Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Editorial

Jack Sullivan à Pékin. Illusions d’un apaisement et ripostes chinoises

Persistance des facteurs de tensions.

Le très chaleureux accueil par Xi Jinping et son épouse du couple Tô Lâm, nouveau n°1 vietnamien, était destiné à conforter la proximité stratégique et politique entre Hanoi et Pékin que les récentes initiatives de Washington pour séduire Hanoi tentent de fragiliser. Il s’inscrivait aussi dans la riposte stratégique à la coagulation antichinoise des alliés japonais, philippins, sud-coréens et australien de l’Amérique en Asie Pacifique (Photo : Tri Dung/TTXVN).


*

Lors de sa rencontre avec le Général Zhang Youxia dans son fief du quartier général de l’APL à Pékin, Sullivan a souligné « l’engagement des États-Unis en faveur de la liberté de navigation en mer de Chine méridionale » et, évoquant la question de Taiwan, « l’importance de la paix et de la stabilité entre les deux rives du Détroit », que Pékin considère en revanche comme son « pré carré stratégique » dont, depuis des lustres, il répète que le Pentagone devrait se tenir à l’écart.

Le sujet a également été évoqué par le MAE Wang Yi qui a appelé Washington à cesser d’armer Taiwan. En même temps, le ministre a fustigé les embargos technologiques infligés à la Chine. Alors que Pékin les considère comme des mesures protectionnistes destinées à freiner sa montée en puissance, Washington les voit comme une sécurité protégeant ses avancées dans le secteur de hautes technologies que Pékin s’approprie en violant le droit de propriété.

Sullivan a également stigmatisé le soutien de la Chine à la base industrielle de défense russe favorisant l’agression contre l’Ukraine. Signe qu’au-delà des affichages d’apaisement, subsistent de sérieux contentieux, le 23 août, moins d’une semaine avant la mission de Jack Sullivan une nouvelle salve de sanctions contre la Russie a en même temps pris en écharpe 42 nouveaux groupes industriels et commerciaux chinois accusés de violer l’embargo contre la Russie.

La condamnation et le ciblage de l’aide chinoise à la Russie s’ajoutait à la déclaration des 32 membres de l’Alliance atlantique réunis à Washington à la mi-juillet qui désignèrent la Chine comme le « catalyseur décisif de l’agression russe contre l’Ukraine ».

Mais preuve de la placidité chinoise désormais moins impressionnée par les mises en garde occidentales, tout juste une semaine avant la visite de Sullivan, Li Qiang premier ministre et nº2 du Bureau politique était à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine dans le cadre d’un voyage de quatre jours incluant également un crochet par la Biélorussie.

Riposte chinoise par les détours russe et vietnamien.

Li Qiang, premier haut responsable chinois venu en Russie depuis l’incursion militaire ukrainienne sur le sol russe dans la région de Koursk, le 6 août dernier, a salué les efforts conjoints de V. Poutine et Xi Jinping pour « insuffler une forte dynamique à l’approfondissement des relations et de la coopération bilatérale ».

Malgré les démentis, le fait est que le Kremlin, frappé par les sanctions occidentales, est devenu de plus en plus tributaire du marché, des biens et des investissements chinois.

Le 21 août, huit jours avant la visite de Sullivan, lors de sa rencontre avec le Premier ministre russe Mikhaïl Mishustin, Li Qiang, passant outre les menaces de Washington, déclarait que la Chine était prête à travailler avec la Russie pour « renforcer la coopération pratique tous azimuts ». Selon les médias chinois, les deux citant « certains pays », ont, sans jamais mentionner la guerre en Ukraine, promis, de s’opposer fermement aux manœuvres visant à « entraver leur croissance économique, leur progrès technologique et leur développement international. »

Li a ajouté que leur objectif commun était, comme le répètent Xi Jinping et Vladimir Poutine depuis l’agression russe, de construire un ordre mondial multipolaire échappant à la domination occidentale.

