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›› Editorial

XI - TRUMP. Deux géants aux pieds d’argile

Vulnérabilités chinoises.

La croissance chinoise reste inégalitaire. Selon une enquête de 2025, 280 millions de personnes, vivent avec moins de 1 000 RMB/mois (150 US$). Photo des environs de Shanghai par Renaud Fang. 2018


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A l’extérieur, les vertus d’apaisement et de promoteur de dialogue dont se pare Xi Jinping s’ajustent mal avec l’inflexible agressivité de Pékin dans le Détroit de Taïwan et ses revendications de souveraineté articulées à son antériorité historique, rejetée en 2016 par un arbitrage international, sur les archipels de la mer de Chine du sud (Lire notre article : https://www.questionchine.net/arbitrage-de-la-cour-de-la-haye-tensions-et-perspectives-d-apaisement et un large éventail de droits maritimes systématiquement imposés par des brutalités du fort au faible.

A l’intérieur, l’image de puissance dessinée par Mc Carthy doit être tempérée par d’importantes vulnérabilités décrites, entre autres, par Alice Ekman.

Auteur de « Rouge Vif, l’Ideal communiste » Ed Flammarion, 2021, montrant les ambitions internationales de Xi Jinping et la résurgence de l’implacable rigidité communiste renforçant le contrôle du Parti sur la société, elle développe aussi avec d’autres, à chacune de ses interventions publiques, les faiblesses de la Chine, par ailleurs objets de nombreuses analyses de QC.

Les vulnérabilités qui tracent les limites de la puissance chinoise sont : Le brutal ralentissement de la croissance tombée de + 10 % en 2011 à + 4,5 % en 2025 ; Une forte dépendances aux exportations massives d’un système productif en surcapacité ; Les faiblesses d’un modèle social qui laisse sur le carreau 200 millions de Chinois « soutiers du miracle  » et freine la consommation de la classe moyenne ;

Le vieillissement irrépressible de la population (Lire : https://www.questionchine.net/angoisse-demographique-l-enfant-chinois-est-et-restera-unique) ; Un hiatus préoccupant entre l’alourdissement du contrôle politique et le dynamisme de l’esprit d’entreprise considéré par Xi Jinping comme un dangereux contrepouvoir politique ;

Enfin, en dépit de ses rapides progrès dans les secteurs des télécoms, des batteries, des véhicules électriques, du solaire ou des drones, des dépendances persistantes dans celui des technologies très haut-de-gamme.

L’un des points clés se trouve en Europe, chez le Néerlandais ASML, fabricant des machines lithographiques EUV (Extrem Ultra Violet) difficiles à reproduire et cœur de la fabrication des puces très haut de gamme dont la finesse est de 2 nanomètres quand celles du Chinois SMIC coopérant avec Huawei n’en sont pour l’instant qu’à 5 nm.

Un autre chercheur dont le travail explore les vulnérabilités de la Chine de Xi Jinping dans le domaine moins matériel de son modèle socio-économique est Dan Wang,

Émigré au Canada du Yunnan en 2000 alors qu’il avait 7 ans, spécialiste de la Chine contemporaine, il a entre 2017 et 2023 travaillé comme analyste chez Gavekal Dragonomics à Hong Kong et Shanghai fondé par le Français Charles Gave. Ancien chercheur invité à la faculté de droit de Yale, il est aujourd’hui à 34 ans chercheur associé à la Hoover Institution.

Dan Wang. Une féroce critique contre Xi Jinpig.

Publié par arpa en 2026, le livre explore la contradiction entre les performances concrètes et spectaculaires de l’appareil et son incapacité à « créer une vison attractive de l’épanouissement humain » par un système qui privilégie la mise aux normes et la répression sans nuance de la moindre nuance politique.


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Le livre de Dan Wang, « Breakneck : China’s Quest to Engineer the Future  », paru aux États-Unis en août 2025, est publié en Français en 2026, par les Ed arpa, sous le titre « La Chine à toute vitesse. La quête de la Chine pour façonner l’avenir. »

L’ouvrage n’est pas une critique frontale et sans réserve de la Chine. Mais il interroge sur la contradiction entre, d’une part, la formidable capacité d’aménagement du territoire et de production industrielle y compris dans l’IA de pointe de « l’État-ingénieur » et, d’autre part, son aversion au pluralisme politique nuancé et son échec à produire une « vision attractive de l’épanouissement humain.  »

Au passage, évoquant la féroce rivalité sino-américaine, il pointe du doigt les mythes et les réalités par lesquels les deux « géants aux pieds d’argile » se rejoignent : « Des villes laides, des croissants immangeables, mais un dynamisme entrepreneurial unique et la certitude d’incarner le futur » .

