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›› Economie

Assainissement des finances, effets de la guerre commerciale et impact du crédit social des entreprises

Le gouvernement surveille les banques locales comme l’huile sur le feu. Ces institutions qui se financent à court terme sur le marché interbancaire, lui-même en partie refuge de la finance grise servent souvent à financer les projets des gouvernements locaux. Se capitalisant parfois de manière opportuniste y compris aux robinets de fonds spéculatifs à risques, elles sont vulnérables. Au total plus de 3000 banques commerciales locales sont en situation fragile (leurs problèmes : prêts à des projets immobiliers illégaux, détournement de fonds, créances douteuses, financements illégaux hors-bilan).

Une récente directive de la banque centrale donnait aux administrations des provinces la consigne d’éviter à tout prix une faillite dont l’effet sur l’opinion est catastrophique. Les instructions enjoignent aux institutions locales et nationales de coopérer pour les opérations de sauvetage afin d’éviter une réaction en chaîne. La Banque Hengfeng du Shandong est un cas d’école. En difficulté, elle a été mise sous tutelle et recapitalisée par une action conjointe du gouvernement du Shandong et du fonds souverain national.


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La croissance qui ralentissait sensiblement depuis plusieurs mois – elle était de +6,4 % au dernier trimestre 2018 -, semble se stabiliser à +6% au 3e trimestre, tandis que les investissements, la consommation intérieure [1] et les échanges extérieurs continuent à se contracter.

En revanche, la production industrielle mesurée par l’indice des directeurs d’achat repassé au-dessus de 50, reprend de la vigueur, suite aux mesures prises par le gouvernement qui, par ce biais, compense le recul de l’export (réduction de l’impôt sur les revenus des entreprises, des ratios de réserves obligatoires des banques – la dernière baisse a eu lieu en 2 fois 0,5%, en octobre et novembre - , stimulus à la consommation et poursuite du vaste plan de constructions d’infrastructures et d’aménagement du territoire).

La reprise industrielle a stoppé la chute de la bourse en baisse de 11% depuis le 19 avril, après la forte hausse des 4 premiers mois de 2019 (+34%), tandis que les mesures de relance ciblées par le desserrement des réserves obligatoires ont permis de dégager 126 Mds de $ de liquidités.

Tout en procédant à des mesures ciblées destinées à relancer l’économie, le pouvoir surveille les institutions financières fragiles et les banques encore embourbées dans la « finance grise ».

Recapitalisation des banques et marché interbancaire.

Première en 20 ans, La Baoshang, petite banque de Mongolie en situation difficile a été mise sous tutelle de la China Construction Bank - 建 设 银行. Pour éviter tout mouvement de panique, la Banque Centrale a annoncé qu’elle apporterait « suffisamment de liquidité d’urgence pour assurer le paiement des crédits courants et qu’elle garantirait les dépôts d’entreprises ainsi que les passifs interbancaires de moins de 50 milliards de yuans (7,7 Mds d’€), ceux dépassant ce seuil pouvant être négociés.


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Le Bulletin des statistiques économiques du Trésor signale notamment la recapitalisation de la Banque de Jinzhou à hauteur de 3 Mds de RMB et de deux sociétés de gestion d’actifs la « China Geat Wall Asset Management » et « Cinda Investment Co. ».

Au Shandong, conformément à un plan arrêté en août dernier, la Hengfeng Bank 恒丰银行 sera recapitalisée à la fois par le gouvernement provincial et le fonds souverain chinois dont l’implication signale l’urgence et le sérieux avec lequel le pouvoir considère le risque financier.

L’attention du régulateur s’est aussi portée sur le marché interbancaire où les petites banques privées souvent à court de dépôts s’échangent des actifs financiers (emprunts ou prêts) pour se capitaliser au risque de perpétuer les dérives de la finance grise.