*

Enfin, onze jours avant qu’au Grand Palais du Peuple, Sullivan et Xi Jinping soucieux d’éviter un dérapage de la relation, allaient, au milieu d’une longue suite de mèches explosives mal éteintes, exprimer leur souhait hypothétique « d’une relation stable entre deux grandes puissances respectueuses l’une de l’autre », au moment même où Li Qiang s’apprêtait à partir pour Moscou, le 19 août, Xi Jinping accueillait à Pékin, le nouveau secrétaire du parti communiste vietnamien et Président de l’État Tô Lâm, désigné à la suite du décès de son prédécesseur Nguyen Phu Trong, le 19 juillet.

Arrivés en Chine par Canton, à l’invitation du Président Xi Jinping, Tô Lâm et son épouse, accompagnés par cinq membres du Bureau Politique, ont, au son des 21 coups de canon protocolaires des visites d’État, été reçus à Pékin avec un faste exceptionnel.

Alors que ces dernières années la relation entre Pékin et Hanoï a été dominée par d’importantes aigreurs réciproques, notamment à propos des prétentions chinoises en mer de Chine du sud sur les eaux adjacentes aux Îles Paracel riches en hydrocarbures (lire : Explosion de violences anti-chinoises au Vietnam), l’ampleur des accords signés est étonnante.

Au milieu d’une série de promesses de coopération sur la connectivité internet, l’économie digitale, le système bancaire et financier, la santé et l’infrastructure ferroviaire, les deux ont signé un accord de défense et de sécurité comprenant des échanges réguliers entre les deux armées « à tous les niveaux », dit le communiqué en 12 points signé à la fin du voyage de Lâm, « y compris les échanges frontaliers, la coopération navale et – très sensible pour Hanoï - entre les garde-côtes. »

Dans l’actuelle situation stratégique marquée par la connivence anti-occidentale sino-russe qui s’exprime à des degrés divers sur les théâtres de guerre en Ukraine et au Moyen Orient, y compris par le ralliement des rancœurs postcoloniales de la nébuleuse du « Sud Global », la profession de foi pro-chinoise symbolisée par le premier voyage à l’étranger du nouveau nº1 vietnamien n’est pas anodine.

Pour Xi Jinping, elle constitue un contrepoids de taille aux branlebas antichinois des alliés japonais, philippins et australien de l’Amérique en Asie Pacifique (lire : Organisation de Coopération de Shanghai, réunion de l’OTAN et front sino-russe anti-occidental & Dangereuse escalade en mer de Chine du sud).

Pour Hanoï, elle trace les limites politiques du retour d’influence au Vietnam des États-Unis dont les escales de navires de guerre autorisées par l’appareil communiste pour affirmer sa stratégie d’équilibre entre Pékin et Washington, ont gagné en importance depuis 2018, plus de trois décennies après le désastre américain de 1975 (lire : Un porte-avions américain au Vietnam. Symbole des rivalités sino-américaines).

La crainte des deux régimes dont l’ADN ultime reste la préservation becs et ongles de la prévalence sans partage du parti unique, se lit dans les termes mêmes de leur déclaration commune. Stigmatisant la tendance historique de l’Amérique à s’ingérer dans les systèmes politiques non démocratiques pour les rectifier, les deux ont répété qu’ils étaient résolus « à favoriser l’éclosion d’un monde multipolaire égal et ordonné ainsi qu’une mondialisation économique inclusive et bénéfique ».

Surtout, ensemble, révélant que leur crainte n’était pas seulement de nature stratégique, mais bien celle d’une menace systémique contre leur régime politique, ils ont réaffirmé leur aversion à « toute ingérence étrangère dans les Affaires intérieures d’un pays tiers au prétexte de questions liées aux droits de l’homme. » (voir notre bref rappel sur le « Regime Change » : Bref rappel de l’histoire du « regime change »).


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

En Chine, Cheng Li-wun, accuse Lai Qing De de fomenter la guerre et célèbre la paix « d’Une seule Chine » prônée par Xi Jinping

La diplomatie de conciliation des contraires à l’épreuve de la guerre en Iran

Chine – Iran. Contre l’Occident, l’alliance de l’agnostique et du martyr

Le durcissement anti-occidental et les risques du Cheval de Feu

La longue saga du rapprochement révolutionnaire entre Caracas, Pékin et Téhéran