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›› Editorial

Quel futur des relations avec l’Amérique ? Trump et la variable Musk. La question taïwanaise, défi à la stratégie du marchandage

La photo qui date du sommet du G.20 à Osaka en 2019, montre symboliquement Xi Jinping et D. Trump se tourner le dos, préfigurant un affrontement a venir. Pour autant, l’analyse montre que le deuxième mandat de D. Trump pourrait être marqué par plus de souplesse de la part de Washington à laquelle répondraient des partisans de l’apaisement en Chine. Pour autant, la question de Taiwan reste à ce point conflictuelle, autour de postions retranchées, que toute tentative de solution par la stratégie du marchandage parait illusoire (photo Kevin Lamarque/Reuters).


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Aux États-Unis, le nouveau surgissement de Donald Trump, trois années après sa défaite contre Joe Biden, a d’abord présidé à l’idée d’un durcissement irrémédiable de la relation avec la Chine. Mais en prenant du recul, on perçoit quelques nuances dans l’agressivité du Président élu.

La tendance à la confrontation s’exprime dans la succession de personnalités ayant, dans l’effervescence de la campagne électorale, politiquement affirmé sans réserve leur détermination à affronter la Chine.

Ces « faucons » ont clairement tracé l’avenir comme un champ de bataille. Mike Waltz, 50 ans, « béret vert » retraité de la Garde Nationale, futur conseiller à la sécurité, accuse la Chine d’être engagée dans une « nouvelle guerre froide avec Washington » et insiste pour préparer le Pentagone à réagir à une invasion de Taïwan par la Chine.

Pete Hegseth, l’ancien présentateur de Fox News, nommé à la tête de la défense, alerte que l’APL est spécifiquement dédiée à infliger une défaite à l’Amérique.

Marc Rubio, 53 ans, sénateur de Floride depuis 2010, vaincu aux primaires républicaines de 2015, futur Secrétaire d’État, considéré comme un des plus féroces antichinois pointant du doigt le vol de technologies et les stratégies de distorsions du marché, est aussi, avec Mike Pompeo, l’un des hommes politiques américains les plus en vue.

En 2020, il avait été sanctionné par la Chine au milieu d’une douzaine d’autres de la mouvance Trump pour son soutien aux manifestations des démocrates à Hong Kong.

A l’unisson, une partie du cabinet du président élu affiche son intention d’en découdre avec la « superpuissance rivale » qui, dans les domaines politique, stratégique et culturel, prétend contester à l’Amérique sa prévalence globale.

Pour autant, tous les observateurs de la relation Chine - États-Unis ne sont pas sur la cette ligne catastrophique exprimée par exemple par Yun Sun. Directrice du programme Chine au centre Simpson de Washington, elle anticipe à la fois l’inquiétude de la Direction chinoise et l’aggravation des tensions sino-américaines.

D’autres suggèrent pourtant une analyse contraire. Hal Brands, professeur à l’Institut John Hopkins d’études internationales estime que D. Trump, en réalité plus souple que ne le suggère le choix de certains de ses conseillers directs, restera malgré tout sur la ligne plus accommodante du compromis négocié.

« Le point clé » dit Brands « est de savoir si les faucons seront capables de transformer le bellicisme économique de Trump, dont la culture personnelle est focalisée sur les transactions commerciales et les droits de douane imposés à la Chine, en une stratégie de confrontation globale. »

A Pékin en tous cas, une partie de la Direction politique qui a tiré les leçons du premier mandat de Donald Trump, est bien décidée à tirer parti de la complexité foisonnante de la relation pour désamorcer la vindicte des faucons et ne pas se laisser enfermer dans une trajectoire de confrontation directe sans issue.

La stratégie envisagée est celle oblique des canaux parallèles par le truchement de personnalités mieux disposées à l’égard de la Chine, dont le symbole aujourd’hui le plus emblématique, incarnant plus que d’autres des solutions alternatives est Elon Musk [1]

La variable Elon Musk et les partisans chinois de l’apaisement.

