Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Chine - monde

Chine - États-Unis. La variable Trump et les talents chinois de stratégie oblique

Le 23 janvier, lors de son discours à distance à la 55e réunion annuelle du Forum économique mondial de Davos, Donald Trump a étrillé l’UE et ménagé la Chine.


*

C’est une affaire entendue, le style et la parole de D. Trump qui casse du bois à la hache et élague la bien-pensance tous azimuts, y compris par une longue collection d’approximations et de mensonges, sont un surgissement iconoclaste dans la sphère de la diplomatie traditionnelle au discours feutré et prudent.

Le 23 janvier, en s’adressant par visio-conférence au forum mondial de Davos, par un discours brutal et sans nuances qui, au passage, a été applaudi par l’assistance des grands patrons de l’économie mondiale patronnés par le Wall Street Journal et les génies de la Silicon Valley, il n’a pas manqué à sa réputation.

Ses accusations débarrassées de toute prudence, manquant de manière dérangeante à la plus élémentaire courtoisie, ont impitoyablement visé l’administration Biden accusée d’avoir ruiné l’Amérique et laissé en héritage un « chaos économique » (…)

Disons-le sans détour, ses mots étaient d’une violence sans précèdent dans ce type de cénacle. « Nous allons agir avec une rapidité jamais vue pour résoudre toutes les crises auxquelles notre pays est confronté et réparer les catastrophes dont nous avons hérité d’un groupe de personnes totalement incompétentes. »

Et « Au cours des quatre dernières années, notre gouvernement a dépensé inutilement 8 000 milliards de dollars, imposé des restrictions énergétiques destructrices pour la Nation et, comme jamais auparavant, multiplié les réglementations paralysantes et les taxes cachées. »

Concrètement, tournant résolument le dos aux mesures préconisées par les différentes conférences sur le Climat, sa priorité énergétique décrétée d’urgence nationale sera, dit-il « d’augmenter la production de combustibles fossiles et de reconstituer les réserves de pétrole épuisées. »

À son administration, il a, ciblant directement l’actuelle prévalence chinoise du secteur, ordonné de supprimer en Amérique les subventions et les politiques favorisant les véhicules électriques. Simultanément, les subsides publics seront redirigés vers le développement rapide de l’Intelligence artificielle.

L’autre cible de Trump, cependant traitée avec plus de ménagements, était l’Arabie Saoudite et le Prince héritier Mohamed Ben Salman à qui il a demandé de porter ses promesses d’investissements aux États-Unis de 600 à 1000 milliards de $ et de réduire les prix des hydrocarbures dont, dit-il, la hausse a généré l’inflation globale. Génératrice des taux d’intérêts élevés, elle devient un obstacle à l’investissement, en même temps qu’elle reste, selon lui, un des facteurs entretenant la guerre en Ukraine.

A Davos, Trump cible férocement l’UE et épargne la Chine.

C’est à l’Union Européenne qui, depuis son élection, paraît tétanisée comme un lapin pris dans les phares d’une voiture, que son discours de Davos a réservé les plus violentes accusations. Ciblant notamment les taxes imposées par l’UE aux GAFAM de la haute technologie du numérique, Trump s’est longuement attardé sur les arcanes de la bureaucratie de Bruxelles.

Son foisonnement des normes de toutes natures, dit-il, plombe gravement l’esprit entreprise. S’appuyant sur sa propre expérience d’entrepreneur, il a longuement relaté l’échec d’un de ses projets immobiliers bloqué durant cinq ans par les règlements européens, quand en Irlande il avait obtenu les autorisations en seulement une semaine.

Mais, après avoir violemment ciblé ses alliés européens et de l’Atlantique Nord, auxquels il a, au passage, demandé de hausser à 5% du PIB leurs budgets de défense – soit pour la France 110 milliards d’€, un triplement déraisonnable et inenvisageable dans l’actuel contexte de nos finances délabrées - le plus étonnant du discours de Davos fut la prudence avec laquelle D. Trump a évoqué la Chine.

La retenue du Président – peut-être influencée par Elon Musk dont une partie des affaires sont en Chine - qui n’a mentionné Pékin qu’au travers de l’ambiance d’apaisement en cours depuis son échange téléphonique du 17 janvier avec Xi Jinping, contrastait avec l’environnement des crispations sino-américaines bipartisanes à large spectre à l’œuvre au sein de l’exécutif et du congrès.

Touchant à la fois aux tensions stratégiques en mer de Chine du sud et à Taïwan, au commerce bilatéral et aux secteurs sensibles des microprocesseurs, des copies illégales, des cyber-ingérences et des captations de données, le malaise sino-américain fermente en s’amplifiant dans toute la classe politique américaine depuis au moins l’année 2011.

C’est depuis ce moment, quatre années après l’entrée au Comité Permanent du Bureau Politique du très nationaliste Xi Jinping, deuxième année du premier mandat de Barack Obama, marqué par la bascule vers le Pacifique de l’épicentre des priorités stratégiques de Washington, que se construit aux États-Unis le consensus bipartisan dessinant la Chine comme un rival systémique.

