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›› Editorial

À la manœuvre avec l’OLP et le Hamas vers le « Sud Global » contre Washington, Israël et leurs alliés

Le 23 juillet 2024, à Pékin, le ministre des AE Wang Yi au centre posait au milieu des représentants des 14 factions palestiniennes. A sa droite Mahmoud Al-Aloul, 74 ans, vice-président du Comité Central du Fatah, ancien commandant de sa branche armée qui fut prisonnier d’Israël durant trois ans après la guerre des Six jours de 1967.

A sa gauche Mussa Abu Marzuk 73 ans, titulaire d’un doctorat d’ingénierie obtenu aux États-Unis, vice-président du Bureau politique du Hamas et chef du Bureau des relations internationales.

En 1996, il avait été mis en examen aux États-Unis soupçonné d’avoir participé à l’attentat du World Trade Center de 1993 et pour participation au financement du Hamas. Relâché par la justice, il a été déclaré persona non grata aux Etats-Unis et a émigré en Jordanie, seul pays de la région ayant dit-on accepté de l’accueillir, sous la pression de Washington.


*

Poursuivant résolument sa stratégie par laquelle elle affirme porter un message de paix à l’usage de toute la planète par son concept d’Initiative de Sécurité Globale [1], à la fois en Europe dans la guerre en Ukraine et au moyen Orient dans le conflit à Gaza, le 23 juillet, la Chine annonçait avoir présidé à un accord entre le Fatah et le Hamas dont la relation est pourtant marquée par de violents affrontements depuis la mort de Yasser Arafat en 2004.

Commentant la signature, Wang Yi, le ministre n’a pas hésité à évoquer « la grande réconciliation entre les 14 factions de l’OLP désormais unifiées. », faisant dit-il « de l’OLP la seule organisation légitime pour représenter le peuple palestinien ».

Enjambant les affres meurtrières de la guerre à Gaza menée par Israël pour détruire le Hamas et les actuelles négociations en cours pour libérer les otages, il ajoutait même que les termes de l’accord anticipaient déjà l’établissement d’un « gouvernement intérimaire de réconciliation nationale » de la bande de Gaza après la guerre.

Le 23 juillet à Pékin où le régime n’avait pas condamné les épouvantables sauvageries du 7 octobre, Mousa Abu Marzook, chef de la délégation du Hamas qui en profita pour justifier le massacre comme un « épisode de la lutte des Palestiniens, ayant modifié le paysage local et international », expliquait que l’OLP était parvenue à « un croisement historique de son histoire. »

L’accord qui concerne 14 factions palestiniennes fait suite à une précédente série de pourparlers entre le Hamas et le Fatah organisés par Pékin en avril dans la foulée de la rencontre le 17 mars au Qatar entre Wang Kejian et Ismail Haniyeh, le Chef du Hamas (lire : Le révisionnisme sino-russe sur les traces de la révolution mondiale maoïste. Au Moyen-Orient, les risques avérés d’une escalade mortelle).

Le Waijiaobu les avaient présentées comme un « effort pour réconcilier les factions palestiniennes rivales ».

Contre Washington et sans Tel Aviv, aux côtés du « Sud Global »

L’initiative s’inscrit dans le choix stratégique de la Chine de se placer résolument du côté du « Sud-global » comme une voix de premier plan dénonçant la guerre menée par Tsahal avec l’appui des Etats-Unis dans l’enclave palestinienne.

En novembre dernier, face aux pays arabes en visite à Pékin (lire : A la croisée des chemins, Pékin fait le choix de « la rue arabe » contre l’Occident), Wang Yi qui faisait référence au concept de « sécurité indivisible et globale 不可分割 全球 的安全 », prenait le contrepied de Washington qui refusait de faire pression sur Tel Aviv pour faire cesser la guerre à Gaza.