Pour certains, l’importante popularité en Chine d’Elon Musk, proche du pouvoir local de Shanghai, créateur d’emplois qui fascine les Chinois par son audace ferait du milliardaire un canal parallèle, capable de promouvoir un apaisement de la relation sino-américaine.


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Le milliardaire fondateur de Tesla, dont la fortune se nourrit en particulier de son statut de pourvoyeur de solutions à la NASA, aujourd’hui rallié à D. Trump et devenu, non sans risques de conflits d’intérêt [2] une des cartes maitresses de la réforme du futur Président décidé à alléger une administration trop envahissante, possède de nombreux intérêts commerciaux en Chine.

Sa « Gigafactory » dont la construction sur 80 hectares lancée à Shanghai en 2018 n’a duré qu’une année, se développe rapidement par phases successives vers une capacité de production annuelle de 950 000 voitures par an de ses Tesla Model 3 et Model Y.

Livrables en moins d’un mois avec une étonnante variété de choix au prix moyen de 32 000 à 42 000 US $, soit 30 à 40 000 €, avec des facilités de paiement à taux zéro, les deux modèles TESLA également vendus en Europe, ont, en octobre 2024, atteint un record de popularité avec 72 000 exemplaires vendus en Chine, en hausse de 66%, par rapport à octobre 2023.

Au total, il est aujourd’hui clair que Musk, qui cultive des contacts directs avec les dirigeants du Parti, passage obligé des autorisations administratives et politiques pour ses vastes déploiements industriels à Shanghai et dont les intérêts de rentabilité de Tesla dépendent beaucoup de la Chine, est devenu une des variables de l’équation Trump dans la relation avec Pékin.

Sans compter que sa réussite exceptionnelle et non conformiste fait de lui une icône admirée par les Chinois qui l’appellent « l’homme de fer de la Silicon Valley - 硅 谷 guigu (silicon vallee) 钢 铁 gangtie (Acier) 侠 xia (héros) ».

En réponse, en Chine, les déclarations du milliardaire font toujours écho aux arguments d’apaisement du discours de Pékin, tels que « le maintien d’une relation économique sino-américaine gagnant-gagnant », sans oublier l’incontournable passage obligé reconnaissant la « politique d’une seule Chine » à propos de Taiwan.

Dans le sérail des intellectuels chinois, à l’origine d’une pensée qui nuance les trajectoires fatales d’affrontement, Wu Xinbo, 吴心, Directeur et Doyen du Centre des études américaines à Fudan, estime qu’il est important de distinguer le Président élu de ses proches collaborateurs.

Même s’il reconnait que le futur proche sera semé d’embuches pouvant faire déraper la relation vers de dangereuses tensions, il anticipe que D. Trump parviendra à imposer à son équipe, ses stratégies de marchandage balançant entre coups de boutoir agressifs menaçants et manœuvres d’apaisement par des solutions négociées.

Mais d’autres comme Wang Yiwei professeur à Beida récusent la stratégie oblique de la détente par des voies parallèles.

Un noyau dur chinois tenté par l’épreuve de force. L’explosif taïwanais.

Prenant le contrepied de Marc Rubio, son futur ministre des Affaires étrangères, D. Trump a en juillet dernier déclaré à Bloomberg qu’il ne défendrait pas militairement Taiwan, proche de la Chine et très loin de l’Amérique. Récemment, dans une interview donnée au Wall Street Journal, il a avancé l’idée que pour dissuader un blocus de l’Île il exercerait sur Pékin des pressions douanières pouvant aller jusqu’à 200% de taxes à l’importation des produits chinois aux Etats-Unis.