Aujourd’hui, contrastant avec les épisodes de bonnes volontés réciproques portées par Kissinger, Nixon, Zhou En Lai et Deng Xiaoping, au cours des années 70-80 qui durèrent presque sans réserve avant d’être remplacées par la défiance, conséquence de la répression meurtrière des étudiants du 4 juin 1989, sur la place Tian An Men, Pékin et son régime figurent en tête des menaces désignées par le Pentagone et les diplomates américains.

Pas plus tard qu’en 2024, le rapport du Département d’État (pdf), stipulait que « la République populaire de Chine (RPC) était la seule puissance capable de concurrencer les États-Unis avec l’intention et, de plus en plus, la capacité, de remodeler l’ordre international. »

Quelques analystes Chinois ne sont pas dupes des efforts d’apaisement en cours. Pour inciter V. Poutine à accepter une paix en Ukraine qui ne serait pas radicalement défavorable aux intérêts de Kiev et de Volodymyr Zemlinsky, D. Trump semble compter sur l’entremise bienveillante de Xi Jinping.

L’hypothèse paraissant tabler sur une faille dans le couple sino-russe, fait ressurgir la stratégie de Kissinger vieille de plus d’un demi-siècle des années soixante-dix.

Par le contrepied du voyage de Nixon à Pékin en 1972, Washington avait semé les ferments de la reconnaissance de la Chine par Carter en 1979 qui, dix années avant la chute de l’URSS, avait enfoncé un coin dans l’alliance communiste de la guerre froide.

Pour autant, cinquante-trois ans après la manœuvre de Kissinger, les rapports de force et la situation stratégique mondiale ont basculé.

Espérer la rupture de la proximité il est vrai opportuniste et habilement calculée, mais toujours solide, entre Moscou et Pékin, alors même qu’elle est sans nuance articulée à la contestation commune par Vladimir Poutine et Xi Jinping des États-Unis et de l’Occident, est aujourd’hui pour le moins aléatoire, au pire un vœu pieux.

L’impossible répétition de la stratégie de Kissinger. Nouveaux rapports de forces et stratégies obliques chinoises.

Le 21 janvier, lendemain de l’investiture de D. Trump, répétant un exercice auquel ils s’étaient déjà livrés à plusieurs reprises depuis décembre 2021, y compris après l’agression de l’Ukraine par la Russie, Xi Jinping et Vladimir Poutine ont mis en scène en visio-conférence leur proximité stratégique face à l’Occident. Pour Xi Jinping, l’une des plus importantes déclarations du Président russe fut sa reconnaissance que Taiwan était partie intégrante de la Chine. Les deux ont aussi fait l’éloge des plateformes des BRICS et de l’OCS qui coagulent de plus en plus une défiance à l’Occident.


*

Quatre jours après l’échange téléphonique entre Xi Jinping et D. Trump, que l’entourage du 47e Président met en scène comme le début d’une nouvelle ère apaisée de la relation sino-américaine, le Président Chinois s’est entretenu par visio-conférence avec V. Poutine.

Largement diffusé par l’agence Chine – Nouvelle, l’échange fut, à une semaine du Nouvel An chinois, une longue mise en scène de la proximité sino-russe, « de plus en plus dynamique 不断焕发新的活力 » caractérisée, dit Xinhua, par « une amitié 友好 de bon voisinage 睦邻 permanente 永久, une coordination stratégique globale 全面战略协作 et une coopération mutuellement bénéfique 互利合作共赢 »

Surtout, contraste majeur avec l’ère Kissinger, Moscou et Pékin ne sont plus seuls face à l’Amérique. Les deux, dit Xinhua, collaborent à l’ONU et sur les plateformes multinationales de la contestation de l’Occident telles que l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) et les BRICS.

Leur l’objectif commun dit Xinhua est de renforcer leur capacité d’action pour plus de justice 建设提供更多正能量 et de réformer le système de gouvernance mondiale. 为全球治理体系改革 (pour une analyse de la solidité pérenne de la proximité sino-russe, lire : Les BRICS, la puissante démographie des émergents, le défi anti-américain de la Chine et le déclin de l’Occident).

Enfin, la stratégie chinoise de D. Trump alternant les postures d’apaisement et les menaces douanières, manque la partie de l’image des très longues manœuvres de Pékin, capables d’élargir l’influence globale de la Chine, tout en contournant les chauds et froids du Président américain.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Conférence de presse du ministre des Affaires étrangères. Mise au ban de l’esprit de nuance pro-occidental

Friedrich Merz à Pékin. Douze ans après Angela, l’improbable deuxième souffle de la « Lune de miel. »

Face au désordre de Trump, Xi Jinping en majesté

Davos 2026. Un craquement stratégique et le double visage de la Chine

Entre la Chine et l’Inde, sur le toit du monde, « La bataille de l’eau. »