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›› Politique intérieure

Expulsion de la journaliste Ursula Gauthier

Note de Contexte.

La densité des forces de sécurité au Xinjiang a été augmentée depuis les émeutes de 2009. Ce renforcement accompagne une forte augmentation du nombre de migrants Han. A Urumqi ces derniers comptent pour 1,7 millions contre seulement 300 000 Ouïghour.

Historiquement, les troubles au Xinjiang qui s’exacerbent depuis les années 90 prennent d’abord racine dans l’ancienne quête d’autonomie politique et d’indépendance remontant à trois courtes périodes du début du XXe siècle [1]. Elle est aujourd’hui relayée par le « Congrès Mondial des Ouïghour » créé en 2004 par les associations de Ouïghour en exil et par l’ETIM (East Turkestan Independance Movement).

Source première de la question de l’ancien Turkestan Oriental, la revendication politique, considérée par Pékin comme une « entreprise de nature terroriste dont le but est de diviser illégalement la Chine par des moyens légaux » est, avec l’immigration massive des Han le véritable ferment des heurts ethniques. Entre 1949 et 2008, la population Han est passée de 6,7% à 40%, tandis que, déjà en 2009, le rapport démographique à Urumqi, la capitale, était de 1,7 millions de Han pour seulement 310 000 Ouïghour.

La première caractéristique de l’immigration Han vers le Xinjiang est qu’elle fut d’abord le résultat d’une politique de peuplement destinée à augmenter la proportion des Han dans une région peuplée en majorité de Musulmans turcophones. A cette migration orchestrée par le pouvoir s’est ajoutée un mouvement spontané de migrants Han à la recherche d’un travail, alors que les zones de la côte Est étaient saturées.

Aux tensions nées des inégalités sociales entre immigrants Han et autochtones Ouïghour se sont progressivement ajoutées celles résultant d’une présence de forces de sécurité et d’encadrement de natures diverses (Unités de la Police Armée Populaire, Unités de développement paramilitaires ou « Bingtuan », forces de réserves) dont la densité à été augmentée à l’éclosion des troubles au milieu des années 1990.

En juillet 2009, ces exaspérations en partie provoquées par la sinisation rapide du Xinjiang, ont gravement dégénéré à Urumqi en une émeute des Ouïghour contre les Han, dont plus de 150 avaient trouvé la mort dans des conditions terribles en même temps qu’une cinquantaine de Ouïghour victimes de ripostes, alors que 1700 autres, Han et Ouïghour, avaient été plus ou moins gravement blessés.

Cet épisode tragique a sans conteste constitué une fracture dans l’histoire récente de la province. Source de la nervosité du Parti qui, en 2008, avait déjà été confronté à des émeutes de même gravité au Tibet, le terrible et sauvage accès de colère des Ouïghours d’Urumqi fut aussi à la racine de l’aggravation de la situation dans l’ancien Turkestan oriental. Après ces événements, les arrestations de masses et la disparition de suspects se sont multipliés.

Un des épisodes les plus significatifs de la nouvelle férocité du pouvoir à l’encontre de la communauté turcophone du Xinjiang eut lieu en décembre 2009, quand, au mépris de la convention internationale sur les réfugiés signée par Phnom-Penh, 20 Ouïghour, comprenant femmes et enfants avaient été rapatriés en Chine par avion spécial affrété par Pékin (Lire notre article Le poids de la Chine au Cambodge).

Sans qu’il soit possible de marquer avec précision le progressif glissement de l’arrière plan des troubles vers une radicalisation islamiste, on peut conjecturer que c’est probablement à partir des émeutes de 2009 et des répressions qui ont suivies, que l’Islam ouïghour jusque là relativement discret et apaisé, a commencé à afficher des signes ostentatoires de la pratique religieuse, exprimant aussi nombre de frustrations politiques.

Une enquête de la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera, en arabe, anglais, turc et serbo-croate, publiée en février 2014, indique que, parallèlement à la construction de mosquées officielles dont le nombre explose (plus de 10 000 érigées seulement entre 2006 et 2011) témoignant de l’augmentation de la foi religieuse dans la province, l’emprise des organisations d’écoles coraniques souterraines animées par des groupes salafistes basés au Moyen Orient se développe hors des contrôles policiers.

