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›› Editorial

Échec de l’apaisement avec Washington. Renforcement sino-russe. Les illusions de la médiation chinoise

Le fossé avec l’Occident se creuse.

La manœuvre chinoise articulée à l’espoir que les armes se taisent et à la reprise des flux commerciaux exprime un profond contraste avec l’entre-soi occidental de la Conférence de sécurité de Munich où les positions de tous étaient alignées sur celles des États-Unis, violemment hostiles à Moscou.

Exhortés par la vice-présidente américaine Kamala Harris, les Occidentaux ont été invités à conforter dans la durée leur alliance contre l’agression russe et, a-t-elle dit, à « consentir des sacrifices » afin de soutenir la résistance ukrainienne qui défend « certaines valeurs essentielles ». Au passage, le 18 février, elle dénonçait avec véhémence les crimes contre l’humanité commis par la Russie en Ukraine «  Et je dis à tous ceux qui ont perpétré ces crimes, à leurs supérieurs et complices : vous en rendrez compte  ».

La férocité du discours n’aura pas manqué de creuser encore le fossé entre l’Occident et la nébuleuse de ceux (dont seize pays d’Afrique, douze pays d’Asie et du Moyen Orient et quatre pays d’Amérique latine) qui s’étaient abstenus lors du vote à l’ONU, condamnant la Russie du 3 mars 2022.

Adopté par 141 votes sur 193 membres, mais sans les mastodontes démographiques que sont l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, l’Iran, le Bengladesh, le Pakistan et 29 autres, soit plus de la moitié de la population de la planète qui s’étaient abstenus, il trace l’image d’un monde où la prévalence de l’Occident a commencé à vaciller.

Le jour même de l’arrivée à Moscou de Wang Yi, à l’occasion de son discours sur l’État de la Nation russe devant la Douma, Vladimir Poutine a répondu à l’hostilité de la Conférence de Munich et de Joe Biden par une très violente charge contre l’Occident.

Après avoir fait le point de la situation militaire et affirmé la volonté de vaincre par un engagement militaire méthodique contre un régime dont il continue de dire qu’il a des racines « nazies », il a longuement désigné l’Europe et les États-Unis et leurs « hypocrisies  » comme les seuls responsables de la guerre, «  Ce sont eux qui ont lancé la guerre. Nous, nous avons utilisé la force pour les arrêter », et présenté l’affrontement en cours comme un conflit existentiel lié à la survie même de la Russie contre une civilisation décadente qui veut sa perte. « Les Occidentaux ne cachent pas leur objectif qui est d’infliger une défaite stratégique à la Russie. »

Enfin, ramenant la controverse à hauteur de la menace nucléaire, le chef du Kremlin a marqué sa mauvaise humeur et son refus de coopérer avec l’Ouest en suspendant la participation de la Russie au traité « New Start  » de contrôle et de réduction à 1550 des têtes nucléaires. En même temps, il a demandé aux forces russes de se tenir prêtes à procéder à un essai nucléaire au cas où les États-Unis reprendraient eux-mêmes leurs tests.

La proximité sino-russe renforcée et l’improbable médiation chinoise.

Une année après le déclenchement de la guerre en Ukraine, la venue du Ministre des Affaires étrangères chinois à Moscou et la perspective d’une visite officielle de Xi Jinping plus tard cette année, dessine une trajectoire de rapprochement qui fut d’abord d’une grande prudence.

La réserve chinoise était attestée par le fait qu’à l’ONU, le 3 mars 2022, la Chine n’avait pas rejeté la condamnation de l’agression russe, se contentant de s’abstenir ; A la mi-septembre, lors du sommet de l’OCS à Samarkand, au moment où en Ukraine les troupes russes subissaient un sérieux revers à Kharkiv, l’affichage d’une solidarité sino-russe par le Président chinois n’avait pas été à la hauteur des attentes de Vladimir Poutine. Lire : A Samarkand, les hiatus de la réunion de l’OCS.

Aujourd’hui en revanche, alors que l’issue du conflit est incertaine, que l’Ukraine montre les limites en hommes et en matériels de sa résilience militaire face à la vaste profondeur stratégique de la Russie, Xi Jinping semblant avoir jugé qu’il n’y aurait pas de vainqueur, joue à Moscou la carte du « faiseur de paix ». Les chances de succès de l’initiative chinoise son minces.

Alors que, pour l’instant aucun des deux belligérants n’a manifesté l’intention d’abandonner la bataille et ses buts de guerre, Pékin qui ferraille contre l’Occident avec les mêmes intentions que Poutine d’en réduire l’influence globale, se rapproche de Moscou en enfilant le manteau vertueux d’une médiation pour la paix.

La réalité est que la vision globale de la Chine de Xi Jinping férocement nationaliste et anti-occidentale croise sans le moindre hiatus celle de V. Poutine. Alors que la relation sino-russe se renforce autour des livraisons de gaz russe et des exports chinois d’équipements industriels et de microprocesseurs, les deux qui ont pris leur distance avec la culture occidentale, accusent l’arrogance américaine d’être le fauteur de troubles à l’origine de la guerre.

Tandis que les tentatives d’apaisement avec Washington viennent de capoter et que Moscou s’apprête à accueillir Xi Jinping en avril ou en mai (peut-être disent certains à l’occasion de la fête du 9 mai) l’ambition chinoise affichée de se présenter en médiateur de paix sans en avoir les moyens, tout en se rapprochant de Moscou, est une entreprise risquée.


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