En revanche, sa critique de la gouvernance de Xi Jinping ayant brutalement supprimé toute muance politique au sein du Bureau Politique et du Comité permanent est implacable : « Le Comité central n’ignore pas que seuls les paranoïaques survivent. » et « Les hommes au visage impassible du Politburo ont tendance à prononcer des discours d’une platitude extrême, émaillés çà et là d’avertissements meurtriers à l’encontre de ceux qui contrarient les intérêts du Parti.  »

Le plus préoccupant, dit en substance Dan Wang, est qu’entre les mains de Xi Jinping et de ses ingénieurs, le peuple chinois est devenu une matière malléable à faire entrer de gré ou de force dans un moule seulement défini par des chiffres et des objectifs administratifs désincarnés.

Au passage, cette analyse d’une gouvernance bureaucratique mécanique déshumanisée rejoint celle des « Lois et les Nombres, Essai sur les ressorts de la pensée politique chinoise  » ed. Gallimard, Romain Graziani (https://www.questionchine.net/de-shang-yang-a-xi-jinping-l-illusion-de-la-rationalite-legiste-par-romain-graziani .

L’auteur, se référant aux dérives des traditions légistes, y mettait précisément en garde, comme le fait aujourd’hui Dan Wang, contre « La tentation de l’actuel pouvoir de mettre la société aux normes et de la surveiller à des fins d’efficacité politique et de sécurité au moyen du « Crédit social » (lire à ce sujet : https://www.questionchine.net/le-credit-social-de-l-utopie-vertueuse-a-big-brother ).

Autrement dit, Alice Ekman et Dan Wang tracent les limites de la puissance chinoise, la première en pointant du doigt ses vulnérabilités structurelles, le deuxième en interrogeant son déficit d’attractivité, dont les symptômes sont visibles dans les comportements désabusés des jeunes dont le taux de chômage a, en juillet 2026, atteint le taux record de 18,90 %.

(Sur le décrochage de l’enthousiasme politique des jeunes Lire notre article écrit expliquant les réticences des jeunes couple à faire des enfants : https://www.questionchine.net/le-tres-faible-enthousiasme-pour-la-politique-des-trois-enfants )

Au-delà de la propagande d’une Chine triomphante, peu de résultats.

En dépit du faste et de la chaleur de l’accueil, les résultats du sommet furent maigres. Le point le plus remarquable, fut que les deux ont convenu que la relation devait être maintenue sous le niveau d’un conflit direct. Photo Ambassade de Chine à Washington.


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Contrairement à l’image diffusée par la propagande de l’appareil d’un Xi Jinping magistral ayant réussi à imposer à Trump l’agenda de la rencontre du 24 septembre, il serait plus conforme à la réalité de présenter le sommet comme celui de deux « géants aux pieds d’argile », à la fois conscients de leurs vulnérabilités et, en même temps, tous deux préoccupés de maintenir sous le boisseau les tendances explosives de leurs rivalités.

Concrètement les accords furent minces, avec tout de même un engagement politique à maintenir une « relation constructive et stable ».

Selon The Guardian, la trêve commerciale a été prolongée jusqu’au 10 janvier 2027 pour permettre de poursuive les négociations sur les droits de douane, les terres rares, les achats chinois de produits américains et les embargos technologiques imposés par Washington.

En revanche, alors que les embargos technologiques américains restent en vigueur, aucun accord n’a été trouvé sur Taïwan ou sur l’Intelligence artificielle. Au moment où les deux commencent à peine à réfléchir en commun aux risques posés par une IA débridée et sans contrôle, ils n’ont pas réussi à imaginer un mode commun de régulation au milieu de contrôles locaux déjà existant en Chine et en Europe.

Entre Pékin et Washington les divergences sont idéologiques, aggravées par l’ambiguïté chinoise qui prône une ouverture globale avec des codes en « Open source » contrôlés à la demande en fonction de leur sensibilité, notamment pour des raisons politiques et de sécurité à l’intérieur des frontières chinoises.

Aux États-Unis en revanche, selon la Maison Blanche, la tendance générale est, également avec réserves pour les questions de sécurité nationale, le « moins de règles possibles » et la priorité donnée, en théorie, sans limites, à la concurrence et à l’expérimentation.


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