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›› Lectures et opinions

Liu Xiaobo par Pierre Hasky

Dans son ouvrage « L’homme qui a défié Pékin », Ed. Arte, 2019, Pierre Hasky revient sur la vie et la mort en prison le 13 juillet 2017 de Liu Xiaobo prix Nobel de la paix 2010. Chacun se souvient de la crispation irritée du Parti qui considéra l’événement comme une offense quand le prix Nobel fut remis à la chaise vide de Liu, enfermé dans les geôles chinoises et absent à la cérémonie. « Liu Xiaobo est un criminel condamné par la justice chinoise pour avoir violé les lois du pays. Sa distinction est une insulte à l’esprit du Nobel. »

Dans la foulée, ignorant ostensiblement que l’institution du Nobel était séparée de l’exécutif à Oslo, le régime avait infligé à la Norvège des représailles commerciales.

Plus tard tous les commentaires de la presse officielle considérèrent que la distinction attribuée à Liu Xiaobo était partie d’une cabale occidentale pour freiner la montée en puissance du pays.

Rappelons au passage que les relations Pékin Oslo ne commencèrent à se réchauffer qu’à partir de 2014, quand le gouvernement conservateur norvégien élu en 2013, décida de restituer à Pékin 7 colonnes de marbre provenant de l’ancien Palais d’été détruit en 1860. Lire : Les longues stratégies chinoises dans l’Arctique.

Quand le régime chinois hésita.

Le talent de Pierre Hasky qui décrit avec passion la trajectoire tragique et sacrificielle de Liu Xiaobo est de proposer une saisissante synthèse entre deux périodes de temps se répondant par l’écho des droits, à 40 ans de distance.

D’une part depuis les années 70 et 80, la marche politique hésitante de la Chine tiraillée entre les exigences d’ouverture politique portées par certains caciques comme Hu Yaobang opposés à la crainte des conservateurs ayant triomphé par la répression brutale de Tian An-men, le 4 juin 1989, dont Liu Xiaobo avait tenté d’adoucir la férocité ;

Et d’autre part, l’évolution de la Chine moderne qui, avec « les caractéristiques chinoises » portées par Xi Jinping ont pour l’heure fermé la porte à toute évolution démocratique. Voir : Rencontre avec Pierre Haski pour “L’homme qui a défié Pékin”

Le parallèle entre Liu et Xi Jinping, tous deux issus de la nomenclature communiste, le père de Liu, professeur, celui de Xi membre du Parti proche de Mao, tous deux harcelés durant la révolution culturelle, est proposé dès l’introduction.

Deux destins opposés.

Le rapprochement de leurs histoires met en exergue leur origine commune avant d’éclairer l’irrémédiable rupture du destin et des convictions politiques :
« Xi Jinping et Liu Xiaobo ont beau sortir de la même matrice maoïste, ils suivront des voies séparées et divergentes, leurs destins ne pourraient pas être plus opposés. Xi Jinping est devenu le n°1 du parti et de l’État chinois en 2012, tandis que Liu Xaiobo croupissait déjà en prison condamné à une peine de 11 ans pour subversion. (...) »

« Leurs histoires se croisent à nouveau en 2017 lorsque Liu Xiaobo est diagnostiqué en prison avec un cancer en phase terminale : inflexible le pouvoir de Xi Jinping lui refuse le droit de se faire soigner et probablement de mourir à l’étranger, en l’occurrence en Allemagne qui a proposé de l’accueillir avec sa famille. ».

La suite de l’introduction renvoie à la persistance obstinée de la mémoire tragique de Liu Xiaobo qui restera plus dans l’histoire que celle de ses geôliers et à une série d’interrogations sur la pérennité du régime, où les Chinois ont troqué leur liberté de pensée contre le confort matériel.

C’est ce que Liu Xiaobo avait baptisé la « philosophie du porc » désignant cruellement la passivité du peuple repu par l’opulence matérialiste.

« La philosophie du porc et autres essais », Liu Xiaobo, Collection Bleu de Chine, Gallimard, traduit par Jean-Philippe Béja. Préface de Vaclav Havel. Mars 2011.


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