Toujours selon la note du Trésor, dans le contexte du marché boursier chinois « deuxième marché mondial en termes de capitalisation boursière mais, depuis sa création l’un des moins performants du monde, où les financements des petites banques restent majoritairement dépendants du marché interbancaire source de leur financement à court terme, les autorités sont désormais confrontées à un dilemme. »

L’assainissement du marché interbancaire un des terreaux de la finance grise, recèle en effet le risque d’assécher l’approvisionnement des banques privées. Bravant cet inconvénient, le régulateur vient de plonger le couteau dans la plaie. Tel est l’arrière-plan de la faillite et de la banque Baoshang à la fin mai 2019, premier indice que le pouvoir s’attaque sérieusement au désordre du marché interbancaire.

Lire : L’armistice Chine - Etats-Unis ne rassure pas les acteurs.

« Malgré la moindre qualité de leurs actifs, les petites et moyennes banques (13% du marché bancaire particulièrement actives pour le financement du secteur privé) parvenaient à obtenir des financements à bas coût sur le marché interbancaire, jusque là implicitement garanti par l’État. » La mise sous tutelle de la Baoshang – premier défaut interbancaire en Chine - a sifflé la fin de ces connivences. Elle est « un gage de la volonté de réforme des autorités. »

Nasdaq chinois.

Le 13 juillet à Shanghai a été lancé le Shanghai Stock Echange (SSE) STAR MARKET en présence du Vice-ministre Liu He. Les procédures d’inscription et d’offre publique ont été simplifiées. Mais la crainte de lister des « moutons noirs » pouvant faire « perdre la face » au Président, à l’origine du projet a conduit les régulateurs à progressivement compliquer l’entrée en bourse.


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Confirmant que l’assainissement du marché des capitaux est une priorité, notamment dans le contexte d’accès limité aux financements pour le secteur privé, le gouvernement a aussi lancé mi-juin le « SSE STAR Market », marché des valeurs technologiques. « La particularité de ce marché, réplique du NASDAQ tient à son nouveau système d’enregistrement dont l’objectif est de réduire l’intervention du régulateur dans le processus d’inscription. »

Lancé à l’instigation du président Xi Jinping lui-même, l’initiative est, avec l’assainissement du marché interbancaire, un autre pas décisif vers une réforme majeure de la finance chinoise au milieu du freinage de la croissance.

Début décembre, 31 demandes sur les 141 enregistrées ont été approuvées par le régulateur. Il s’agit de fabricants de micro-processeurs comme Montage, de producteur de batteries (Ronbay), de sociétés du secteur de la santé, ou de plus gros groupes étatiques comme China Railway Signal & Communication 中国同号, s’ajoutant à d’autres du secteur de la sécurité et de surveillance comme Raytron Technologies (senseurs infra-rouges).

4 millions de petits investisseurs dont certains à seulement 70 $ se sont mis sur les rangs. A l’ouverture, l’engouement a été spectaculaire avec des gains de 84% pour la majorité des introductions. Certains comme Anji Microelectronics (Basé à Shanghai il fabrique entre autres des microprocesseurs et des diodes) ont enregistré une envolée de 287% au point que leur cotation a dû être stoppée deux fois pour calmer le marché.

L’initiative qui, pour l’instant, est réservée au marché chinois a clairement pour but de retenir en Chine les capitaux levés par les introductions en bourse des groupes chinois. En dépit de la guerre commerciale avec les États-Unis, ces derniers continuent en effet à préférer le Nasdaq ou le NYSE.

En 2019, 16 groupes chinois y ont été introduits, levant au total 2 Mds de $.

Enfin, près l’emballement initial, le flot des demandes d’inscription au Nasdaq chinois s’est tari. Le 29 septembre, pour le Financial Times, Fraser Howie auteur de « Red Capitalism : The Fragile Financial Foundation of China’s Extraordinary Rise », signalait que, depuis août, seulement une trentaine de compagnies chinoises avaient fait acte de candidature. Au total 826 millions de $ ont été levés.

