›› Chronique
Brutale riposte de D. Trump.
Un échauffement à risque.
Le 10 octobre, Donald Trump fustigeant « les pratiques commerciales hostiles » de la Chine, notamment les contrôles à l’exportation des terres rares, a d’abord déclaré qu’il ne jugeait plus nécessaire de rencontrer le président Xi Jinping lors du sommet de l’APEC. Dans un long message publié sur Truth Social, il a également menacé Pékin de hausses massives de droits de douane ajoutant que d’autres ripostes étaient à l’étude. Après quoi, il s’est ravisé, affirmant que le sommet aurait lieu avant de déclarer qu’il n’avait pas l’intention de « blesser la Chine ».
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Le 10 octobre, jouant les naïfs et disant ignorer les raisons du retour chinois à l’intransigeance commerciale dans le secteur des terres rares, et au milieu de ses déclarations contradictoires sur sa rencontre prochaine avec Xi Jinping, qu’il qualifia d’abord d’inutile avant d’assurer qu’elle aurait lieu, tandis que Xi Jinping ne l’a jamais confirmée, D. Trump mettait brutalement fin à la fragile trêve commerciale en haussant à compter du 1er novembre, de +30 à +100% les droits de douane infligés aux exportations chinoises.
En même temps, il ordonnait un renforcement des contrôles sur les exportations de « tous les logiciels critiques » également d’ici le 1er novembre, neuf jours avant l’expiration de la trêve commerciale en cours.
Tous les observateurs ont noté qu’il s’agissait de la plus brutale secousse infligée depuis six mois au laborieux apaisement des relations commerciales entre Pékin et Washington. Beaucoup anticipent même que la détente a vécu et que ce nouveau spasme de la relation conduira à annuler le sommet avec Xi Jinping en marge de l’APEC.
A Washington, en tous cas, le ton est passé de la bienveillance à la méfiance et de l’esprit d’accommodement raisonnable à celui de la nécessaire contre-attaque. Qualifiant sur son réseau social l’initiative chinoise « d’hostile », il ajoutait vindicatif « pour chaque élément de leur monopole, nous en avons deux ».
Les marchés ont accusé le coup. Le 10 octobre, l’indice de référence S&P 500 (.SPX) perdait 2%, la plus forte baisse en une seule journée depuis avril, tandis que le Dollar poursuivait sa chute avec un recul de 10,26% depuis janvier 2025.
Les investisseurs se sont réfugiés dans la valeur refuge de l’or +34,6% depuis janvier 2015, tandis que, logiquement, le Nasdaq en forte hausse de +100% depuis octobre 2022 perdait 4,8% dans la seule journée du 10 octobre.
Mais le pire n’est jamais sûr.
Hypothèse vertueuse d’un retour au réalisme.
Le 13 octobre, mesurant qu’une tension sur les terres rares n’était pas tenable à long terme, D. Trump a notablement réduit, son agressivité, tandis que Xi Jinping qui craint tout autant la prolongation des embargos sur les microprocesseurs et les puces haut-de-gamme, restait pour son image de politique intérieure, fidèle à son message de défiance. « Nous ne voulons pas la guerre commerciale, mais nous ne la craignons pas »
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Dans la bataille, les deux ont suffisamment d’arguments pour infliger de graves dommages à l’autre.
Pékin sait bien que l’embargo sur les logiciels et les puces ultrafines de Nvidia qui pourrait se doubler de restrictions impliquant les pièces de rechange aéronautiques, aura un impact catastrophique sur sa modernisation technologique et industrielle, notamment les secteurs de plus en plus nombreux utilisant l’Intelligence artificielle (santé, finance, éducation, commerce, markéting, transport, énergie, industrie civile, spatiale et de défense).
A Washington qui tente de rattraper son retard dans l’extraction des terres rares sur le seul site opérationnel de Mountain Pass, les plus rationnels ont conscience de la prévalence chinoise pour l’instant incontournable (lire le § « Les Terres rares, leviers de puissance et arguments de négociation. » de notre article Les terres rares et les microprocesseurs au cœur des rapports de forces entre Washington et Pékin qui anticipait la perspective de retours de tensions.
Il faudra encore longtemps avant que les investisseurs et les industriels américains se mettent en ordre de marche pour rattraper la Chine dont les capacités d’extraction qui représentent 60% du total mondial, sont pour l’instant quatre fois supérieures à celles de États-Unis.
Ce n’est pas tout, après l’extraction des terres rares leur raffinage dépend toujours à 90% des infrastructures de traitement de la Chine qui, depuis plus de dix ans, investit massivement dans le secteur.
Autrement dit compte-tenu de l’importance stratégique de la ressource et de la prévalence chinoise dans le secteur, Washington n’a pas plus les moyens que la Chine d’un bras de fer prolongé.
Il faut donc considérer la secousse pour ce qu’elle est.
Une empoignade par laquelle les deux testent leurs limites en prélude aux éventuels marchandages stratégiques de leur rencontre au sommet en Corée dans deux semaines.
Compte tenu des allusions de Pékin qui reliaient les « terres rares » aux équipements de combat d’un adversaire potentiel, D. Trump doit s’attendre, si la réunion avait lieu, à ce que Xi Jinping mette sur la table la question de l’aide militaire à Taïwan (entre autres, présence des conseillers militaires dans l’Île et vente d’armes) pour prix d’un retour à la souplesse commerciale.
Enfin, une indication qu’au-delà des postures, D. Trump est toujours déterminé à parvenir à un compromis avec la Chine, le 13 octobre, il adoucissait son discours sur son réseau social : « Les États-Unis veulent aider la Chine et non pas la blesser ».
Il n’en fallait pas plus pour que la bourse de New-York relève la tête. Le jour même, le Dow Jones était à +615 point (+1,5%) ; en même temps, après une de leurs plus mauvaises passes depuis avril, le Nasdaq et le S&P 500 émergeaient respectivement à +2% et +1,5%.
Un ombre au tableau cependant, par crainte de la réaction chinoise et de ses effets sur leurs industries technologiques de pointe, leurs chaines de valeur et leur secteur automobile, les bourses asiatiques (Japon, Corée, Taïwan) étaient toutes en recul. En même temps les stratèges et gestionnaires de Morgan Stanley qui se méfient des foucades de D. Trump, restaient circonspects.
« Si l’incertitude associé à la volatilité commerciale entre Washington et Pékin, se poursuivait jusqu’au début novembre, le risque existe d’une correction boursière plus importante que ce que la plupart attendent ».
