›› Société
Le système qui doit être entièrement repensé…
Des parents inquiets attendent leurs enfants à la sortie des examens
Selon Jiang Xueqin, 39 ans, titulaire d’un diplôme de l’Université de Yale, ancien collaborateur du bureau de presse de la mission de l’ONU en Afghanistan, aujourd’hui vice-directeur d’un lycée de Shenzhen qui tente une expérience de modernisation du système éducatif chinois, le modèle actuel qui produit de sévères encombrements et une compétition féroce au portillon universitaire, ne correspond pas aux exigences de modernisation du pays. Il en déduit que le système doit être refondu de fond en comble.
…fabrique une oligarchie tournée vers elle-même…
Au lieu de produire un réservoir d’élites responsables, ouvertes au monde et aux solutions alternatives, capables d’empathie et de générosité envers les autres, l’actuel système fabrique un modèle « d’athlètes des examens », capables de concourir brillamment aux tests Pisa de l’OCDE, favorisant la mémorisation et laissant peu de place à l’originalité. Mais il prend le risque de perpétuer une oligarchie arrogante uniquement préoccupée de se servir elle-même et exprimant un mépris pour les professions techniques et manuelles.
Jiang ajoute que la démocratisation apparente dont le premier effet est de diminuer la qualité de l’enseignement à l’université, pousse de plus en plus de parents à envoyer leurs enfants étudier à l’étranger, d’autant que le Gaokao reste très sélectif, très aléatoire et très stressant pour toute la famille.
…dont les enfants étudient hors de Chine.
En 2008, 10% des élèves du lycée de Shenzhen continuaient leurs études hors de Chine. Aujourd’hui, ils sont 20%. Le phénomène n’est pas limité à Shenzhen. Partout, l’explosion de la classe moyenne dont les moyens financiers sont plus confortables, augmente le nombre d’élèves partant étudier à l’étranger à un rythme annuel moyen de plus de 10%. A l’intérieur, il existe des universités privées de plus en plus courues, dont le prix contribue à augmenter considérablement le coût moyen des études, qui pèse sur les budgets des ménages à une proportion de 30% devenue inacceptable pour nombre de Chinois.
Mais l’engouement pour une éducation importée ou privée ne se limite pas à l’université. Les modèles éducatifs étrangers innovants pour les jeunes enfants comme ceux des écoles Montesori, Waldorf ou Reggio Emilia aux méthodes éducatives dites « ouvertes », ont de plus en plus de succès dans les zones urbaines en dépit du coût élevé des scolarités qui approche 7000 $ par an.
Éducation France – Chine :
quelques sérieuses divergences, mais des points communs élitistes.
Pour finir, il peut-être intéressant de tenter une comparaison à grands traits entre les systèmes éducatifs français et chinois. D’une durée comparable, la scolarité obligatoire est de 11 ans pour les Français et de 10 ans pour le système chinois où la prévalence des examens de sélection pour l’entrée au collège (Zhongkao dont la difficulté a été réduite en 2015) et à l’université (Gaokao) reste une des principales caractéristiques. Dans les lycées et collèges chinois le nombre d’heures d’études est près de 60% plus important qu’en France (40 heures contre 25 à 28 heures en France).
Assez souvent le sport, l’éducation artistique et musicale considérés comme annexes sont négligées au profit de deux types de cursus, l’un littéraire avec accent sur l’histoire-géographie et l’instruction politique ; l’autre, scientifique, avec une insistance pour les « sciences dures », Maths, physique-chimie, biologie. Un tronc commun comprend Maths, Chinois et langue étrangère. L’entrée à l’université est filtrée par le Gaokao plus sélectif que le Baccalauréat puisque 60% seulement des lycéens sont admis aux études supérieures. Les exclus tentent de poursuivre des études dans des universités privées soit dans des établissements délivrant des diplômes peu reconnus.
Bien plus lourde en temps d’étude en classe et à la maison, la scolarité chinoise est moins diversifiée que la française et bien plus rythmée par des examens sélectifs qui tendent à disparaître en France. Si en France le but est de donner à un maximum d’élèves un niveau minimum qui pénalise l’excellence noyée dans le souci d’égalité, en revanche en Chine, même s’il est de plus en plus contesté, le système tend à sélectionner les meilleurs élèves détectés par des critères d’assiduité et de réussite aux examens. Pour autant, la filière élitiste des grandes écoles françaises a quelques points communs avec le système chinois.
On retrouvera d’ailleurs d’autres similitudes dans la nature des sujets de composition de Chinois assez proche du type de sujets généraux proposés dans les examens du baccalauréat ou même au concours d’entrée aux grandes écoles. A Pékin, les candidats avaient le choix entre deux sujets auxquels il devaient répondre par un essai de 700 mots : 1) « Nombreux sont les héros chinois qui sont des exemples. Décrivez une journée que vous passeriez avec votre héro préféré. » ; 2) « Décrivez votre passion profonde pour un objet. Vous pouvez choisir une plante, un animal ou ustensile ».
A Shanghai il fallait en 800 mots répondre à la question suivante : « Chacun a dans le cœur des tendances dures et douces. Décrivez la manière dont vous parvenez à l’harmonie en les équilibrant ». Au Sichuan on demandait aux élèves de commenter la contradiction suivante : « Une personne honnête pourrait ne pas être intelligente ; mais un surdoué pourrait ne pas être empreint de sagesse ». Au Fujian, les candidats devaient réfléchir à la réflexion de Luxun : « L’espoir est comme ces chemins sur la terre. A l’origine il n’y avait pas de chemin ; mais où les gens passent sans cesse, un chemin naît ».
Au fond ces sujets sont assez proches de ceux proposés en philosophie au baccalauréat 2014 où on retrouve : « Doit-on tout faire pour être heureux ? », ou « Suffit-il d’avoir le choix pour être libre ? » qui côtoie « La diversité des cultures fait-elle obstacle à l’unité du genre humain » et « Celui qui vit dans l’injustice et cherche à échapper à la punition est-il le plus malheureux des hommes ? »
Lire aussi : http://www.questionchine.net/les-affres-du-gaokao-l-universite-entre-reformes-et-tradition
