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Xi Jinping – Biden : une vidéo-conférence tendue et sans réelle substance

En Chine, sonnent les trompettes du nationalisme de la renaissance.

Quant à la presse officielle chinoise, en cette année de son centième anniversaire, ses comptes rendus de l’événement furent sans réserve tournés vers la satisfaction du sentiment nationaliste porté et attisé par Xi Jinping et le Parti. En premier lieu la question de Taïwan que Xi Jinping érige, malgré quelques fausses notes internes, jusqu’à l’incandescence au pinacle du « rêve de renaissance ».

Alors que tout indique qu’en augmentant le niveau politique de ses visites officielles dans l’Île où, de surcroit, le Pentagone entretient une petite mission d’aide militaire, Washington est, en riposte aux pressions de Pékin, en train de tourner le dos aux promesses des « Trois communiqués » (lire : Les nouvelles eaux mal balisées de la question de Taïwan), il était essentiel pour l’appareil d’afficher que la situation dans le Détroit restait étroitement contrôlée par Pékin.

Le 16 novembre, lendemain de la téléconférence, les gros titres de toute la presse rappelèrent que « Biden ne cautionnait pas l’indépendance de Taïwan “拜登重申不支持台独 ! ». Immédiatement relayée par les réseaux sociaux, l’information était reprise par 200 millions d’abonnés de Weibo. En même temps, évacuant la possibilité d’un conflit dans le Détroit, manquant la partie de l’image des alliances anti-chinoises qui se cristallisent dans l’Indo-pacifique, elle se voulait rassurante :

« Biden a clairement réitéré que les États-Unis ne cherchaient pas « à changer le système chinois 不寻求改变中国的体制 », ne cherchaient pas à renforcer les alliances contre la Chine 不寻求通过强化同盟关系反对中国 et n’avaient aucune intention d’entrer en conflit avec la Chine. 无意同中国发生冲突 ».

En filigrane, au-delà des affirmations de souveraineté, la crainte d’un conflit.

Au passage, le message qui redoute toujours l’influence occidentale, exprime aussi la crainte existentielle que Washington serait toujours animé par le projet de « regime change » à la racine même de son idéologie de souveraineté culturelle et politique résumée par le concept « des caractéristiques chinoises ».

L’angoisse rejoint l’inquiétude générale de l’appareil qui, après la réunion du 18 novembre du Bureau Politique, mettait, avec des accents paranoïaques, en garde contre « les risques idéologiques menaçant sécurité du système politique ; contre la remise en cause la stabilité industrielle et financière ; contre une rupture de la suffisance alimentaire du pays et la remise en cause de son l’indépendance technologique ainsi que de son approvisionnement en ressources stratégiques ; enfin contre toutes sortes d’infiltrations et entreprises subversives et disruptives ».

*

En évoquant la question de Taïwan, la presse chinoise toute entière contrôlée par le Parti, faisait l’impasse sur une réserve de Biden, cœur même de la stratégie chinoise de Washington depuis Nixon. En répétant l’attachement de Washington à la « politique d’une seule Chine », le Président américain, a en effet rajouté la réserve du Taïwan Relations Act (TRA).

Voté par le Congrès en 1979 au moment de la reconnaissance de la Chine communiste par Washington, il est une disposition de droit interne – et non pas un accord de défense – obligeant l’exécutif américain à réagir – il ne dit pas comment – en cas d’agression de l’Île non provoquée par une déclaration d’indépendance.

Notons au passage que cette disposition percute le nouveau discours du Parti expliquant en substance que la réunification était une fatalité inexorable à mettre en œuvre coûte que coûte d’ici 2049, année du centenaire de l’appareil à la tête du la Chine dont Xi Jinping fait l’échéance ultime de la réalisation de son rêve de renaissance 中国 梦. »

Le TRA de 1979 faisait suite aux « Trois communiqués » signés avec Deng Xiaoping par Nixon (1972), Carter (1979) et Reagan (1982). Ils étaient complétés par les « Six assurances », toujours en vigueur par lesquelles les États-Unis promettaient :

1) Qu’ils ne fixeront pas à priori une date mettant fin aux livraisons d’armes à l’Île ; 2) Qu’ils n’abaisseront pas le niveau des garanties du TRA ; 3) Qu’ils ne consulteront pas la Chine avant leurs décisions de livrer des armes ; mais 4) Qu’ils ne se poseront pas en arbitre de la relation dans le Détroit ;

5) Qu’ils n’exerceront aucune pression sur l’Île pour qu’elle entame des négociations politiques avec la Chine et qu’ils ne modifieront jamais leur position selon laquelle l’avenir de l’Île devrait être déterminé pacifiquement par les Taïwanais eux-mêmes ;

6) Qu’ils ne reconnaîtront pas formellement la souveraineté de la Chine communiste sur Taïwan. Lire : Relations Chine, Taïwan, États-Unis

Pour les opinions de part et d’autre du Détroit : l’appel à la mesure de Xi Jinping, assorti d’une mise en garde martiale.

Enfin, l’agence Chine nouvelle a monté en épingle le très surréaliste « appel à la sagesse » de Xi Jinping repris par la presse occidentale, pour ramener la politique américaine envers la Chine sur dit-il « une voie rationnelle et pragmatique » 推动美国对华政策回归理性务实的轨道 , alors même que, depuis une années, les chasseurs de combat survolent sans mesure le Détroit de Taïwan au sud de la zone d’identification de défense et d’alerte (ZIDA) de l’Île.

Pour appuyer « son appel à la mesure », le Président chinois qui s’exprimait pour satisfaire l’orgueil du nationalisme radical qu’il ne cesse de cultiver, n’a pas hésité à mette en garde Joe Biden – ce qui fit aussi les gros titres des médias occidentaux dont l’audience s’enivre de sensationnel – contre le franchissement par Taïwan de la ligne rouge indépendantiste 台独如突破红线, dont il a considéré qu’elle jouerait avec le feu- 玩火 -.

A vrai dire les menaces ne sont pas nouvelles. Le 25 octobre 2018, après bien d’autres déclarations du même type, le Général Wei Fenghe, ministre de la défense mettait en garde que toute tentative remettant en cause la souveraineté de Pékin sur Taïwan était « extrêmement dangereuse ».

Il ajouta que « si quiconque cherchait à séparer l’Île du Continent, la Chine réagirait militairement sans délais quel qu’en soit le coût ». Son discours au forum de Xiangshan – réplique chinoise du dialogue de sécurité de Shangrila à Singapour dominé par l’Occident -, faisait suite au passage, pour la 2e fois en 3 mois, de 2 navires américains dans le Détroit de Taïwan.


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