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Freinage. Causes structurelles ou effets de mauvais choix politiques. Doutes sur la stratégie de rupture avec la Chine

Zhongyuan Zoe Liu. Les effets néfastes de l’agressivité chinoise.

Originaire du Shandong, Docteur en relations internationales de l’Université John Hopkins Liu suggère un argument hors économie en expliquant la chute générale de confiance au sein de l’opinion chinoise par les retours de flamme provoqués par le sentiment de défiance diffusé en Occident par l’agressivité internationale de la Chine.

« De nombreux observateurs de la Chine sous-estiment à quel point la dégradation de la confiance occidentale dans la Chine a négativement affecté la volonté des Chinois de dépenser et de prendre des risques économiques. » En d’autres termes, dit-elle, « le pessimisme avec lequel l’étranger considère la Chine contribue à la perte massive de confiance de la population chinoise. »

Elle ajoute « Au fond, Xi Jinping [dont elle considère que la gouvernance est un échec] n’a pas construit la bombe à retardement de l’économie chinoise, mais il en a dramatiquement raccourci la mèche ».

Après quoi, elle exprime un point de vue qui mérite attention.

Rarement évoquée à propos des risques de conflit dans le détroit de Taïwan, elle met en doute la disponibilité indéfectible des familles chinoises à prendre le risque de sacrifier leur enfant unique dans un affrontement militaire dans le Détroit.

En substance, dit-elle « en augmentant l’activité militaire autour de Taiwan, Xi Jinping a alimenté la funeste perception qu’un conflit armé serait inévitable. » Mais selon elle, peu de familles de la génération de l’enfant unique seraient prêtes à prendre ce risque.

Au passage, sa perception, probablement juste, rejoint les conclusions de la longue enquête de terrain réalisée par deux enseignants chercheurs de Stanford d’origine chinoise, dont Jean-Paul Yacine avait rendu compte en mars dernier. Lire : Plongée dans le secret de l’opinion publique chinoise :

« S’il est exact que les sentiments patriotiques sont répandus, la majorité de l’opinion n’en soutiendrait par pour autant une déclaration de guerre. »

Adam S. Posen. Critique des politiques de « rupture »

Dans « The end of the China economic miracle », publié le 2 aout 2023, Adam S. Posen, Docteur en économie de Harvard estime que les actuelles difficultés sont la conséquence des erreurs de Xi Jinping, ayant augmenté les interférences du Parti dans le système économique chinois.

En même temps, il critique la stratégie américaine de rupture avec la Chine qui, selon lui, renforce et conforte l’autocratie du Parti communiste chinois dont la propagande tire profit de l’ostracisme infligé à la Chine pour légitimer le nationalisme anti-occidental des « caractéristiques chinoises. »

En substance, plus que le virus, le durcissement autoritaire de Xi Jinping depuis le début de la pandémie, est une des causes du freinage économique provoqué par le réflexe de défiance publique à un extrême interventionnisme ayant affaibli le dynamisme général de l’économie.

A l’appui de sa thèse, Posen cite la mise au pas de Jack Ma puni pour avoir critiqué le système financier chinois et la brutalité inouïe des confinements qu’il interprète comme le symptôme d’un autoritarisme débridé, que certains intellectuels chinois ont comparé à une « campagne d’enfermement de masse » dont le premier effet fut de détruire la confiance et d’installer la peur durable de l’arbitraire.

Par conséquent, dit Posen, le secteur privé chinois épargne davantage, investit moins et prend moins de risques, tandis que, plombé par la défiance, la machine économique est moins sensible aux politiques de relance. Parallèlement, la capacité du gouvernement à piloter l’économie et à la protéger des chocs macroéconomiques diminue.

« Conscients qu’une politique donnée peut être appliquée arbitrairement, mise en œuvre un jour et annulée le lendemain, les acteurs deviennent moins sensibles aux plans de relance. » (…)

(...) « Les résultats probables seront une économie plus volatile - conséquence de la baisse de l’efficacité des mesures macroéconomiques devenues incapables d’inciter les ménages et les petites entreprises à compenser les ralentissements - et une dette publique plus importante - car il faudra davantage de mesures de relance budgétaire pour obtenir l’impact souhaité -. » (...)

« Ces facteurs qui réduisent la productivité des investissements et exercent une pression sur le secteur privé, tirent mécaniquement la croissance économique vers le bas. »

Mais l’originalité des vues de Posen est qu’elles suggèrent de mettre fin aux actuelles politiques de rupture avec la Chine menées à Washington par consensus bipartisan. Prenant l’exemple du deuxième conflit mondial et de la guerre froide, il rappelle que ce sont les politiques d’ouverture qui triomphèrent des régimes autocrates.

Pour lui « la levée des barrières aux flux vers l’Amérique des talents et des capitaux chinois ne porterait pas atteinte à la prospérité ou à la sécurité nationale des États-Unis. En revanche en offrant une alternative libérale, elle rendrait plus difficile pour Pékin le maintien d’une croissance économique à la fois stable, autonome et sous le contrôle strict du parti. » (…)

« Comparée à la stratégie actuelle des États-Unis à l’égard de la Chine, plus conflictuelle, à la fois restrictive et punitive, la nouvelle approche [d’ouverture] réduirait le risque d’une dangereuse escalade entre Washington et Pékin et celui des divisions entre les alliés des États-Unis et les économies en développement. ».


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