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La crise iranienne, une aubaine pour la Chine ? Et l’Europe ?

Opportunisme stratégique.

Les craintes des chercheurs américains se confirmèrent de manière spectaculaire quand, à la fin 2014, et passant outre les craintes israéliennes, la perspective de l’accord iranien en gestation – attisé par le projet d’Obama de rallier Téhéran à la cause de la lutte contre l’ISIS en Syrie - contribua à modifier radicalement le contexte stratégique, permettant à Téhéran et à Pékin, de lancer une coopération militaire navale et les prémisses d’une coopération anti-terroriste. Lire : Les arrières pensées de la relation entre la Chine et l’Iran.

Après le départ d’Ahmadinejad en 2013 coïncidant avec un allègement des sanctions internationales, les importations chinoises de pétrole iranien augmentèrent de 48% pour atteindre un rythme moyen de livraison de 2,3 millions de tonnes/jour soit 14,5% des importations chinoises de brut au point qu’en projection annuelle le pétrole représente aujourd’hui 80% du commerce entre Pékin et Téhéran, la Chine étant de loin le premier partenaire commercial de l’Iran, le pétrole tenant le haut du pavé.

C’est dans le sillage de cette ambiance positive que les présidents Xi Jinping et Rouhani avaient, en janvier 2016, affirmé - faisant peut-être preuve d’un optimisme excessif - que, d’ici 2025, la valeur des relations commerciales entre les deux serait portée à 600 Mds de $.

...Et prudence.

Il n’empêche que vue de Téhéran la relation est déséquilibrée d’autant que, selon les chiffres 2017 de l’Institut Wood Mackenzie, s’il est vrai que les exportations iraniennes de pétrole vont à 30% vers la Chine, Pékin s’applique en revanche à diversifier ses fournisseurs tout en contrôlant ses importations venant d’Iran qui, en 2017, étaient en baisse de 3% par rapport à 2016. L’avenir dira si comme l’affirment nombre de médias le commerce pétrolier entre les deux explosera.

Pour l’heure en tous cas, le premier fournisseur de la Chine reste la Russie (29,2%), suivie de l’Angola (27,1%), de l’Arabie Saoudite (26,5%), de l’Irak (17,8%), d’Oman (17 %). L’Iran n’arrive qu’en 5e position.

Alors que les Ayatollahs sont prudents, en Chine même des voix s’élèvent pour mettre en garde contre les risques d’un engagement trop univoque dans un pays où l’avenir politique est incertain, mis sous tension par l’opposition politique interne aux Mollahs. Le 9 mai, Li Weijian expert du Moyen Orient à l’Institut d’Etudes Internationales de Shanghai alertait sur les risques d’une situation où la faible audience populaire du régime et les divisions de la communauté internationale créaient un faisceau d’incertitudes dont la moindre ne serait pas un retour des crispations politiques internes à l’Iran dangereuses pour les affaires.

*

Ces rares mises en garde restent cependant lettre morte. Tirant profit de l’isolement de Washington et, à l’inverse, de sa connivence croissante avec Téhéran et Moscou qui depuis plus de 10 ans fonde un pôle stratégique anti-américain, Pékin pousse ses avantages en Iran. S’il est vrai que le gaz et le pétrole sont de loin le cœur des intérêts chinois, les projets de Pékin, inclus dans la vaste stratégie des « nouvelles routes de la soie » se sont diversifiés.

A côté de l’agrandissement de la raffinerie d’Abadan portée par Sinopec et de l’exploitation des champs de pétrole de Yadavaran et d’Azadegan, s’ajoutant à l’exploitation du gisement de gaz de South Pars – plus vaste gisement de la planète - où CNPC détient 30% des parts en attendant de reprendre celles de Total (près de 3 Mds de $), China Railways dont le premier contrat fut signé après l’accord sur le nucléaire de 2015, est engagée à hauteur de 2,56 Mds de $ dans la construction d’une ligne TGV de Téhéran à Mashad (700 km), à moins de 100 km de la frontière du Turkménistan, les banques chinoises ayant avancé 1,6 Mds de prêts pour financer l’électrification de la ligne.

L’Exim-Bank (进出口银行) et le Groupe d’assurances des exportations Sinosure (中信出口保险集团) ont également avancé les fonds d’une trentaine de projets à hauteur de 10 Mds de $ pour la construction d’autoroutes, d’aciéries et l’exploitation de mines d’or, de cuivre, d’aluminium et de fer, le long des côtes du golfe persique. En garantie de ces financements le groupe public CITIC (中信) créé en 1979 aux actifs de 200 Mds de $ dont le réseau de 44 filiales est implanté à Hong-Kong, au Canada, en Australie, aux États-Unis et en Nouvelle Zélande capable – dit son site - de prêter 100 Mds de $ par an aux groupes chinois.

Mais il y a plus. Recoupant les projets plus vastes et à plus long terme de Pékin, les menaces de la Maison Blanche contre les utilisateurs du dollar contrevenant aux embargos américains, pourraient contribuer à renforcer le projet de contrats pétroliers à termes concurrents des références occidentales et appuyer les projets d’internationalisation du Yuan. Lire : Les « contrats à terme » de Shanghai. Espoirs et obstacles.


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