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›› Chronique

Huawei au cœur de la riposte technologique haut-gamme de Pékin

Doué d’une forte capacité de résilience le « groupe à la fleur » devenu autonome grâce à son système d’exploitation Harmony OS, alternatif à Androïd, poursuit son expansion en dépit des restrictions infligées par les États-Unis qui, en 2019, l’avaient placé sur une liste noire qui lui fermait l’accès aux micro-processeurs haut de gamme. Il se renouvelle aussi sur le marché chinoise et dans le « sud Global », malgré l’ostracisme qui, après 2018, frappa ses équipements 5G aux États-Unis et en Europe.


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Si on cherchait des indices que la Chine nourrit, par ses prouesses digitales et technologiques, l’intention de s’insinuer dans le quotidien des utilisateurs des appareils connectés de la planète, il faudrait s’intéresser à NearLink, ou SparkLink, en Chinois « 星闪 - xingshan - littéralement « éclat de l’étoile », dernier né de la recherche du géant technologique chinois Huawei - 华为- dans le secteur de la communication sans fil à courte distance.

La technologie conçue pour fusionner et surpasser les capacités combinées de Bluetooth et du Wi-Fi, a été développée sous le pilotage de Huawei au sein de SparkLink alliance.

Fondée en 2020, ce consortium de choc regroupe des centaines d’entreprises technologiques parmi lesquelles on retrouve les groupes Xiaomi, Oppo, Vivo, Lenovo et TCL, acteurs chinois majeurs des « smartphones », des ordinateurs (Lenovo), et des téléviseurs (TCL).

On y rencontre aussi les champions l’industrie automobile, BYD, Changan, GAC, FAW et BAIC ; et des instituions étatiques comme China Mobile, l’Académie des sciences de Chine (via son Institut de technologie informatique), l’Académie de l’Information de la Technologie et des Communications (CAICT) et l’Institut de Standardisation de l’Électronique.

La mise en ordre de marche sous le chapeau de Huawei d’une mouvance chinoise regroupant l’automobile et les hautes technologies, englobant aussi des institutions publiques dont beaucoup d’acteurs sont des concurrents de l’Occident, est la mise œuvre d’une stratégie imaginée par Ren Zhengfei 任正非 l’inamovible PDG du groupe, 82 ans, cette année (voir sa biographie en annexe).

Son influence au sommet reste intacte, même si la direction au jour le jours est aujourd’hui assurée par une présidente tournante où se sont succédé des personnalités comme 孟晚舟 Meng Wenzhou, 54 ans, la propre fille de Ren, en même temps directrice financière du groupe ;

Eric Xu (徐直军 ; Xu Zhijun), 59 ans, Ingénieur de l’Université de Sciences et Technologies de Nankin et ancien Directeur de la stratégie ;

Guo Ping, 郭平, 60 ans, Ingénieur de l’Université de technologie de Huazhong à Wuhan, à l’expérience éclectique allant, depuis 1988 année de son arrivée, d’ancien membre de la R&D du groupe à la vice-présidence du Conseil des finances, en passant par la présidence du département en charge de l’intégration des techniques informatiques à la gestion des affaires ;

Ken Hu - Hu Houkun 胡厚崑, 58 ans, lui aussi Ingénieur de l’Université de Huazhong, ancien responsable de la cybersécurité, ancien représentant de Huawei aux Etats-Unis.

L’offensive de l’Alliance Sparlink, renvoie à la stratégie initiale de Huawei pour s’affirmer depuis le milieu des années quatre-vingt comme un acteur majeur des équipements télécoms concurrent global des géants tels que Nokia Siemens, Cisco, Ericsson ou Alcatel.

Une stratégie oblique de la périphérie vers le centre.

Publiée par BBC en ligne, la première page d’un journal sud-africain qui réagissait avec humour en jouant sur les mots, à l’embargo de Google infligé à Huawei, privé des services comme Play Store et Gmail, sous la pression de la Maison Blanche en mai 1919.


