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En mer de Chine du sud, les limites de la flibuste impériale chinoise

Les garde-côtes, outils de la puissance impériale.

En Asie du Sud-est toute la presse spécialisée en parle. Selon l’analyse du centre de recherche stratégique CSIS associé à Asia Maritime Transparency International (AMTI) qui par l’imagerie satellite suit les mouvements de navires et les changements de la structure des îlots en mer de Chine du sud, voilà des mois que la marine chinoise, fait face aux marines malaisienne et vietnamienne sur les sites d’exploration malaisiens ND1 et ND2 dans l’archipel des Spratleys.

Au cœur des zones contestées par la « ligne en 9 traits » de Pékin, le face-à-face met en jeu plusieurs garde-côtes chinois venant des Mischiefs et des Fiery Cross (lire : Mer de Chine du Sud : Le G.7 accuse la Chine qui se cabre), au moins un patrouilleur malaisien peut-être escorté d’un bâtiment lance-missiles et deux bâtiments vietnamiens non identifiés.

La zone jouxte aussi au sud, le groupe d’îlots de Kalayaan (Kalayaan Islands Group – KIG -), à 150 nautiques de Palawan, dans la ZEE des Philippines.

Composé de 11 îlots et récifs, le groupe de 79 hectares habité par 200 personnes qui comporte une piste d’aviation de 1300 m, occupé par l’armée philippine, administré par Manille se trouve au cœur de l’archipel des Spratleys et des réclamations chinoises de la « ligne en 9 traits ».

L’objet du face-à-face est le « West Capella » une plate-forme de forage affrétée par le Britannique Seadrill spécialisé dans l’exploration pétrolière en eau profonde. Sous-traitée par le Malaisien Petronas, elle a commencé ses explorations de pétrole et de gaz au large de l’État de Sabah, dans le Bloc ND4, en octobre 2019.

Le mois suivant, 2 garde-côtes chinois de la classe Zhaojun et Zhaolai, abandonnant leur mission d’escorte des chalutiers chinois dans la ZEE indonésienne, n’ont cessé de harceler la plateforme West Capella opérant dans la zone correspondant à la demande d’extension du plateau continental malaisien.

Les 26 et 27 décembre une autre opération de harcèlement chinoise a eu lieu dans le bloc SK 408 à 120 nautiques au large de Sarawak, exploré par le Malaisien Sapura Energy avec des investissements de Petronas et de Shell.

Selon AMTI, les images satellite révèlent également ce qui semblent être des navires de pêche ou de garde-côtes vietnamiens déployés pour surveiller les opérations malaisiennes dans la zone commune d’extension du plateau continental.

Commentant cette information, Nguyen Hong Thao, spécule sur l’absence de solidarité entre Hanoï et Kuala Lumpur, laissant mal augurer de la capacité de résistance de l’ASEAN à la tentation impériale chinoise.

L’ASEAN prise en otage.

Dans une analyse du 29 octobre 2019, parue dans The Diplomat, Trinh Le, diplômé de l’Université de Melbourne, jetait une lumière crue sur le dilemme de l’ASEAN.

« La Chine est à la fois un partenaire économique et une menace pour la stabilité de la région, aucun des différends entre Pékin et certains riverains n’ayant été réglé. Alors que les litiges devraient se résoudre par la négociation, le dialogue se déroule de plus en plus avec un pistolet sur la tempe. »

(…) « Les capacités navales de la Chine ont progressé à un rythme effréné, avec le lancement récent de navires amphibie de débarquement, de nouveaux sous-marins nucléaires et conventionnel et une flotte de porte-avions dont l’ampleur catalyse les tensions régionales. » (…) « Au cours de la dernière décennie, elle a construit plus de 100 navires de guerre. Dans les eaux contestées, en mer de Chine du sud, elle a bétonné et militarisé des îles artificielles. »

Les derniers événements qui contredisent les discours chinois en faveur du dialogue, sont l’exacte illustration de la stratégie impériale de Pékin. Mettant en scène une coercition, elle divise l’ASEAN et tente de faire évoluer le rapport de forces en sa faveur.

Dans une interview au South China Morning Post Harsh Pant professeur de relations internationales au King’s College de Londres, observe qu’il sera difficile pour le bloc de maintenir un équilibre entre les deux superpuissances économiques.

« Le confort traditionnel d’avoir la Chine comme partenaire économique et les États-Unis comme partenaire de sécurité n’est plus à l’ordre du jour » (…) « L’ASEAN devra réévaluer ses relations avec la Chine et son statut en évolution rapide de 2e puissance économique mondiale. » (…) « Il ne sera pas facile de concilier les énormes avantages économiques du marché chinois avec l’ampleur de la menace maritime qu’elle pose ».

Alors que la solidarité entre Hanoï et Kuala Lumpur reste à confirmer et que Manille, tout à son rejet des Américains, est resté en marge des tensions, la Malaisie semble déterminée à continuer l’exploration des ressources en dépit des menaces chinoises.

Ces dernières ne sont pas anodines. Parmi les garde-côtes chinois impliqués dans le harcèlement se trouvait le Zhaolai 5403 de 5000 tonnes, décrit par AMTI comme « l’un des navires les plus intimidants de la flotte des garde-côtes chinois ».

Kuala Lumpur n’est pas restée inerte puisqu’elle a dépêché sur les lieux le garde-côtes Bagan Datuk et le patrouilleur de haute mer KD Kelantan (1600 t) équipé de 2 canons, d’une mitrailleuse et d’un hélicoptère de bord.


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