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C.C.Eyes only. Pour les Conseillers du Commerce Extérieur confinés à Shanghai. Chapitre VI

-Happening ?

 Oui, les filles ont appelé comme ça, le petit spectacle qu’ils ont préparé à ton attention… C’est plutôt un numéro de cirque… Ils sont en train de fignoler leur numéro d’acrobatie…On a Pierre- Emmanuel en habit de sumo, avec un caleçon fabriqué à l’aide d’un gros cordon en drap tordu. Il est assis sur un matelas qu’un autre CCE poussera le moment venu…

Il devrait retomber trois bons mètres plus bas, sur un bout d’une planche en équilibre sur une caisse, comme une balançoire, tandis que, l’autre bout de la planche, Picora, dans son habit de superman - il a passé un slip rouge sur son pyjama bleu - par un effet de levier, s’envolera, projeté à six mètres de là, dans les bras de Rayon de lune qui l’attend dans un déshabillé de gaze transparente, sur une étagère tapissée de matelas en mousse…

De la haute voltige qu’il ne faut pas en aucun cas rater ! Oups… ! J’espère ne pas avoir trop spoiler le scénario et que cela ne va pas gâcher votre plaisir… Vous allez voir, ça va être mouvementé ! Pour être mouvementé, ce fut mouvementé…

Mais pas exactement comme prévu : en fait, les acrobates avaient pris un peu de retard et en étaient encore à la dernière mise au point…
L’arrivée inopinée de Yaume déstabilisa le programme ; les trois filles sautèrent de leurs places pour sauter au cou de Yaume et fêter les retrouvailles ; dans le même temps, Olivier Coalisé qui devait pousser Pierre-Emmanuel, le déséquilibra malencontreusement en voulant saluer son président de loin… Pierre-Emmanuel glissa de son matelas et chuta lourdement sur la planche… Fabien Picora qui s’était à moitié retourné, à califourchon, pour acclamer Guy Yaume, se prit de plein fouet dans l’entrejambe, la remontée subite de la planche, se retrouva projeté dans les airs, dans une direction par vraiment voulue et atterrit la tête la première sur un rack de caisses en carton…

Le costume de superman passablement déchiré et le nez en compote, Picora se remit péniblement sur pied et s’avança en se tortillant et en se tenant l’entrejambe de ses deux mains :
 Fi j’afais shu, je ne cherais pas fenu…

Guy Yaume le serra dans ses bras pour le consoler tandis qu’une des petites lui prodiguait affectueusement un massage pour soulager sa douleur…

A quelques mètres de là, Pierre-Emmanuel, dépenaillé, son caleçon de sumo partant à la dérive, s’avançait en boitant pour se joindre aux accolades…

Malgré le côté tragique de l’incident, Grodègue comme tous ceux qui l’entouraient eurent du mal à ne pas se tordre de rire…

 Dites donc… On ne doit pas s’ennuyer dans vos réunions de CCE du Sud… s’esclaffa-t-il, en se tournant vers Durjonc qui se gondolait à ses côtés…
 Vous ne croyez pas si bien dire… Mais encore, là, ils sont plutôt sages…

 Bon, ce n’est pas le tout, ce n’est pas que l’on est pressé mais l’heure du départ est proche… Remerciez chaleureusement vos collègues…

A l’intérieur du hall, les adieux allaient bon train, d’accolades en embrassades, d’étreintes éplorées en caresse torrides, de longs baisers langoureux ou petits bisous humides larmes…
Déchirant…

Le sbire de Weng s’impatientait…L’homme de main de Weng lui faisait de grands signes, pour lui signifier qu’il fallait partir au plus vite… Pourtant, Weng leur avait de nouveau affréter un avion… Ils n’étaient donc pas affectés par un horaire contraignant…

 Il refte deux vouteilles de chfampagne et des fiscuits à l’emmental… Faut fêter cha ! Annonça Picora qui revenait chargé de bouteilles et de paquets de biscuits…

Il reste aussi le petit tonneau de calva ! Cela serait dommage de le laisser s’abimer ! S’exclama Billon en fouillant dans son sac de réserves…

Une bonne demi-heure plus tard, ils lichaient les dernières gouttes, au grand désespoir de leur accompagnateur chinois qui tentait toujours désespérément de les décider à lever le camp…

Tout à coup, une détonation retentit suivi d’une explosion : un obus venait de traverser la tôle du hangar pour venir exploser dans les toilettes situées à l’arrière… Les racks remplis de palettes et de caisses amortirent le souffle et stoppèrent les éclats…