Six mois plus tard, le 30 mai 2024, à Pékin par un discours prononcé à la résidence des hôtes de marque de Diaoyutai, en ouverture du forum Chine Pays arabes, Xi Jinping avait appelé à une conférence de paix pour un cessez-le-feu et « la fin des souffrances infligées à la population de Gaza. » (...) « La guerre ne doit pas durer indéfiniment. La justice ne devrait pas être absente pour toujours ».

A cette occasion, alors que Tel Aviv défend ses opérations militaires dans l’enclave de Gaza pour éradiquer le Hamas, Ministres chinois et arabes avaient adopté une véhémente déclaration commune condamnant « l’agression d’Israël contre le peuple palestinien », décrivant la « famine mortelle causée par le blocus et la destruction systématique des zones résidentielles, des hôpitaux, des écoles, des mosquées, églises et des infrastructures à Gaza. »

Au moment où le Global Times saluait la capacité chinoise à « désormais propager la paix loin de ses bases par la négociation », dans un environnement général que l’appareil présentait comme une extension de la nouvelle diplomatie de Pékin initiée par le spectaculaire rapprochement entre Téhéran et Riadh mis en scène à Pékin le 11 mars 2023 (lire : Un vent chinois s’est levé au Moyen Orient), Tel Aviv qui n’a pas été consulté, dénonçait l’accord.

Le rejet avait lieu au milieu du scepticisme de Washington et de plusieurs pays occidentaux qui refusent toujours de reconnaitre une autorité palestinienne englobant le Hamas.

Alimentant la défiance de nombre d’observateurs, le Fatah et le Hamas n’ont donné aucun détail sur la manière dont un gouvernement de Gaza serait formé après le conflit. Se limitant à dire que l’accord conclu à Pékin n‘était qu’un premier pas, ils promettent de reprendre le rapprochement là où il en était resté après les réconciliations de 2011 et 2022.

Mais, de même que le soutien inconditionnel de Téhéran apporté au Hamas continue de fragiliser toute tentative d’apaisement de la région où, en dépit de la médiation chinoise, Ryad observe avec défiance la montée en puissance du nucléaire militaire iranien [2], la réalité est que les relations entre le Hamas et le Fatah sont plus proches d’un « conflit gelé » que d’une dynamique de fraternisation.

Note(s) :

[1Le Waijiaobu avait, dès février 2021, explicité ce concept sur son site en ligne en anglais.

Articulé à la profession de foi vertueuse d’une marche irrémédiable de l’humanité vers la paix au moyen de coopérations gagnant-gagnant 共赢 dont la tendances historique, 历史潮流的潮流, ne pourrait pas être stoppée 不可阻挡, il définissait un chemin pavé de six principes dont l’appareil fait remonter la vision à une pensée de Xi Jinping datant de 2014.

1) Attachement à la vision d’une sécurité commune, globale, coopérative et durable. 2) Respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de tous les pays. 3) Respect des buts et principes de la Charte des Nations Unies. 4) Respect des préoccupations légitimes de sécurité de tous les pays. 5) Prévalence accordée à la négociation et au dialogue. 6) Prise en compte des principes traditionnels et non traditionnels de la sécurité.

[NDLR : Les principes 4 et 6 du concept introduisent des «  variables d’ajustement » permettant de légitimer l’agression russe contre l’Ukraine par la vision de Moscou de sa sécurité considérant l’Ukraine comme un « État tampon » ; ils justifient aussi les menaces militaires de Pékin contre Taïwan par une vision (non traditionnelle) culturelle et historique de l’appartenance de l’Île au Continent autorisant Pékin à transgresser à la fois le principe de respect de l’intégrité territoriale et celui de résolution pacifique des conflits.

[2Exprimant une défiance à l’égard du régime Shiite de Téhéran, en septembre 2023, soit six mois après la mise en scène chinoise de rapprochement entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, depuis Ryad, dans une interview donnée a Fox News, le Prince hériter Mohamed Ben Salman répétait une mise en garde qu’il avait déjà formulée en 2018, « Si l’Iran se dotait de l’arme nucléaire l’Arabie saoudite n’aurait d’autre choix que de l’imiter ».


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