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›› Economie

Contrôler le marché des capitaux et consolider la reprise

Considérations sur la croissance.

Liu Aihua du BNS « En dépit de l’élan de rétablissement, l’économie reste toujours sur une pente de décroissance, tandis qu’elle n’a pas récupéré les niveaux des années précédentes. La situation épidémique l’étranger continue d’avoir des effets, tandis que la stabilité de la reprise intérieure fait face à de nombreux nouveaux défis. »


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Le 15 juillet, lors de sa conférence de presse, Liu Aihua Directrice du Bureau National des Statistiques (BNS 国民经济综合统计) ne tournait pas son attention vers Wall Street. Dans un remarquable exercice d’analyse, elle présentait les raisons pour lesquelles la croissance chinoise était tombée de +18,3% au 1er trimestre à seulement +7,9% pour avril, mai et juin, mais toujours théoriquement en phase avec la prévision de la Banque Mondiale de +8,5% pour l’année 2021, alors qu’en mars, lors de la dernière réunion de l’ANP Li Keqiang le premier ministre l’avait fixé à +6%.

Il n’empêche que récemment sont apparus des indices préoccupants. Ils surgirent au milieu des signes positifs comme le maintien à +12% de la croissance de la grande distribution et l’envol des exports avec une hausse inédite de +32 % en juin 2021 par rapport à 2020 pour atteindre 281,42 Milliards de $, soit près de deux fois les chiffres de 2008 (140 Milliards de $).

C’était le sujet de la présentation de Liu Aihua.

L’indice des prix à la production a augmenté de +9% en mai, plus forte augmentation depuis 2008 qui, à l’époque, avait signalé une surchauffe. Les raisons en sont la hausse du prix des matières premières, les retards d’expédition dus à l’engorgement des ports gênés par la pandémie et les pénuries d’énergie.

Conscient des risques inflationnistes et des pressions sur les PME, le gouvernement s’est efforcé de lutter contre les spéculateurs sur le marché des matières premières et imposé aux importateurs de rallonger les marges de paiement. Le risque existe que l’impact sur les prix en Chine ait un impact sur les chaînes de production globale.

Début juin, à New-York, une note de conjoncture de CITI, écrivait que la pression croissante des coûts sur les fabricants chinois, notamment sur les PME ainsi que la reprise cahoteuse de la demande en aval, allait tirer la croissance vers le bas.

Dans ce contexte, la production automobile a reculé de 4% que Liu Aihua attribua à la crise globale des semi-conducteurs effet collatéral de la rivalité sino-américaine. Lire : Risques imminents de fragmentation du paysage global des hautes technologies.

En commençant sa conférence de presse, elle expliqua que la Chine faisait face « à une situation internationale et intérieure complexe exerçant une pression significative sur les affaires » (…), ajoutant : « Il est important pour nous de tenir à distance ces risques et d’aider la croissance des PME ».

Reprise inégale, chômage des jeunes, inflation.

Alors que la reprise freine, l’un des soucis majeurs est le chômage des jeunes diplômés.


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Pour Yue Su, analyste senior au magazine « The Economist », les valeurs des PIB des provinces au deuxième trimestre continuent d’indiquer une reprise inégale, précisément parce que les ventes au détail n’avaient pas encore retrouvé les niveaux d’avant la pandémie. Pour elle, la bascule du schéma de croissance vers la consommation intérieure restera encore longtemps un défi compliqué, compte tenu du coût de la vie et des ressources de plus en plus contraintes des ménages de la classe moyenne.

Mais pour Liu Aihua, la préoccupation au cœur des soucis du pouvoir au même niveau que l’inflation, reste le chômage.

Si le taux officiel moyen reste stable à 6% en juin - dont il faut rappeler qu’il n’incorpore pas la situation des 200 millions de migrants [2] -, il a explosé à 15,4% pour les jeunes de 16 à 24 ans, avec un pourcentage chez les récents diplômés de 25%.

Liu a concédé qu’il y avait un souci : « Nous sommes en effet confrontés à une forte pression sur l’emploi » (…). « Alors que le nombre de diplômés a atteint 9,1 millions de personnes cette année, notre priorité doit être de réduire le chômage en créant plus d’emplois ».

Un essoufflement du modèle ?

Alors que les rivalités sino-américaines ne faiblissent pas, selon la Harvard Business Review, « de profondes réformes sont nécessaires pour libérer le potentiel de la classe moyenne et assurer une croissance durable. (…). Il sera essentiel de réduire le taux d’épargne élevé en renforçant le filet de sécurité sociale et en menant à bien la réforme du système Hukou qui établit une distinction entre les citoyens urbains et ruraux dans l’accès aux services sociaux et à l’éducation. La poursuite de la rationalisation des entreprises publiques qui bénéficient actuellement d’un accès au financement beaucoup plus facile que les entreprises privées, sera une autre étape cruciale. »


*

A la mi-avril, déjà, insistant sur la nécessité de consolider la reprise, Liu avait évoqué « la rémanence des problèmes structurels 结构性问题 ». Ces derniers sont connus. Une trop forte dépendance aux investissements d’infrastructure, une demande intérieure hésitante, plombée par l’augmentation des charges pesant que la classe moyenne urbaine et la persistance d’un schéma de développement toujours majoritairement basé sur un exode rural source de main d’œuvre bon marché.

Récemment, Julian Evans-Pritchard, économiste, expert de la Chine pour Capital Economics spécialisé dans la recherche macro-économique, relevait que la baisse régulière de la croissance était le symptôme que la marge de développement de l’ancien paradigme était en train de se réduire.

En bref, en dépit d’une croissance toujours solide, le risque existe que le modèle s’essouffle, alors même que la force des rivalités enkystées avec les États-Unis freine la coopération technologique.

Clé de l’innovation et de l’évolution du paradigme productif vers le haut de gamme, elle reste un passage obligé, malgré les efforts d’indépendance affichés par le plan China 2030. Sur les risques de rupture de la coopération technologique lire : Avis de rupture du monde de la high-tech.

Note(s) :

[2En 2020, il y avait environ 285 millions de travailleurs migrants (20% de la population et 35% des actifs, dont à peine 17% sont diplômés d’études secondaires). Environ 116 millions d’entre eux étaient des travailleurs migrants locaux, employés à proximité de leur lieu de résidence, tandis que plus de 170 millions travaillaient dans des provinces plus ou moins éloignées de leur province d’origine.

Le nombre de travailleurs migrants a légèrement diminué en 2020 en raison de la pandémie de coronavirus. Alors que 46% sont employés en usine ou dans le bâtiment, leur salaire mensuel moyen est de 600 $. Tandis que leur moyenne d’âge augmente (elle est actuellement de 41 ans, contre 38 ans en 2008), ils sont, en dépit des efforts récents du régime à leur profit, à la fois la partie de la population la plus frappée par le chômage dont les statistiques ne sont pas publiées et la moins protégée par les systèmes sociaux.


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