Pour nombre d’analystes, une des raisons de la désaffection tient au fonctionnement courtisan du système politique chinois. Les régulateurs auraient alourdi plus que de raison les critères d’entrée sur ce marché boursier afin d’éviter d’enregistrer un « mouton noir » dont les mauvaises performances à l’offre publique auraient porté atteinte à la réputation du Président Xi Jinping, à l’origine du projet.

Dans un discours en novembre dernier, ce dernier avait en effet annoncé que le « STAR Market » consoliderait la position de Shanghai comme place financière mondiale, en même temps que centre des sciences et technique et creuset de l’innovation chinoise.

Réforme des taux du crédit.

La réforme propose 2 taux. En jaune le Loan Prime Rate sert de nouvelle référence pour le prêt aux entreprises (inférieur à 4,5%). En bleu le Medium Term lending facility est la référence du taux des prêts de la banque centrale aux banques. (Inférieur à 3,5%).


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Dernière mesure en date de libéralisation du marché financier destinée à relancer l’économie, le 20 août dernier, la Banque de Chine a décidé de relier son système d’établissement de taux prêteur de référence au marché déterminé par la demande réelle de liquidités à la banque centrale par 18 institutions financières dont 2 étrangères.

La réforme comprend 2 volets : d’une part, un taux préférentiel de crédit, le Loan Prime Rate (LPR) à un an servira de référence au coût des nouveaux crédits aux entreprises. D’autre part, ce taux sera lié à la Medium Term Lending Facility (MLF), taux prêteur de la PBoC aux banques. Le coût du crédit a légèrement baissé depuis.

Annoncée comme une étape de l’adaptation des taux d’intérêt aux besoins réels du marché, la mesure qui fixera les taux de référence le 20 de chaque mois, vise à baisser le coût des emprunts et à réduire les charges de financement pour les PME et le secteur privé.

Sans être une libéralisation complète des taux d’intérêts la décision est tout de même un pas vers l’ouverture du marché financier. La transition exercera cependant une forte pression sur la rentabilité des banques déjà sous pression.

Plusieurs analystes estiment que la mesure n’aura pas l’efficacité escomptée sur les taux. Au Trésor français on estime même que la pression qu’elle exercera sur les banques pourrait avoir l’effet inverse de consolider leurs liens avec les grands groupes publics au détriment du privé et des PME.

Ici réapparaît l’obstacle majeur d’une économie contrôlée par le pouvoir et non ouverte au marché dont l’objet est, par les subventions aux groupes publics, non pas de faire jouer la libre concurrence, mais de rester maître du marché de l’emploi, condition de la stabilité sociale. C’est un choix stratégique immuable du régime chinois.

Il rend très difficile l’ouverture au marché. L’inconvénient vaut bien celui des économies de marché qui, par le jeu pervers de la libre concurrence, tire les profits vers le haut en abaissant les coûts et parfois la qualité.

Préoccupé de remettre en ordre ses finances et son marché boursier – tâche qui tient du mythe de Sisyphe dans un système où l’économie est étroitement imbriquée à la politique ce qui, entre autres, perpétue les délits d’initiés - le pouvoir est aussi sous la pression de la guerre commerciale avec les États-Unis.

Note(s) :

[1Le recul du marché automobile de gamme moyenne continue. Honda (+9,8%), Toyota (+7,1%) sont une exception. Le Haut de gamme progresse avec Mercedes (+10%), BMW (+14%), Porsche (+22%) et toutes les grandes marques de luxe (Ferrari, Lamborghini, Alfa Romeo, Aston Martin, Mac Laren, Rolls Royce).

Renault Nissan, n°4 des ventes recule à –4,5% par rapport à 2018. PSA, 50e rang des ventes, recule à –56%. Les deux premiers constructeurs VW et GM freinent également. Le premier est à –5,5%, le 2e freine sévèrement à –20%, comme toutes les marques américaines avec une chute record de Ford à –33%.


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