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›› Politique intérieure

« A Pékin, derrière le rideau de bambou… »

Sous la surface, les risques de vents contraires.

Alors que sous la surface, les joutes politiques et le choc des idées n’ont jamais de cesse, des « China Watchers » spéculant sur la perte d’audience de Xi Jinping accusé de dilapider le potentiel d’influence douce de la Chine, scrutent les indices d’un reflux de la prévalence politique du Président chinois.

Ainsi, Katsuji Nakasawa (Nikkei Asian Review), ancien correspondant à Pékin et plus tard Directeur du Bureau Chine, écrivait le 3 octobre dernier un article intitulé « A Pékin, derrière le rideau de bambou, s’accumulent les indices d’une lutte de pouvoir contre Xi Jinping ». Pour l’auteur, au-delà des célébrations « grand style » du 70e anniversaire, « des symptômes encore faibles mais bien réels montrent que le pouvoir de Xi Jinping est encore loin d’être consolidé. »

L’analyse qui n’avance rien de définitivement probant est un retour à la « sinologie des charades » décortiquant avec patience et minutie des signaux faibles tels que la place et les tailles des personnalités sur les peintures et photos de propagande ; ou encore les entailles subtiles au protocole officiel ; et, plus significatif, des articles du Quotidien du Peuple à contre-courant.

Le premier sujet qui s’impose de lui-même, renvoie aux références maoïstes de Xi Jinping que les intellectuels férus d’objectivité historique et les caciques à la retraite de Jiang Zemin à Hu Jintao, en passant par Wen Jiabao et Zhu Rongji, considèrent avec une circonspection où se mêlent la vénération de la légende ayant rendu leur fierté aux Chinois et le souvenir terrifiant des déchainements idéologiques du pouvoir solitaire du despote.

Lire :
- Schizophrénie maoïste.
- Démaoïsation ?
- 墓碑 mu bei de Yang Jisheng, est paru en Français.

Comment, semble s’interroger Nakasawa, la classe politique voit-elle cette marche au pouvoir solitaire que fut la suppression de la limitation à deux mandats, assortie du culte de la personnalité par l’image, où Xi Jinping est, sur les peintures exposées le 1er octobre au Musée des beaux-arts de Wangfujing, représenté aux mêmes dimensions que Mao, tandis que Deng, mentor de la Direction politique chinoise depuis 1976 et longtemps après sa mort en 1997, figure en retrait et en format réduit ?

Au total, l’exposition ne présentait pas moins de 4 portraits de Xi Jinping, y compris celui de sa visite dans son Shaanxi natal où la révolution culturelle l’avait exilé de 1969 à 1975. Seul Mao a bénéficié du même traitement pictural. Quant aux autres dirigeants y compris Deng dont le portrait était de taille nettement plus réduite, ils n’eurent droit qu’à un exemplaire unique.

Contraste, souligne Nakasawa, à l’époque de Deng, que les thuriféraires de Xi Jinping marginalisent par la taille des peintures qui le représentent et leur faible nombre, les statues et les portraits de Mao étaient devenus rares. Deng qui les tenait pour les symboles du désastre de la Révolution culturelle ayant martyrisé le Parti, les voyait aussi comme la marque d’un pouvoir solitaire dont il fallait éliminer jusqu’au souvenir.

Alors que, durant son règne, les expositions à la gloire de personnes avaient disparu, Deng avait modestement choisi ses successeurs. Jiang Zemin et Hu Jintao firent de même, contrairement à Xi Jinping. N’envisageant pas d’héritier politique, ce dernier, pouvant s’instaurer lui-même « président à vie », semble indiquer qu’il souhaite être perçu comme le seul capable d’incarner le « rêve chinois ».

Quel que soit l’angle de vue, le signe envoyé à ses collègues par l’actuel n°1 bat en brèche l’injonction de Deng de tenir à distance l’exercice solitaire du pouvoir et l’exigence de s’en tenir à une direction collégiale.

Nakasawa cite un autre indice du « déclassement » pictural de Deng Xiaoping. Il heurte d’autant plus un nombre important de cadres que Xi Jinping a tourné le dos aux stratégies de prudence internationale du « Petit Timonier ». A l’occasion du 40e anniversaire de l’ouverture économique, les peintures exposées mirent en exergue Xi Zhongxun, le père de Xi Jinping, alors n°1 à Canton, tandis que Mao était représenté en format réduit.

Coup de semonce du Quotidien du Peuple.

Signe que le Parti commence à ressentir un malaise, face aux références maoïstes dont les drames sont passés sous silence -, le 27 septembre, le Quotidien du Peuple (QDP) publiait un article Intitulé « 1966, La révolution culturelle, début de 10 années de guerre civile », jetant un éclairage clairement négatif sur la période.

L’attaque faisait suite à une autre également lancée par le QDP qui revenait sur la partie du discours de Xi Jinping marquant, 5 ans plus tôt, le 60e anniversaire de l’ANP où il disait vouloir respecter la Constitution. A l’époque un article de Qiushi (Quête de vérité), l’organe politique de référence du parti avait aussi publié un article négatif sur la suppression de la restriction à deux mandats.

On le voit, sous la surface ou « derrière le rideau de bambou » les causes de désaccords au sommet ne sont pas rares. Le potentiel d’une grave fracture est d’autant moins à écarter que l’appareil a été resserré autour de la personnalité de Xi Jinping dont la trajectoire heurte quelques principes de prudence érigés en dogme par Deng Xiaoping, dont, quoiqu’en disent les thuriféraires du n°1, l’aura à la fois révolutionnaire et pragmatique reste considérable.

Le risque serait celui de l’effritement de la légitimité concentrée au sommet par les choix centralisateurs de Xi Jinping sur sa personne. En ces temps de freinage de la croissance, où s’accumulent les dettes internes à hauteur de 3 fois le PIB, tandis que fait rage la guerre commerciale dont les consommateurs commencent à ressentir les effets, ferments de risques sociaux potentiels, s’allument les mèches d’un possible discrédit frappant Xi Jinping.

S’il est vrai que les marges de manœuvre politiques et sociales existent par la relance de grands travaux du développement de l’ouest et les vastes chantiers de la réforme des retraites et de l’assurance maladie, force est de constater qu’elles se réduisent en même temps que l’évolution urbaine d’une société devenue plus critique et plus réactive.

En économie, à l’heure de la vérité des comptes et de la fin des gaspillages imposées par les coups de boutoir de D. Trump exigeant que cessent les subventions publiques aux groupes industriels, le défi, comme le répète le pouvoir, est bien celui de l’innovation.

Condition de la mutation vers la prévalence de la qualité et les hautes technologies, l’innovation chinoise est aujourd’hui contrainte, sous la pression des négociateurs américains, de tourner le dos à sa culture de la copie.


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