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›› Taiwan

Branle-bas au KMT

Accusations d’ingérences.

Washington et Pékin observent toujours attentivement les élections taïwanaises.

Logiquement, la séquence qui a précédé et entouré le désaveu de Hung, a donné lieu à des commentaires sur les pressions en amont des élections exercées par Pékin et Washington, tous deux parrains attentifs de la situation dans le Détroit, dont au passage il faut rappeler que ni l’un ni l’autre ne souhaite la déstabilisation pouvant dégénérer en affrontement militaire.

Les premiers doutes sont venus du Japon ancienne puissance coloniale dans l’Île. En mai dernier, un article du Japan Times intitulé « Tenez vous à l’écart de la course présidentielle à Taïwan », stigmatisait à la fois Washington et Pékin, les accusant d’avoir en 2012, favorisé la victoire de Ma Ying-jeou contre Tsai Ing-wen en jouant sur le fait que le retour au pouvoir des indépendantistes risquait de bouleverser le statu-quo auquel les Taïwanais sont attachés. En même temps, l’auteur rappelait l’ancrage démocratique de l’Île, soulignant que le DPP n’était pas moins représentatif de la volonté populaire taïwanaise que le KMT et, qu’en conséquence, il convenait de dialoguer avec lui.

La remarque était à la fois adressée à Pékin et à Washington. S’appuyant sur les promesses de Tsai que sa politique chinoise ne provoquerait pas de conflits avec Pékin, l’auteur invitait aussi les États-Unis à abandonner leurs préjugés identifiant le retour du DPP au pouvoir à un regain des tensions avec Pékin. L’article avait été écrit à la veille de la visite aux États-Unis de Tsai du 29 mai au 9 juin qui démontra à quel point le parti indépendantiste avait réajusté sa ligne pour être en mesure, sans trop abandonner le cœur de son message attaché à une identité politique séparée, de répondre aux préoccupations croisées des Taïwanais, fervents du statu-quo et à celles de Washington qui redoute une crispation militaire de la Chine en cas de dérapage indépendantiste.

Il reste à savoir si Pékin se satisfera des ambiguïtés de Tsai qui refuse de reconnaître « le consensus d’une seule Chine » et si le Bureau Politique l’acceptera, au même titre que le KMT, comme un interlocuteur crédible, si elle parvenait au pouvoir.

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D’autres accusations plus directes ont été lancées le 21 octobre par le journal de Hong-Kong Apple Daily du groupe Next Media, également publié à Taïwan et appartenant à Jimmy Lai, homme d’affaires autodidacte à succès, créateur de la marque de vêtements Giordano, originaire de Canton et arrivé en fraude à Hong-Kong en 1960, à l’âge de 12 ans. Assez souvent polémique, ayant adopté une ligne éditoriale favorable à la démocratie, à la liberté d’expression et au DPP, parfois objet de menaces comme Jimmy Lai lui-même, le journal a affirmé que Pékin avait fait pression sur le KMT – qui a aussitôt démenti - pour qu’il retire son investiture à Hong Hsiu-chu.

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État de l’opinion.

Pour illustrer les difficultés et les contradictions dans lesquelles sont engluées les élites taïwanaises engagées dans un bras de fer avec Pékin, qui ne renoncera pas à son projet d’absorber l’Île alors que les Taïwanais et leurs dirigeants sont majoritairement favorables au statu-quo, espérant sauvegarder l’originalité démocratique de leur système politique, sur fond de controverses autour de l’efficacité ou non des liens économiques avec le Continent, il faut, comme nous le faisons régulièrement, prendre la mesure de l’opinion.

Un sondage effectué du 12 au 14 septembre et cautionné par le Taïwan Brain Trust, dont la ligne politique est la sauvegarde de la souveraineté de l’Île, a donné les résultats suivants :

69,9% et 57,4% sont les pourcentages d’opinion négatives à l’égard de Ma Ying-jeou et du premier ministre Mao Chi-kuo. 42,3% approuvent l’action du DPP avec le pourcentage en hausse près de 6 points quand il s’agit de jeunes de 20 à 29 ans (48,1%), indiquant que les électeurs de moins de 30 ans détiendront une position clé aux prochaines présidentielles.

54,5% des personnes interrogées ont confiance dans le DPP pour maintenir la stabilité dans le Détroit s’il arrivait au pouvoir.

70,4% considèrent que Taïwan est un pays souverain indépendant. Seulement 18,7% ont une opinion favorable de la Chine, tandis que 54,6% sont séduits par le concept de « pays frères ».

54,6% ont le sentiment que la parade militaire du 3 septembre aura un effet négatif pour la paix dans le Détroit et 52,1% considèrent que la présence de Lien Chan aux cérémonies militaires à Pékin n’était pas appropriée.

59,8% estiment que le recul économique de l’Île est du à une sur-dépendance à la Chine. Corollaire : 83,2% estiment que la Chine est une menace pour l’économie taïwanaise. Dans ce contexte 64,2% pensent que l’économie sera la première priorité des prochains dirigeants. Enfin, 44,4% anticipent que la Chine exercera une importante influence sur le scrutin du 16 janvier prochain.

Popularité des candidats : Tsai Ing-wen 46,8% ; Hung Hsiu-ch 17,2% ; James Soong 16,7%. (Il n’y a pas encore de sondages crédibles sur la popularité de Chu, mais les estimations la situent pour l’instant à plus ou moins 30% des intentions de votes. Certains supposent même que Chu aurait prémédité la manoeuvre pour se placer en sauveur du Parti)

Perspectives des législatives :  DPP 37,6% ; KMT 21,5% ; Nouveau parti (issu du mouvement du tournesol, proche du DPP) 6,8% ; Premier Parti du Peuple (James Soong, centre droit) 5,6%.

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NOTE de CONTEXTE

Dans une courte note publiée en septembre dernier, le Taïwan Brain Trust fait le point des risques de la « sur-dépendance » de l’Île au marché chinois, alors que 40% des exportations et 80% des investissements taïwanais sont dirigés vers le Continent. Il en découle 2 inconvénients majeurs : le premier renvoie aux dommages à l’économie de l’Île au cas où la Chine exercerait des représailles économiques en cas de conflit politique. Le deuxième est lié aux risques inhérents à l’économie chinoise et à leurs conséquences à Taïwan.

Pour l’auteur de l’article, le remède qui consisterait à tenter de réduire la dépendance à l’économie chinoise par le haut, n’est pas réaliste dans le cas de l’économie taïwanaise politiquement très peu contrôlée. Une solution de rechange serait de rejoindre le TPP américain dont les effets augmenteraient les relations commerciales de l’Île avec les partenaires de l’accord américain.

La solution aurait également l’avantage de contourner les pressions chinoises qui gênent ou parfois bloquent, la signature de traités de libre échange avec d’autres pays. Pour l’heure, alors que Pékin tente d’isoler l’Île, ce qui faciliterait une politique de pressions, les seuls traités de libre échanges signés par Taïwan l’ont été avec le Panama, le Salvador, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, la Nouvelle Zélande et Singapour.


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