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Angoisse démographique. « L’enfant chinois est, et restera unique. » (*)

Patricia Thorton. Le piège auto-construit d’une démographie effondrée.

La Chine connaît l’un des vieillissements démographiques les plus rapides au monde. La population des personnes âgées de plus de 63 ans devrait atteindre 39 % d’ici 2050. Lors de son discours à l’ANP sur le travail du gouvernement en mars 2026, Li Qiang avait clairement évoqué ce défi.


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Pour y faire face le 15e Plan prévoit la « Silver économie 银发经济 ». Li Qiang dit qu’elle offrira des opportunités d’affaires. Il passait sous silence les dimensions colossales de l’aide au 3e âge qui occasionneront une charge financière évaluée à 30 000 milliards de Yuans (4400 milliards de $) d’ci 2035, soit 18% du PIB estimé en 2030 (23 800 milliards de $).

En juin 2026, Patricia Thorton professeure au Département de science politique et de relations internationales au Centre Dickson Poon pour la Chine et membre du Merton College de l’Université d’Oxford, publiait dans China Leadership Monitor une longue analyse des causes profondes du recul démographique chinois.

Pour elle, la mise au pas de la blogueuse ouïghoure Xiao Pa qu’elle cite d’emblée, est le signe d’une alerte qui dépasse le simple souci démographique. Elle montre en réalité que, pour l’appareil, la question démographique figure en tête des priorités du pouvoir à un rang très élevé. L’importance se lit dans le niveau des institutions et des publications officielles qui l’évoquent.

En 2018, un long article du Quotidien du Peuple affirmait : « À une époque où les intentions de natalité sont faibles et les coûts de la fécondité élevée, la naissance d’un enfant n’est pas seulement une affaire personnelle, mais aussi un enjeu majeur pour la stabilité à long terme du pays.  »

En mars 2025, la question était intégrée au rapport annuel d’activités du PM LI Qiang qui détaillait les promesses de subventions pour les gardes d’enfants et les nombreux mécanismes de soutien à la natalité.

En mai 2025, le Livre Blanc sur la sécurité nationale dans la nouvelle ère 新时代国家安全白皮书mentionnait explicitement les stratégies d’aide la natalité dont les budgets cumulés se montait à près de 180 milliards de Yuan (25,8 milliards de $) provenant des caisses de l’État.

En pure perte.

Pour la quatrième année consécutive les naissances en 2025 chutaient de 17 % supplémentaires à 7,92 millions contre 9,54 millions en 2024, soit le niveau le plus bas depuis le début des relevés en 1949. Yi Fuxian chercheur émérite sino-américain à l’Université du Wisconsin-Madison, ajoutant à la sècheresse pessimiste du constat, déclarait, « les naissances en 2025 sont à peu près au même niveau qu’en 1738, lorsque la population chinoise n’était que d’environ 150 millions.  »

Même les incitations directes des administration locales décidées il y a dix ans n’eurent pas l’effet de long terme escompté.

En septembre 2016, le Département de la santé et de la planification familiale de la municipalité d’Yichang au Hubei, avait publié une lettre ouverte sur son site web, appelant tous les membres du Parti et de la Ligue de la jeunesse communiste d’Yichang à montrer l’exemple en ayant un deuxième enfant.

Un rapport de novembre 2023 concernant la communauté de Lukou, dans le district de Yutang, à Xiangtan, exhortait explicitement les membres et les cadres du Parti à « diffuser efficacement, orienter, prendre l’initiative de la mise en œuvre et appliquer consciemment la politique nationale d’optimisation des naissances afin de contribuer à un développement démographique équilibré à long terme. »

En juillet 2024, la commission municipale de la santé de la municipalité de Quanzhou, dans le Fujian, publia une note interne qui a fuité en ligne, indiquant que « les membres du parti, les cadres à tous les niveaux, les entreprises d’État et les institutions publiques devraient prendre l’initiative dans la mise en œuvre de la politique des trois enfants ».

Mais la réalité est que la succession des coups de barre brutaux manipulant sans mesure un levier aussi intime que la natalité des couples a d’abord profondément entamé la confiance dans les discours du Parti. En même temps, les volte-face ont bouleversé la structure traditionnelle des familles.

Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, les mesures d’incitation à la procréation sont presque toujours tournées en dérision. La mode du sarcasme laisse peu d’espoir que les jeunes couples se conforment aux injonctions, même assorties de sanctions de carrière infligées à ceux qui ne fondent pas une famille dans les délais impartis par leurs employeurs ou leurs supérieurs hiérarchiques.

