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›› Lectures et opinions

Mémoires d’outre tombe de Zhao Ziyang

La répression annonciatrice de catastrophes.

Zhao décrit aussi une ambiance politique pesante, où il se présente comme l’un des seuls véritables artisans des changements politiques, au milieu d’une troupe de réactionnaires, au point que le sinologue Mac Farcquhar – professeur d’histoire chinoise à Yale - écrit dans la préface de l‘édition anglaise : « en lisant le compte rendu de Zhao, marqué par la sobriété et la modestie, on acquiert la certitude que c’est lui, plutôt que Deng, qui fut le véritable architecte des réformes ».

Le « Petit Timonier » lui avait en effet laissé la responsabilité des « modernisations », dont beaucoup sont encore au centre des préoccupations du Régime, et toujours en attente de solution : évolution vers l’économie de marché et réduction du secteur étatique, bascule vers une meilleure efficacité économique, droit de propriété, et, sujet tabou s’il en est, nécessité des réformes politiques.

A l’époque, raconte Zhao Ziyang, Deng Xiaoping évoluait comme un parrain au sein d’un réseau de courtisans cherchant, parfois par des manœuvres mesquines, à attirer son attention et ses faveurs. Dans ce contexte, où la faction dure tenait le haut du pavé, prendre le parti de l’ouverture et de la négociation équivalait à un suicide politique : « quand je me fis l’avocat des étudiants qui s’étonnaient du cynisme du pouvoir face aux grèves de la faim, pesant les risques d’une explosion si un étudiant venait à succomber, Deng a semblé impatient et ennuyé (…) ».

Prenant le contrepied de ceux qui, dans une intense campagne de dénigrement au style sectaire de la révolution culturelle, fustigeaient son esprit de conciliation, accusé d’être à l’origine des tensions, Zhao dénonce sans détours la faction réactionnaire dont les fausses manœuvres menèrent directement à la catastrophe de Tian An Men.

Même si peu de dignitaires de l’époque, y compris Deng, sont épargnés par ces souvenirs posthumes, la cible principale reste Li Peng, accusé d’être le véritable instigateur du désastre. C’est en effet lui qui avait inspiré l’éditorial menaçant du Quotidien du Peuple, décrivant les rassemblements de Tian An Men comme « des troubles prémédités et organisés, dont les objectifs étaient d’affaiblir le Parti et le socialisme ».

Cette appréciation alarmiste, évoquant une menace contre la survie du Parti ne pouvait que raidir le vieille garde. Mais, comme le souligne Zhao Ziyang, elle eut également pour effet de renforcer l’esprit contestataire des manifestants qui trouvèrent là une motivation supplémentaire à leur révolte : « les modérés, dit-il, furent contraints de prendre le parti des extrémistes ».

Li Peng se mit également en travers des tentatives de conciliation de Zhao Ziyang avec les étudiants, tuant aussi dans l’œuf ses démarches auprès de Deng pour le faire pencher du côté de la négociation : « Li Peng et ceux de son groupe firent tout pour freiner, bloquer et même saboter la médiation ».

Le 17 mai, près de trois semaines avant l’intervention de l’armée sur la place Tian An Men, alors que Zhao en était encore à vouloir faire modifier l’éditorial du Quotidien du Peuple, Deng, poussé par Li Peng, ordonnait la répression, appuyé par Yang Shangkun et d’autres tenants de la faction dure tels que Li Xiannian, Wang Zhen, Den Liqun responsable de la propagande et Hu Qiaomu, le sociologue marxiste, ennemi juré de l’ouverture : « Compte tenu qu’il est impossible de céder, au risque de perdre le contrôle d’une situation qui pourrait dégénérer, expliquait Deng Xiaoping, nous décidons de faire entrer l’armée dans Pékin et d’instituer la loi martiale ».


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