›› Politique intérieure
Pendant ce temps, Sun Liping l’iconoclaste professeur de sociologie de l’une des plus prestigieuses universités de Chine, ancien mentor universitaire de Xi Jinping qui supervise le quadrillage de la société chinoise, publiait sur son blog quelques réflexions à contre courant qui firent la joie des internautes : « Notre analyse des risques est biaisée. Ma thèse est que ce qui menace le plus la société chinoise n’est pas l’instabilité, mais la sclérose et, à terme, la nécrose et la décomposition.
S’il est vrai que le contraire de désordres sociaux est la stabilité sociale, le contraire d’une société nécrosée est une société en bonne santé et dynamique. Mais suite à une erreur de diagnostic, nous ne traitons pas la nécrose, au motif que le remède menacerait la stabilité sociale. Tout comme si un médecin refusait de soigner un malade atteint du cancer sous prétexte que son cœur est faible ».
Sun continue en expliquant qu’il dénonce depuis dix ans l’exagération des risques de dérapages des conflits sociaux qui aboutit à placer l’objectif de stabilité au-dessus de tout, au point d’en faire un but en soi, qui définit les priorités gouvernementales et donne le ton de l’action des pouvoirs publics. Ceux-ci deviennent rigides, pusillanimes, soupçonneux de tout, au point que la moindre initiative politique est impossible et aussitôt tuée dans l’oeuf.
Expliquant que les désordres sociaux sont la règle dans une société avancée, il ajoute que « seule la Chine place la stabilité sociale au-dessus de tout le reste - poursuit Sun - ; elle est aussi la seule à s’être dotée de « comités de sauvegarde de la stabilité », si bien que les symptômes de décomposition de la société commencent à apparaître.
Le plus évident d’entre eux - avec la corruption qui est son effet collatéral - est que la société civile n’est en mesure d’exercer aucun contrôle sur le pouvoir. Ce dernier n’est limité par rien, ni à l’extérieur, ni à l’intérieur, tandis qu’aucune initiative politique n’est plus possible en dehors des murs de Zhongnanhai. »
Puis, Sun Li Ping se livre à une charge féroce contre l’état de la société chinoise, qui témoigne du pessimisme de beaucoup d’intellectuels, dont Questionchine a, à maintes reprises, fait état : « L’absence de contrôle public crée une classe de fonctionnaires irresponsables, uniquement préoccupés de leurs intérêts et de leur avancement, corrompus au point que dans l’état actuel des choses aucun remède n’est plus possible.
Cette décomposition, ajoute Sun Liping, est à l’œuvre dans tous les aspects de la vie sociale qui a perdu ses repères moraux, tiraillée au gré des groupes de pression, dont le comportement sans scrupules affaiblit l’esprit d’honnêteté et de justice de tout le corps social. Dans ce contexte le système d’information de l’état souffre de graves dysfonctionnements au point que la déformation et la manipulation des données statistiques à tous les échelons sont devenues la règle ».
On ne saurait mieux dire et plus clairement. Le débat qui s’étale ainsi publiquement renvoie à la « respiration » politique de la société chinoise, aujourd’hui bridée d’en haut par la crainte de désordres. Le pouvoir a conscience des conséquences de ces rigidtés répressives sur les rapports entre la population et le pouvoir. De même il n’ignore pas l’affaiblissement de la confiance politique résultant de la dégradation éthique.
Ces effets pervers, souvent dénoncés par les plus hauts dirigeants eux-mêmes, font l’objet d’innombrables discours et slogans politiques qui appellent à un redressement moral. Mais in fine, s’il est vrai qu’il accepte les débats critiques parfois virulents, le parti n’est toujours pas prêt à autoriser la moindre remise en cause des choix arrêtés dans le secret opaque du comité permanent du bureau politique.
