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La création d’une monnaie digitale et ses arrière-pensées

Faire pièce à l’impérialisme du Dollar.

En même temps qu’il vise à protéger la souveraineté monétaire chinoise contre les monnaies cryptées et à marginaliser les prestataires de paiement privés, le Yuan Digital ambitionne de créer un mouvement planétaire permettant de contourner la puissance du Dollar. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Fin décembre, 2020, selon la Banque des Règlement internationaux, la part du $ dans les transactions commerciales était encore de 79,5% contre moins de 3% pour la monnaie chinoise.


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Une autre intention, cette fois géopolitique à la racine de l’avance du Yuan digital en Chine par rapport au reste de la planète, renvoie à la volonté de contourner la prévalence du Dollar. Elle recèle l’idée d’échapper aux capacités de sanctions américaines ciblant à volonté les utilisateurs du billet vert par le truchement du Magnitsky Act.

Depuis 2012, le décret bipartisan voté par le Congrès, permet en effet à Washington, sous prétexte de lutte contre la corruption, d’infliger des sanctions ou des amendes tous azimuts, pour des motifs qui ne distinguent pas toujours clairement la chasse aux prévarications des intérêts stratégiques américains.

Par un effet d’aubaine, cette capacité de contournement du Dollar, pourrait fonder le succès potentiel du Yuan digital dont la part dans les transactions globales reste cependant encore très faible. Selon les chiffres les plus récents de la banque des règlements internationaux, 79,5% du commerce international est libellé en Dollar, tandis que la part du Yuan chinois plafonne à moins de 3%.

Le 5 avril dernier une intéressante synthèse du WSJ montrait comment Pékin positionne également le yuan numérique pour un usage international en prenant garde qu’il ne soit pas lié au système financier mondial dominé par le dollar depuis 1945.

Inquiétudes américaines et potentiel global.

(Source Financial Times du 17 févier 2021). Lors du nouvel an chinois en février dernier, les autorités de plusieurs grands centres urbains ont distribué des dizaines de millions de Renminbi sous forme « d’enveloppes rouges » digitales téléchargées sur les téléphones portables. En dehors d’exprimer une convivialité philanthrope à l’occasion du nouvel an, l’intention était de procéder à un test (parmi d’autres) en amont de la mise en circulation du Yuan digital.

Washington s’inquiète comme d’une menace stratégique grave que son rival systémique au régime autocrate prenne la direction globale d’un mouvement pouvant affaiblir l’emprise du billet vert.


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Logiquement, le fait qu’un État autoritaire rival de l’Amérique ait pris l’initiative d’une monnaie numérique nationale aux ambitions globales créé une anxiété à Washington. La secrétaire au Trésor Janet Yellen et le président de la Réserve fédérale Jerome Powell se disent attentifs au sujet y compris à celui de l’opportunité de créer un Dollar numérique.

Josh Lipsky, ancien du FMI, actuellement membre du Conseil de l’Atlantique dit les choses plus clairement : « Tout ce qui menace le dollar est une question de sécurité nationale. La digitalisation du Yuan menace le dollar sur le long terme. »

Pour l’heure le Yuan numérique offre aux pays pauvres la possibilité de transfert financiers échappant aux structures financières internationales en partie contrôlées par Washington. Même limitée, la possibilité pourrait atténuer la morsure des sanctions américaines, de plus en plus utilisées contre des entreprises ou des particuliers chinois.

Avec plus de 250 Chinois, dont certains sont membres de la haute administration, accusés de manquements aux droits à Hong Kong y compris la gouverneure Carie Lam privée d’utiliser ses économies en Dollar, tandis que d’autres sont ciblés pour les mauvais traitements infligés aux Ouïghour, le yuan numérique donne à ceux que les États-Unis sanctionnent le moyen de contourner le système « SWIFT » à l’insu des États-Unis tout en protégeant la souveraineté monétaire de la Chine.