Bien entrainées, les filles furent les premières à se jeter au sol tandis que, décontenancés, les CCE regardaient la fumée et les flammes, sans comprendre vraiment ce qui venait de se passer… Il leur fallut quelques secondes et le bruit de fusillades à l’extérieur pour qu’ils commencent à se mettre à l’abri…

 C’était quoi ça ? Demanda Grodègue…

 Un lance-roquette… Lui répondit Rayon de Lune… Heureusement que les parois du hangar sont en papier-alu et qu’il a tiré entre deux rangée de racks…On l’a échappé belle…

Dehors, on entendait maintenant distinctement des échanges de coups de feu… C’était du lourd…

 Il y a au moins une mitrailleuse… jugea Grodègue…

 Deux… lui répondit Rayon de lune, et au moins une bonne douzaine d’armes automatiques…

 J’espère que personne n’était parti pisser… jura Durjonc… Faut que je fasse l’appel… Forci, t’es là ?

 Présent ! lui répondit une voix forte…

 Coalisé ?

 Présent…Celle-ci était plus étouffée… Elle provenait de dessous un matelas…Protection assez aléatoire face à des balles de 12,7 capables de traverser plusieurs millimètres de blindage…

 De Lalaitue ?

 Attends… Je suis en train d’appeler pour savoir si je suis garanti contre les risques de guerre…

 Picora ?

 Fe chuis là… Fleur de lotus et Lueur d’Espoir se desserrèrent un peu pour laisser passer un bras qui s’agitait sous elles…

 Larche ! Mais couche-toi ! Tu vas te faire zigouiller !

 Je cherche un froc ! Je ne veux pas que l’on me retrouve le cul nu !

 Couche-toi quand même… On te préfère les fesses à l’air plutôt que troué de part en part ! Puis revenant à son appel, il s’écria :

 J’ai oublié quelqu’un ?

 Je te remercie de penser à moi ! Lui lança Pascal Billon, vautré sous un rack, à quelques pas de lui… Je ne suis qu’un pauvre employé du consulat, alors, quand ça va mal, je disparais de ta liste ?

 Moi, je vais bien ! leur cria Yaume que Grodègue avait plaqué à terre, dès la première explosion…

Grodègue ne répondit pas à l’appel… D’ailleurs personne ne s’était préoccupé de son état de santé… Il venait de décrocher son téléphone… C’était Weng…

 Xiao Li me dit que personne n’est blessé ! tu confirmes ?

 Je confirme… Qu’est-ce que c’est ? Un coup de Zhang… ?

 Je ne sais pas encore… Si cela ne vient pas de lui, ça vient tout du moins des gens qu’il couvre… Puteborgne ! Ils sont venus en force sur ce coup-là… Heureusement que j’ai eu le temps de les voir venir… A quelques secondes près, vous étiez foutus !

Moi qui pestais parce que vous ne quittiez pas ce hangar assez vite… Finalement, vous avez bien fait de vous attarder… Cela m’a permis de mobiliser mes troupes… Ils vous auraient tiré dessus sur la route de l’aéroport, comme des lapins… Je n’aurais pas eu le temps d’intervenir…

Il y a encore pas mal de poches de résistance tout autour de vous… Il va falloir patienter un peu que je dégage et que je sécurise votre voie de sortie… Xiao Li vous fera signe quand vous pourrez bouger… Par contre, il va falloir que tu emmènes tout le monde avec toi… Je ne sais pas qui sont les fous qui vous canardent… Ils peuvent très bien avoir envie de se venger ou de vouloir éliminer tous les témoins… Va savoir… Ne prends aucun risque, pars avec toute ta troupe…

 On part où ?

 A l’aéroport, comme prévu… Vous avez un Airbus d’affaires, 319 CJ, qui vous attend… Il y a de quoi caser tout le monde, sans problème…

 Tu nous gâtes…

 Au point où j’en suis… De toute façon, il y a de fortes chances que je ne survive pas à ces hécatombes… Les gens que nous avons vexés vont sûrement vouloir me le faire payer… Quelque soit l’issue, il faudra bien trouver des coupables… Mais nous n’en sommes pas là… Je te quitte, Il y a encore du boulot sur la planche…

Au fait, dis bien à ton Roger de Lalaitue et à tous ses copains, que, bien entendu, il ne s’est rien passé… c’est un réservoir de fioul qui a explosé… L’assurance de la Zone Export de stockage prendra en charge les frais relatifs aux dégâts occasionnés par cette explosion… Je te fais signe dès que vous pourrez partir… A plus..

