinois n’oublierait jamais cette période de l’histoire. Et l’Armée Populaire de Libération n’autorisera jamais qu’un tel incident se répète ».

Depuis qu’il est au pouvoir en 2012, Xi Jinping exprime cette défiance sur un mode nationaliste et vindicatif. Avec Moscou, les deux rallient le « sud profond » en manipulant les symboles répétitifs de l’exploitation coloniale du Tiers Monde par l’Occident en Afrique, en Asie et en Amérique du sud, comparés à ceux des Nouvelles Routes de la Soie présentées par Xi Jinping comme un projet offert au monde par la Chine, sans exigence de contrepartie.

Alors que dans les zones d’influence historiques de l’Amérique, Pékin accumule ses références symboliques à sa capacité d’apaisement, à propos de la guerre en Ukraine ou au Moyen Orient, entre Ryad et Téhéran et, tout récemment même entre Israël et la Palestine, dans sa sphère d’influence directe dans le Pacifique occidental en revanche, les références symboliques convoquent l’histoire impériale où les voyages de Zheng He de la dynastie Ming tiennent une place majeure.

A l’occasion, les symboles se militarisent sur les ilots de mer de Chine du Sud et dans les parages de Taïwan pour diffuser l’idée de l’inflexibilité, capable de prendre tous les risques quel qu’en soit le prix.

Note(s) :

[3Hautement symbolique, le groupe des « Huit immortels  » qui désigne avant tout une orthodoxie révolutionnaire communiste est composé de plus de « Huit » membres.

Tous décédés, plusieurs ont soutenu l’ouverture économique de Deng Xiaoping, mais aucun n’appartient à la mouvance politique réformiste, tandis qu’à l’exception de la militante du droit élémentaire des femmes Deng Yingchao, épouse de Zhou Enlai, tous ont soutenu la répression de Tian Anmen.

Deng Xiaoping (1904-1997) ; Chen Yun (1905-1995) ; Li Xiannian (1909-1992), Président de la République de 1977 à 1987, il a après sa retraite soutenu la répression de Tian Anmen ; Yang Shankun (1907-1998), Président de la République de 1988 à 1993, il soutenu la répression de Tian Anmen à laquelle a participé son fils le Général Yang Jianhua, commandant la 27e armée ; Peng Zhen (1902-1997), Président de l’ANP de 1983 à 1988 ;

Bo Yibo (1908-2007), bien que fidèle soutien du « Grand Bond en avant » de Mao, il fut une des victimes de la révolution culturelle, dénoncé par son fils Bo Xilai. En 1989, il fut un des contempteurs des réformistes Hu Yaobang, et Zhao Ziyang accusés d’avoir voulu libéraliser le régime ;

Wang Zhen (1908-1993), Vice-président de la République (1988-1993). Général de l’APL, acteur de la guerre civile et de la guerre contre le Japon, d’abord soutien de Mao, il a, après sa mort en 1976 appuyé les réformes de Deng Xiaoping. Mais un des chefs de file des conservateurs politiques, il a, comme Vice-Président soutenu la répression de Tian Anmen ;

Song Renqiang (1909-1995). Général, ancien commissaire politique de l’APL, devenu Vice-Président de la Commission consultative du Parti, il fut l’un des plus ardents soutiens de la répression de Tian Anmen, par Deng Xiaoping.

Deng Yingchao (1904-1992), neuvième membre des « Huit », épouse de Zhou Enlai, seule femme de ce très conservateur cénacle masculin. Présidente de la Commission Consultative du Peuple chinois (1983-1988), ayant milité pour la fin de la tradition des « pieds bandés » et le droit des femmes à l’avortement, elle reste dans les mémoires comme une fervente militante du droits des femmes et de leur statut au sein du Parti.


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