Nicholas Burns, 64 ans, professeur à Harvard, Directeur et membre du Conseil d’administration de plusieurs centres de recherche, conseiller du Président Biden, dont les idées croisent celles de « néo-conservateurs », et favori pour le poste d’Ambassadeur à Pékin, le dit lui-même quand il évoque la monnaie digitale chinoise : « En supprimant notre levier de sanctions, ils nous ont créé un problème. »

Le potentiel international de parasitage de la stratégie des sanctions par le Dollar est vaste. Il va de l’Iran que la Chine retrouve dans la détestation commune de l’Amérique à la Corée du Nord, allié traditionnel de la Chine depuis la guerre de Corée, avec qui les Chinois étaient en froid depuis la première explosion nucléaire en 2006, mais dont Pékin s’est rapproché pour faire pièce à la stratégie de D. Trump.

La capacité de défier le Dollar passe aussi par la Birmanie, arrière-cour de Pékin, à la frontière sud du Yunnan. Frappée par les sanctions américaines après le coup d’État du 1er février 2021 du général Ming, elle est protégée par Pékin qui y défend ses investissements et la double conduite de gaz et de pétrole acheminant vers le Yunnan le gaz birman du golfe du Bengale et le pétrole du Moyen Orient.

L’insistance de Pékin ne néglige aucune opportunité. Signe s’il en fallait de l’ambition globale du projet, aux Jeux olympiques d’hiver de février prochain, on envisage de donner aux athlètes des yuans numériques à dépenser quand ils seront sous les feux de l’actualité.

Les détails juridiques des transactions sont également abordés avec les pays intéressés. En liaison avec la Banque des règlements internationaux on étudie des protocoles officiels avec les Banques Centrales de Thaïlande, de Hong Kong et des Émirats.

Enfin, signe qui inquiète Washington, le projet de contourner le Dollar prend de la vitesse. Selon le site de recherche « CBDC Tracker » qui trace les nouvelles monnaies digitales contrôlées par les banques centrales, plus de 60 pays ont à des stades divers de réalisation commencé à créer une monnaie digitale.

Rappels sémantiques et avancement des projets.

Alors que le Yuan digital est contrôlé par la banque centrale, les crypto-monnaies dont le volume de circulation est géré par un algorithme autonome, sont à la fois anonymes, et affranchies de toute institution financière.


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(Source : « La lettre numérique »)

Les monnaies digitales de banque centrale sont de nouvelles formes de monnaie électronique directement émises par la banque centrale d’un État souverain. Ce rattachement étatique fonde la principale différence avec les monnaies cryptées au fonctionnement autonome et anonyme.

Selon une étude menée en 2019 par la Banque des règlements internationaux (BRI) auprès de 66 banques centrales, 80% d’entre elles travaillent sur le sujet de la monnaie numérique. Parmi elles, 10% ont développé un projet pilote.

Plusieurs monnaies digitales de banque centrale pourraient voir le jour au cours des années à venir. Outre qu’à terme, elles pourraient diminuer l’empreinte impériale du Dollar, leur objectif immédiat ou à moyen terme est triple :

1) Gérer la disparition des espèces ; 2) Contrer la menace que font peser les cryptomonnaies privées (Libra, Bitcoin, Ehtereum) sur la souveraineté monétaire des acteurs nationaux ; 3) Limiter le pouvoir commercial des prestataires de paiements privés.

En Chine, la Banque centrale chinoise a entamé des tests de sa monnaie digitale en juillet 2020. En Europe, la Banque de France a annoncé début décembre 2019 vouloir tester sa propre monnaie digitale ; la Banque centrale suédoise a déjà lancé un projet pilote depuis le mois de février 2020 ;

Quant à la Banque nationale suisse (BNS) qui travaille également sur la monnaie numérique, elle a annoncé le 3 décembre 2020 avoir réalisé une étude de faisabilité dans ce domaine, en collaboration avec la BRI et l’opérateur de la bourse suisse, SIX.


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