Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Editorial

En Asie la terreur nucléaire interdit la montée aux extrêmes. Mais la rivalité sino-américaine, freine l’apaisement

Entre volonté d’apaisement et rivalité systémique, Pékin et Washington sur le fil ambigu de la coopération anti-drogue.

La diffusion mortelle aux États-Unis via le Mexique du Fentanyl dont les précurseurs sont fabriqués en Chine, est devenue un des points majeurs derrière les défiances sino-américaines. Image, source : AP.


*

Sur le sujet du narcotrafic, la querelle avec Pékin s’échauffe depuis qu’à peine investi pour son second mandat, Donald Trump avait déclaré imposer des droits de douane à la Chine pour son rôle dans la contrebande de Fentanyl.

La réaction offusquée de Pékin où les élites n’ont pas oublié « les guerres de l’opium » imposées par la Compagnie des Indes Orientales britannique qui tentait de rééquilibrer ses comptes en imposant à l’Empire proche de sa chute, « le plus grand trafic de drogue tous les temps » était prévisible : La crise du fentanyl dit l’appareil, est « le problème des États-Unis » (…) « La Chine a déjà accompli un travail considérable pour y remédier. »

L’appareil ajoutait « Nous sommes prêts à coopérer concrètement avec les États-Unis sur la base de l’égalité et du respect mutuel. Cela dit, nous nous opposons fermement aux pressions, menaces et chantages exercés par les États-Unis sur la Chine au prétexte de la question du fentanyl ».

En réalité, la réplique outragée était de façade.

S’il est exact que, dans cette réplique moderne et à fronts renversés des guerres de l’opium, la mémoire de l’appareil n’est pas sans arrière-pensées, il est faux de dire que la Chine située à portée directe du Triangle d’Or qui concentrait les plus vastes cultures de pavot au monde, ne réagit pas au narcotrafic dont elle a historiquement été la victime.

La vérité est que l’appareil qui mesure la complexité de combattre sur son sol les officines clandestines de fabrication des précurseurs chimiques, par ailleurs utilisés légalement par son industrie pharmaceutique, semble s’intéresser à la question et pourrait être prêt à en faire d’avantage, y compris à coopérer avec Washington.

A la mi-juin, le ministre chinois de la Sécurité publique, Wang Xiaohong 王小洪, 68 ans, nommé en juin 2022, déclarait à l’ambassadeur des États-Unis en Chine, le conservateur républicain de la mouvance « MAGA », David Perdue en poste depuis le 29 avril 2025, que « Pékin était disposé à renforcer la coopération concrète en matière de contrôle des drogues » .

Les efforts de Pékin datent en réalité de 2019, quand le Fentanyl avait été ajouté à la liste des substances illicites dont le premier effet fut de réduire les flux d’exportation du produit fini vers les États-Unis.

Mais comme le soulignait Simone McCarty dans une analyse de CNN du 12 juillet, en six ans, les réseaux criminels se sont adaptés.

Aujourd’hui, ils vendent des précurseurs chimiques aux laboratoires mexicains des cartels qui fabriquent et expédient eux-mêmes le Fentanyl illégal aux États-Unis. S’il est exact que les autorités chinoises ont réagi en fermant des laboratoires clandestins et en sanctionnant lourdement les mafias qui y opèrent, Washington estime que Pékin devrait faire plus.

Un doute systémique.

Wang Xiaohong, ministre en charge de la sécurité d’État proche de Xi Jinping depuis leur passage commun au Fujian à la fin des années 90 est en charge de la lutte contre le narcotrafic. Pour autant dans l’ambiance de compétition stratégique sino-américaine, certains à Washington soupçonnent que l’efficacité anti-drogue pourrait souffrir du mauvais état de la relation bilatérale. Photo Reuters.


*

En somme en dépit de la conscience commune qu’un apaisement est vital pour éviter un dérapage militaire dans la zone Pacifique, six années après les premières mesures chinoises, l’ambiance bilatérale est moins propice à une coopération sur le Fentanyl.

Alors que durant son premier mandat, D. Trump avait avec emphase salué le « merveilleux geste humanitaire » de Xi Jinping, qui, en 2019 avait décidé de règlementer le Fentanyl, en 2025, il a en revanche entamé son deuxième mandat en ciblant la Chine qu’il accuse de « soutenir et de développer activement un commerce qui empoisonne les citoyens américains. »

L’argument laissant entendre que la Chine n’en fait pas assez est recevable. Il est rappelé par David Luckey, chercheur en droit international et défense à la Rand Corporation « La Chine est une économie dirigée qui contrôle très étroitement sa population. » (…) « Si l’appareil le voulait vraiment, il lui serait facile d’être plus efficace. » [3].

Il y a pire, pour Vanda Felbab-Brown chercheuse en stratégies de sécurité à la Brookings, la qualité des relations Chine – États-Unis pèse directement sur l’efficacité de la lutte contre les trafics de Fentanyl.

En substance, « La coopération chinoise en matière de lutte contre le narcotrafic est subordonnée aux objectifs géostratégiques de Pékin. » (…) « Ainsi, avec les pays avec lesquels elle entretient de bonnes relations ou souhaite en nouer, tout comme avec ceux qu’elle tente d’attirer dans sa sphère d’influence, la Chine renforce sa coopération, qu’elle assortit en général de conditions directement liées à ses intérêts stratégiques directs » (…) « En revanche, quand les relations sont conflictuelles, elle coopère moins efficacement ».

Note(s) :

[3En juin 2025, le ministère chinois de la Sécurité publique annonçait avoir en 2024, saisi plus de 26,7 tonnes de divers précurseurs chimiques. La police a mis à jour 37 000 cas de narcotrafic. 62 000 suspects ont été arrêtés. Au cours de 150 procès, ils ont été condamnés à des peines très sévères.

Mais les autorités chinoises reconnaissent également l’ampleur du problème. Un rapport récent soulignait que les canaux et les moyens de contrebande des précurseurs chimiques ne cessaient de s’adapter pour échapper aux contrôles et à la répression.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

En Chine, Cheng Li-wun, accuse Lai Qing De de fomenter la guerre et célèbre la paix « d’Une seule Chine » prônée par Xi Jinping

La diplomatie de conciliation des contraires à l’épreuve de la guerre en Iran

Chine – Iran. Contre l’Occident, l’alliance de l’agnostique et du martyr

Le durcissement anti-occidental et les risques du Cheval de Feu

La longue saga du rapprochement révolutionnaire entre Caracas, Pékin et Téhéran