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›› Editorial

Les irréductibles tensions de la relation sino-américaine

ANNEXE.

Depuis l’avènement de Xi Jinping en 2012, les tensions dans le Détroit se sont aggravées pour trois raisons.

1. Au pouvoir à Taïwan, démocratiquement élue en 2016 et réélue en 2020, Tsai Ing-wen, issue de la mouvance politique de rupture avec le Continent, à la tête du Parti dit « pour le Progrès démocratique 民进党, » ne reconnaît pas le « consensus de 1992 d’une seule Chine » ;

2. En riposte, Xi Jinping, a augmenté les pressions militaires directes sur l’Île et, sortant du statuquo, il laisse flotter l’idée qu’une intervention militaire aurait lieu, non plus pour dissuader une déclaration d’indépendance, mais pour achever, quoi qu’il en coûte, l’objectif national de réunification.

3. En réaction, les États-Unis qui reconnaissent « le principe d’une seule Chine » mais réunifiée pacifiquement et jugent une agression probable avant 2030. S’affichant comme les fervents défenseurs de la démocratie de l’Île, ils se mettent en mesure de dissuader une attaque militaire directe.

Leur légitimité dans le Détroit découle de leur histoire en Chine et dans la guerre du Pacifique contre le Japon, liée au parti nationaliste du KMT.

Simultanément, la récurrence des menaces militaires a fait surgir dans l’Île un esprit de défense civile dont la popularité augmente.

Lire : A l’ombre de Pékin, un « Double Dix » à l’esprit de résistance.

*

Chassé de Chine par les Communistes, le KMT de Tchang KaiChek s’est réfugié dans l’Île en 1949 et l’a gouvernée sans partage et sans élection jusqu’en 1996.

L’année 1996 fut celle de la première élection présidentielle au suffrage universel direct à un tour de Lee TengHui élu avec 54% des voix. Le scrutin heurtant de plein fouet la philosophie politique du parti unique fut l’occasion de la 3e crise dans le Détroit, marquée par le tir de missiles balistiques inertes dans le Détroit, mais restes en deçà de la ligne de partage.

Les deux premières avaient eu lieu : 1) en 1954 – 1955 à l’occasion de laquelle Taïwan abandonna l’archipel des Tachen au large de Taizhou dans le Zhejiang ; et 2) en 1958 où l’APL échoua à reprendre les îlots de Kinmem (face a Xiamen) et Matsu (face a Fuzhou).

La quatrième crise a eu lieu en août 2022, en riposte à la visite dans l’Île de Nancy Pelosi, Présidente de la Chambre des représentants et troisième personnalité politique américaine. A cette occasion, contrairement à l’épisode 1996 et montrant de nets progrès dans la maîtrise balistique, les missiles tirés par la Chine avaient touché des zones de part et d’autres du Détroit, simulant un blocus.

Successeur de Jiang JingGuo, le fils de Tchang KaiChek décédé en 1988, treize ans après son père, Lee Teng-hui fut en 1996, le premier Taïwanais de souche porté au pouvoir dans l’Île par un scrutin démocratique.

Sa trajectoire politique, commencée au KMT et terminée en appui inconditionnel de la mouvance de rupture, est emblématique de l’évolution des élites politiques de l’Île depuis la fin des années quatre-vingt. Lire : Le « père de la démocratie taïwanaise » est mort.

Quatre années plus tard, le scrutin démocratique portait au pouvoir Chen Shuibian (50,11% des voix ; réélu en 2004 avec 39,30% des voix au suffrage universel direct a un tour). Premier président de la mouvance de rupture du 民进党 il enflamma les relations avec Pékin en faisant la promotion de « deux États séparés. »

Réélu en 2004, et resté au pouvoir jusqu’en 2008, il a été remplacé par Ma Ying-Jeou du KMT. Ce dernier eut le grand mérite de débloquer les relations avec le Continent (aériennes, navales, postales, téléphoniques et par internet) figées depuis soixante ans.

Mais son élan que la jeunesse étudiante et la société civile taïwanaises avaient jugé trop prochinois, portant le risque d’une « réunification rampante », s’est heurté au « mouvement des Tournesols. »

Lire : Taïwan : Craquements politiques dans l’accord cadre. Les stratégies chinoises en question.

La crise qui eut lieu en 2014 avait pavé la voie à l’élection en 2016, de Tsai IngWen, deuxième chef d’État de l’Île issu de la mouvance de rupture avec le Continent dont le 2e mandat expire en janvier 2024.

Enfin, ignorant le choix des Taïwanais, le Parti communiste chinois pour qui la démocratie est un « trou noir » sans pertinence, considère la posture de Washington comme une ingérence inacceptable dans ses affaires intérieures.

Dans ce contexte, il juge que la loi budgétaire récemment soumise au Sénat d’augmenter la coopération militaire avec Taïwan et d’organiser des manœuvres avec les militaires de l’Île, est un viol flagrant des « Trois communiqués » publiés conjointement en 1972 (Nixon et Zhou Enlai), 1979 (Carter et Deng Xiaoping) et 1982 (Reagan et Deng Xiaoping).


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