Leur nombre prolifère à mesure que les Ouïghours ressentent comme des vexations, voire des agressions, les intrusions de la police dans leur pratique religieuse dont certaines manifestations jugées trop ostentatoires sont réprimées, ce que le Parti nie vigoureusement (obligation de s’inscrire au Parti, harcèlement des fonctionnaires pratiquant le ramadan, chasse au voile intégral, au port de la barbe). Enfin, beaucoup d’attaques terroristes récentes trouvent leurs causes dans la répression brutale de rassemblements interdits ou les fouilles aux domiciles de suspects, suite à des dénonciations anonymes.

Mais le glissement ne s’arrête pas à la prolifération des signes religieux, aux prêches souterrains et aux réactions émotionnelles locales contre les répressions et les abus. Dans une zone géographique proche des foyers djihadistes de l’Asie Centrale, de l’Afghanistan et des zones tribales adjacentes, il est également porté par des infiltrations de la mouvance terroriste transnationale que les organisations comme Amnesty International passent sous silence, alors que même le Congrès Mondial des Ouïghour de Rebiya Kadeer, qui critique violemment le rôle de la Turquie dans les aller-retour de jeunes Ouïghour vers la Syrie, les a reconnues.
Lire aussi :
- « L’omerta » chinoise, le Xinjiang, la Turquie et les Salafistes
- La Chine et le péril du « Djihad »

*

L’expulsion d’Ursula Gauthier renvoie enfin aux très sévères contrôles exercés sur les journalistes et l’information depuis 2009 et dont les manifestations s’aggravent depuis 2012. Au Xinjiang l’information parcellaire (selon de responsables chinois locaux eux-mêmes, seulement 5% des incidents font l’objet de comptes rendus officiels) entraîne mécaniquement le recours par les journalistes aux sources parallèles comme Radio Free Asia. Mais la censure qui couvre les événements au Xinjiang est homothétique de celle qui frappe toute la sphère de l’information.

Selon une enquête de l’ONG « Committee to protect journalism » (CPJ), avec 49 journalistes sous les verrous en 2015, la Chine détient le record mondial du nombre de journalistes incarcérés. Récemment les autorités ont augmenté la pression sur les médias en faisant signer le 8 novembre à 50 média nationaux, un pacte où tous promirent de respecter le magistère du Parti et les intérêts de L’État.

Note(s) :

[1Province excentrée à la population aujourd’hui à forte minorité musulmane et turcophone, le Xinjiang a, au cours de l’histoire partiellement été contrôlée par les Han (60 av. JC), par les Tang (640 ap. JC) et enfin par la dynastie mongole Yuan (1260 - 1368). Sous les Ming, (1368 – 1644) la région était sous le contrôle des successeurs de Gengis Khan. L’islamisation des Ouïghour par la conquête turque se développa après le Xe siècle.

C’est l’empereur Qianlong des Qing qui acheva l’unification et l’annexion de la province de 1759 à 1884 après avoir massacré les Zunghar (ou Dzungar), nomades de religion tibétaine en lutte contre les Ouïghour turcophones, fermiers sédentaires du bassin du Tarim. Suivirent, organisées par la dynastie Qing, les premières migrations de tribus d’Asie Centrale, de Han et de Musulmans Hui qui, avec les Ouïghour devinrent les fermiers chargés de ravitailler les garnisons impériales.

La première revendication d’indépendance date de la fin des Qing (1911), suivie d’une rébellion de la région de Kashgar contre la République de Tchang Kai-chek en 1933 – 1934 qui aboutit à la formation de la très éphémère République Islamique du Turkestan Oriental écrasée par une opération militaire commandée par trois généraux musulmans Hui aidés par 5000 hommes et un soutien aérien dépêchés par Staline. Le troisième épisode d’indépendance (1944) de trois districts du nord de la province (Ili, Tabagataï et Altaï), cette fois soutenu par l’URSS, s’acheva à la prise de pouvoir des Communistes en 1949.

Le mouvement ETIM (East Turkestan Independance Mouvement) qui, comme le Congrès Mondial des Ouïghour, est placé par Pékin sur la liste des organisations terroristes, tire sa narration historique et ses prétentions d’indépendance de ces périodes. L’URSS qui disposait de relais d’immigrants russes dans la région, auxquels était lié le père de Rebiya Kadeer, ouïghour originaire de l’Altaï, agnostique devenu communiste, appuya épisodiquement les mouvements d’indépendance.


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