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Excédent commercial, taux de change du Yuan et modèle de développement

Baisse de la croissance, chute du Yuan et fuite des capitaux.

A la fin septembre, les prévisions de la Banque Mondiale, ont encore réduit la perspective de croissance de la Chine pour 2022 à 2,8%, plaçant pour la première fois depuis 1990 sa performance derrière celle de ses voisins asiatiques.

Alors que l’économie est plombée par un secteur bancaire encore peu performant, une dette interne élevée, la perte de confiance du public envers l’immobilier submergé de dettes, le chômage des jeunes et un secteur industriel en souffrance fragilisé par une épidémie de semi-faillites, en partie conséquence de la politique « Zéro-covid », la Banque de Chine est confrontée à un choix difficile.

Elle peut soit laisser couler le Yuan, soit maintenir son lien au Dollar, ce qui l’obligerait à hausser les taux d’intérêt au détriment de la relance économique. Pour l’instant, ses réactions indiquent qu’elle a fait le choix de freiner la chute et de limiter la fuite des capitaux.

Mais ses moyens d’action sont limités. Le 28 septembre, malgré la vente massive de $ et le rachat de Yuan, celui-ci a continué sa chute à 7,23 Y pour Un $. Le 6 octobre, il était stabilisé à 7,11pour Un $. Par rapport à sa valeur de janvier, il accuse toujours une baisse de 10%.

Le dilemme est complexe. Réduire davantage les flux de capitaux ne fera que détourner les investissements étrangers d’une destination devenue peu attrayante, tandis que la hausse des taux d’intérêt risque de faire basculer l’économie chinoise. Il reste que ne rien faire présente également l’inconvénient d’entretenir l’incertitude chez les investisseurs.

La manœuvre ultime consisterait à engager les trois milles milliards de réserves de change, pactole accumulé des excédents commerciaux. Mais compte-tenu de la taille de l’économie, les réserves pourraient ne pas suffire à bloquer la fuite des capitaux qui s’accélère.

D’autant qu’il ne servirait à rien d’injecter l’argent public dans des secteurs en sommeil ou en freinage durement malmenés par la politique de zéro-covid et la mise aux normes infligée par Xi Jinping au secteur des Nouvelles Technologies dont le ralentissement est une des raisons du chômage des jeunes de 16 à 24 ans.

Plusieurs fonds étrangers comme le Japonais Softbank et Berkshire Hathaway créé par Warren Buffet - respectivement 100 Mds et 635 Mds de $ de capitalisation boursière -, ont retiré leurs investissements d’Alibaba pour le premier et du fabricant de véhicules électriques BYD pour le second.

Depuis octobre, à la Bourse de Hong Kong, la valeur de l’action d’Alibaba a perdu 70% de sa valeur, celle de Tencent 50% ; BYD est en recul de 17% . Depuis son point haut de fin juin 2022, l’action du très agressif fabricant de véhicules électriques (SUV, Bus, Camion, Vélos) et de batteries rechargeables, dont le marché s’est élargi hors des frontières chinoises, a perdu 38%.

L’absolue exigence d’adapter le modèle économique.

Le 5 octobre, dans un article de Foreign Policy, Michael Pettis professeur de finance à la « Guanghua School of Management » de l’Université de Pékin, revenait sur son idée maîtresse qu’il ne cesse d’enseigner dans ses cours. Le temps est venu pour le régime d’ajuster son modèle de développement.

S’il y a quarante ans, la puissance des investissements qui représentaient 45% à 50% du PIB – contre une moyenne de 17 à 32% pour le reste du monde - alors qu’en Chine ils comptent toujours pour 43% -, furent le moteur vertueux du décollage de la Chine, depuis une quinzaine d’années, les avantages du surinvestissement sont éclipsées par ses effets pervers.

L’abondance financière dont l’appareil a fait l’épine dorsale du développement de la Chine, a certes généré la richesse du pays, mais elle a aussi été à l’origine d’une préoccupante accumulation de dettes et de créances non recouvrables des banques publiques et privées, d’une intense corruption, de formidables gaspillages, du cancer des investissements non productifs et de l’explosion des inégalités socialement dangereuses.

Ces dernières sont analysées par Thomas Piketty dans son livre « Capital et idéologie » censuré en Chine, alors que son premier « Le capital au XXIe siècle » qui portait le fer dans la plaie du capitalisme occidental, avait été plébiscité par l’appareil.

*

Mais, dit Michael Pettis, la bascule du modèle chinois vers le moteur de la consommation des ménages se heurte d’abord aux freins de l’administration et d’une partie de ses élites, réticentes à abandonner un schéma ayant fait ses preuves et dont elles pensent qu’il devrait être perpétué.

Surtout, rarement évoqué par les observateurs, l’augmentation de la consommation des ménages, clé d’une bascule du modèle, supposerait un bouleversement de la répartition des bénéfices de la croissance au profit des particuliers auquel l’oligarchie n’est pas prête.

« En d’autres termes », analyse Pettis, « les gens ordinaires devraient recevoir une plus grande part de ce que l’économie produit sous la forme de salaires plus élevés, de pensions et d’avantages sociaux plus solides. Un sacrifice que le gouvernement central et les pouvoirs locaux qui détiennent les clés de la richesse collective de la Chine ne sont pour l’instant prêts à consentir, tant il est vrai que la répartition des richesses est directement liée au partage du pouvoir. »

Nuançant son propos, il ajoute que « cela ne signifie pas que la bascule ne se produira pas, mais jusqu’à présent, rien ne prouve que la Chine parviendra à mieux rééquilibrer la répartition des revenus, quand d’autres pays confrontés à des problèmes similaires n’y ont pas réussi ».

Il ne fait aucun doute que le dilemme sera au cœur des débats de l’appareil du 20e Congrès. Les passe-d ’armes entre tenants des réformes et conservateurs souvent attachés à leurs privilèges, resteront cependant sous le boisseau. Tous comme seront occultés ceux sur la manière de freiner la chute du Yuan.

Alors que la situation des actifs américains est aujourd’hui plus solide que celle de la Chine, et que, pour juguler l’inflation, la Banque Fédérale américaine s’est engagée dans une stratégie de taux d’intérêt élevés à l’origine d’une préoccupante fuite de capitaux en Chine que Pékin a du mal à freiner, seules deux options feront débat, si on exclut celle de l’immobilisme.

La première consisterait comme indiqué plus haut, à engager les Trois milles milliards de réserves de change pour soutenir la croissance et le Yuan. Refusée par les adeptes d’une gestion orthodoxe rigoureuse, elle serait un pis-aller, dont l’efficacité serait de courte durée, si la fuite des capitaux qui, depuis janvier 2022 dépasse 800 Mds de $, s’accélérait.

Dès lors qu’il est devenu évident que la puissance des investissement publics vers des projets non productifs créant de la dette, ne peut plus continuer à ce niveau exorbitant jamais vu dans l’histoire, la deuxième option, déjà acceptée par une partie de l’appareil, serait d’abandonner l’affichage politique d’un taux de croissance élevé comme gage d’efficacité politique du Parti à la tête de la Chine et de le laisser filer à plus ou moins 2%.


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