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Après avoir reconquis de haute lutte une partie du marché chinois, par une approche concentrique à partir des campagnes, où ses concurrents étrangers étaient peu présents, pour, ensuite, marcher sur les plates-bandes des géants mondiaux dans les grands centres urbains de la côte Est, Huawei a développé une stratégie globale analogue ayant progressivement avancé vers les marchés sophistiqués et plus exigeants des pays développés de l’Europe et de l’Amérique du Nord.

Partie des pays en développement ou troublés (Moyen Orient, Afghanistan, Pakistan, Afrique, Amérique latine, Asie du sud-est), la compagnie à la fleur (voir l’origine du Logo expliquée dans l’annexe) a arraché des parts de marché à ses concurrents dans leurs propres fiefs d’origine aux États-Unis où en 2019, Huawei détenait 31,5% du marché et en Europe où sa position était encore plus forte avec 35 à 40% des parts.

C’est précisément cette prévalence commerciale invasive qui a déclenché les mesures américaines contre Huawei. À partir de 2018-2019, les États-Unis ont progressivement interdit aux opérateurs bénéficiant de fonds fédéraux d’acheter des équipements Huawei tout en imposant des restrictions beaucoup plus strictes à l’entreprise.

En mai 2019, Huawei et ses filiales ont notamment été placés sur « l’Entity List. »,catalogue d’exclusion établi par le département du commerce destiné à bloquer la vente de technologies sensibles à des groupes étrangers, notamment des microprocesseurs haut de gamme, menaçant la sécurité des États-Unis.

L’UE, quoique plus nuancée a suivi la même stratégie, visant explicitement à exclure Huawei et ZTE des infrastructures de télécoms publiques. En 2020, le Royaume Uni avait ordonné aux acteurs officiels de retirer les équipements Huawei de leurs installations télécoms avant 2027, Plusieurs pays européens ont suivi cet exemple, dont la France en 2021, pour une échéance en 2028, et l’Allemagne en 2024 pour une échéance en 2029.

Aujourd’hui aux États-Unis la part de marché de Huawei dans les équipements d’infrastructure télécoms est nulle ; en Europe, elle a fortement reculé. Les raisons de l’ostracisme qui frappe Huawei sont articulées à une polémique dont les termes n’ont pas varié depuis le milieu des années 2010.

Aux accusions de collusion avec le gouvernement chinois s’appuyant sur la loi sur la sécurité nationale de 2017, obligeant tout citoyen chinois à coopérer avec le renseignement national, Huawei oppose invariablement un démenti formel arguant qu’elle est « une entreprise strictement privée, indépendante et détenue à 100% par ses salariés à travers leur syndicat. »

Il reste que la mobilisation public-privé piloté par Huawei autour de SparkLink alliance, montre le contraire. Le « groupe à la fleur » y apparait clairement comme l’ordonnateur d’une riposte chinoise contre l’ostracisme qui l’avait frappé au moment de l’installation des équipements 5G aux États-Unis et en Europe.

L’année 2020, fut une date importante de la contre-offensive.

Moment de la création de SparkLink, 2020 marque aussi l’instant où, pris dans la tempête des sanctions américaines, Huawei avait entrepris de développer son propre système d’exploitation alternatif à Androïd baptisé « Harmony OS ».

Lire : Huawei sévèrement touché, mais pas coulé. La guerre sera longue et difficile dont la conclusion indiquait clairement que la bataille technologique entre la Chine et les États-Unis ne faisait que commencer.

Nous y sommes.

Aujourd’hui la version « Harmony OS NEXT » qui ne repose plus sur le noyau LINUX, est 100% indépendante (il repose sur le micro-noyau Hongmeng développé en interne) et des milliers d’applications et de services chinois ont été réécrits spécifiquement pour ce format local. Il crée un écosystème chinois autonome et unifié auquel sont attachés des millions de PC, de « smartphones », de tablettes et d’objets connectés.


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