›› Politique intérieure
Les cinq émissaires s’en allèrent enquêter au Japon, aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, en France et en Allemagne. Ces études leur ouvrirent l’esprit et les amenèrent à une conclusion étonnante : les succès florissants des nations étrangères étaient dus au fait qu’elles avaient adopté un système de gouvernement parlementaire : « la faiblesse de la Chine plonge ses racines dans le caractère autoritaire de son gouvernement ; si elle veut être plus riche et plus puissante, elle doit adopter un gouvernement de type constitutionnel ».
« En 1906, la dynastie Qing décréta qu’elle allait mettre en place un système de gouvernement constitutionnel et les élites s’appliquèrent à rédiger une Loi fondamentale pour assurer la transition entre le régime autocratique et féodal vers un système démocratique bourgeois, traçant une route qui dans l’histoire n’avait jamais été empruntée en Chine. Le 27 août 1908, les autorités impériales firent distribuer un projet de constitution, confirmant que le pays allait adopter la séparation des pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif.
Depuis cette date les Chinois rêvent d’une vraie constitution. De 1908 à 1949, neuf projets différents furent élaborés. Après la proclamation de la République Populaire on en proposa encore quatre autres. Mais en dépit de la promulgation de nombreuses lois, jamais la Chine ne réussit à établir une vraie constitution parlementaire. »
La conclusion de Maître Liu est teintée de tristesse et de lyrisme : « Des générations d’âmes courageuses ont poursuivi sans relâche le rêve d’une constitution, livrés à eux-mêmes, se lamentant et payant le prix du sacrifice. Quand on songe à ce siècle de route cahoteuse pour l’établissement d’une véritable constitution, on ne peut manquer d’éprouver un sentiment de nostalgie et de désespoir. La Chine est devenue une puissance sportive d’envergure mondiale. Quand deviendra t-elle enfin une puissance démocratique ? »
Si on se rappelle l’état dans lequel se trouvait la Chine au début du XXe siècle, avec un pouvoir impérial à la dérive, crucifiée par les invasions du Japon et de l’Occident, traversée par des courants violemment conservateurs, il n’est pas étonnant que le projet évoqué par notre avocat n’ait pas vu le jour. On se demande d’ailleurs quel pouvoir aurait pu imposer une telle réforme à ce moment si chaotique de l’histoire du pays.