Il y a pire. En 1990, le durcissement de la politique de l’enfant unique a gravement bousculé l’architecture intime des familles et détruit le sentiment de sécurité qu’elles inspiraient à l’ombre des patriarches, au milieu d’un environnement socio-économique de plus en plus marchandisé, précaire et risqué.

Le modèle familial traditionnel gravement bouleversé. Explosion du coût de l’éducation.

A la mi-mai 2021, le gouvernement chinois avait tenté de réduire le cout de l’éducation en interdisant le tutorat privé. En pure perte. La mesure eut en réalité l’effet inverse. 90% des officines de tutorat ont officiellement été fermées. Mais beaucoup, tirant profit de la demande des parents qui n’a pas disparu, ont continué à exercer clandestinement en augmentant leurs tarifs.


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Au début des années 2000, conséquence directe d’un nouveau discours national sur l’amélioration de la «  qualité de la population », le modèle familial traditionnel, centré sur les parents, a été littéralement bouleversé.

Supprimant la fratrie, la nouvelle structure « inversée  » des familles sur le modèle 4 - 2 -1 (quatre grands parents, deux parents, un enfant unique) a concentré l’attention sur l’enfant unique, centralisant les attentes de tous sur un seul individu.

Toutes les responsabilités financières, morales et d’assistance aux personnes âgées, autrefois réparties sur plusieurs enfants (aînés et cadets), reposent désormais sur les épaules d’un seul et unique individu dont la vision du passage à l’âge adulte est traversée par une légitime angoisse.

La focalisation de toutes les charges de ce qui n’est plus un « clan » rassurant sur la génération des enfants uniques, qui plus est confrontés à un décalage entre les offres d’emploi et leurs qualifications universitaires, crée dans une partie de la jeunesse un effondrement brutal du sens des responsabilités qui prend l’allure d’un nihilisme désabusé sur lequel les slogans natalistes de l’appareil n’ont plus de prise. Lire notre article d’août 2023 : https://www.questionchine.net/les-quatre-indesires-de-la-jeunesse

A ces profondes perturbations d’ordre psychologique qui dessinent des failles sévères dans le sentiment d’adhésion politique à un système devenu à la fois ultra compétitif et peu soucieux de la qualité de vie des personnes, s’ajoute le coût exorbitant de l’éducation de l’enfant unique.

Thorton cite l’explosion des charges d’éducation pointée du doigt dans un rapport national publié en 2024 sur les dépenses liées à la fécondité - 中国生育成本报告2024版 -. Véritable cause répulsive dissuadant les couples de faire plus d’enfants, le coût moyen pour élever un enfant jusqu’à l’âge de 17 ans était évalué dans le rapport à environ 538 000 yuans (80 000 $), soit en moyenne plus de 30 000 yuans (4400 $) par an, tandis que le revenu disponible par habitant n’était que de 41 314 yuans (6000 $).

Par conséquent, ajoute Thorton, « en 2024, élever un enfant coûtait généralement plus que le salaire d’un parent seul travaillant à temps plein. Les charges d’éducation d’un enfant sont encore alourdies par la course à la qualité incitant les parents à faire appel au tutorat extrascolaire privé dont les coûts clandestins ont encore grimpé tirés vers le haut par la répression du pouvoir. »

A ce sujet lire l’analyse de Jean-Paul Yacine qui en octobre 2024, proposait une synthèse appuyée sur le vif des réseaux sociaux, du désenchantement de la jeunesse et des parents tout en faisant le point de la persistance des officines de tutorat malgré leur interdiction officielle. https://www.questionchine.net/la-desherence-d-une-jeunesse-laissee-pour-compte-et-desenchantee

Lire aussi l’analyse de la rédaction qui, dès 2021, décrivait à la fois la mise aux normes idéologique des programmes scolaires et l’interdiction du tutorat privé : https://www.questionchine.net/mise-aux-normes-des-ecoles-privees-une-page-se-tourne

La conclusion de Thorton est sans appel. En substance, elle relève que l’arrogance sans nuance et brutale de l’appareil uniquement focalisée sur l’effet économique de rattrapage de puissance par la limitation des naissances a mis en œuvre un projet d’ingénierie sociale intrusif et brutal.

A bien des égards, efficace, la politique a construit un piège de faible fécondité dont l’appareil ne parviendra peut-être jamais à se libérer.


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