Mais tous les experts de la question savent bien que seule l’hypothèse d’un engagement militaire direct des États-Unis pourrait dissuader une agression frontale chinoise. Ils savent aussi que si l’Amérique ne réagissait pas a une agression directe de l’Ile par la Chine sans déclaration d’indépendance par les autorités de Taipei, elle perdrait aussitôt sa prévalence stratégique dans le Pacifique ( Le montage photo par Getty a été publié par Newsweek en juillet 2024).


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Professeur d’études internationales à Beida Wang Yiwei affirme que l’appareil chinois qui comprend désormais bien la stratégie de Trump est mieux préparé à affronter sa deuxième présidence.

Pour lui, dont la pensée est plus à la confrontation qu’à la médiation, fervent du rapprochement de Pékin avec Moscou et le Sud global, « la Chine qui a gagné en confiance et en statut international, n’est plus la même qu’il y a huit ans, lorsque Trump avait pris ses fonctions la première fois. ».

Le point d’achoppement stratégique sino-américain le plus explosif à propos duquel, la conciliation par le truchement de canaux parallèles comme celui de Musk parait improbable, reste la question de Taïwan.

Taïwan l’illusion de la stratégie du marchandage.

Alors qu’une récente déclaration de Trump postée le 30 novembre sur le réseau social « TRUTH » promettait de porter à 100% les taxes frappant les exportations aux États-Unis des BRICS, s’ils persistaient à faire la promotion d’une monnaie alternative au Dollar, éloignait des espoirs d’apaisement, en Chine même les sceptiques opposés à l’optimisme de Wu Xinbo, n’oublient pas que Marc Rubio le futur secrétaire d’État est un des plus fervents alliés de Taïwan.

Il a notamment fait pression en faveur d’une série de lois visant à renforcer les liens entre Washington et Taipei et à accélérer les ventes d’armes américaines à l’île. Irritant de première grandeur pour Pékin, à Taïwan, le Président Lai a félicité Rubio dont les penchants interventionnistes sont connus, pour sa nomination au poste de Secrétaire d’État.

Au total, les perspectives de la situation stratégique dans le Détroit restent inquiétantes. Nombre des proches de D. Trump lui conseillent de mettre rapidement fin à la guerre en Ukraine pour mieux consacrer le Pentagone à la prévalence stratégique américaine dans le Pacifique occidental avec les Philippines, le Japon l’Australie et la Corée du sud.

Mais le futur président n’a pas encore abandonné ses espoirs de conciliation avec Pékin sur le sujet taïwanais dont il ne semble mesurer ni la dimension historique ni le caractère existentiel pour l’appareil chinois.

Récemment on l’a entendu donner un gage à la Chine en dénonçant aussi, comme pour mettre Pékin et Taipei dos à dos, le vol de la technologie américaine des microprocesseurs par l’industrie taïwanaise.

Interrogé par le Wall Street Journal, qui lui demandait s’il utiliserait la force militaire contre un blocus de Taïwan par la Chine, il a répondu que l’hypothèse était impossible car dit-il « Xi Jinping qui le respectait savait qu’il serait assez fou pour infliger aux exportations chinoises aux États-Unis jusqu’à 200% de droits de douane. »

Note(s) :

[1Pour mesurer la volte-face stratégique d’Elon Musk après le choc de l’épidémie, lire notre éditorial d’août 2019, qui décrivait la situation aujourd’hui inversée où le PDG de Tesla, entrepreneur emblématique en Chine défiait l’agressivité antichinoise du premier mandat de D. Trump : Chine – États-Unis. Le choc des entêtements, stigmate de la rivalité stratégique globale.

[2Pour Olivier Sanguy journaliste, spécialiste des questions spatiales, le risque qu’Elon Musk soit juge et partie dans ses nouvelles fonctions d’allègement de l’administration est réel. Impossible en effet d’évacuer l’hypothèse que le milliardaire soit, d’une manière ou d’une autre, tenté depuis la Maison Blanche, d’orienter son action politique au profit de son entreprise Space X.


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