Ne restait plus à Grodègue que de transmettre les informations qu’il venait de recevoir…

 J’ai une bonne et une moins bonne nouvelle… Je commence par la bonne ; la voie est peu près dégagée… Nous allons pouvoir sortir, dans une quinzaine de minutes…La moins bonne, c’est que nous partons tous pour Chengdu… La situation est trop dangereuse ici… Nous ne savons pas exactement qui sont les terroristes qui nous ont pris pour cible… Le risque qu’ils continuent à s’en prendre à vous après notre départ est trop grand… Je suis désolé mais il va falloir que vous partiez avec nous…

Toujours sous le choc du tir de roquette, les CCE restaient amorphes et sans réaction…

 Vous m’avez bien compris ? Il va falloir que nous nous suiviez, moi, Guy Yaume et les demoiselles, jusqu’à Chengdu…

Le mot « demoiselles » reconnecta les neurones et soudain, la majorité des CCE poussèrent un cri de joie et sautèrent au cou des filles…Seul, de Lalaitue regardait son hangar sous douane dévasté, encore à moitié sonné…

 Ne vous en faites pas ; une équipe va nettoyer tout ça… Nous partons comme si nous n’avions jamais été là au moment de l’explosion… Vous serez averti, dans quelques jours, que l’explosion du chauffe-eau des toilettes a provoqué un début d’incendie… Vous pourrez alors signaler les dégâts et vous serez remboursé par l’assurance de la zone…

Il secouait la tête, hébété… K.O. debout… C’était quand même des années de travail qui venaient de se prendre une roquette… Son ami Larche, qui avait retrouvé une culotte décente, s’approcha de lui pour le réconforter…

 Moi, je rentre au Consulat… Il faut que je fasse un rapport au Consul Général…Annonça Pascal Billon

 Si vous pensez que votre plaque diplomatique résiste aux roquettes, allez-y… N’hésitez pas… Partez sans nous… Croyez vous un seul instant, que celui qui a tiré ce missile n’avait pas vu votre voiture sur le parking et qu’il ne savait pas que vous étiez dans le hangar ? Et vous pensez que maintenant il a trop honte et qu’il ne recommencera plus ?

 Je serais que toi, lui glissa Coalisé à l’oreille, suffisamment fort pour que tout le monde l’entende, je suivrais ses conseils… On a déjà eu un CCE qui a failli finir dans une oubliette et deux qui ont frôlé une inculpation pour trafic de drogues, juste parce qu’il s’est mis en colère… S’il te promets une roquette, il serait bien fichu de te l’envoyer… Crois-moi…

Pascal Billon hocha la tête…

 Mais qui f’est ches gens ? demanda Picora.

 Cela va être trop long pour rentrer dans les détails mais les gens que vous avez fâchés en donnant asile aux petites, sont des groupes puissants et mal intentionnés… Ils font tout pour essayer de les récupérer… Vous ne le réalisez que maintenant mais vous jouiez gros en les aidant…

Sa réponse ne les démoralisa pas d’un iota… Picora, Coalisé et Forci, tout au contraire, enserrèrent les petites, comme un serment pour les protéger encore…

 Bon, eh bien, puisque tout le monde est d’accord, on va se préparer… Dans un premier temps, vous prenez toutes vos affaires et on se réfugie au fond du hangar entre les racks…

S’ensuivit un va et vient désordonné où chacun essayait, tant bien que mal, de rassembler ses effets personnels tout en restant autant que faire se peut au ras du sol… Ce fut une sacrée pagaille qui ramena un peu de gaité dans le hangar…

 Chef ! Je crois bien que nous avons un problème, s’écria Roger de Lalaitue …

 Quoi encore ? lui demanda Grodègue

 C’est Yaume, notre président… Il a couru pour tenter de convaincre Pascal Billon de ne pas repartir seul… Mais arrivés au bout du parking, je crois bien qu’ils se sont faits enlever…

 Mais par tous les saints du ciel ! Je leur avais bien dit de rester tranquilles et de ne pas bouger ! Son téléphone se mit à sonner…

 C’est quoi ce bordel ! S’écria Weng à l’autre bout du fil ! C’est qui ces deux gus ! Puteborgne ! Tu n’as que sept moutons à garder et tu m’en perds deux !

 J’y peux rien… Ils en font qu’à leur tête et ils ne se rendent pas compte du danger… On a perdu Yaume une nouvelle fois et un employé du consulat, par dessus le marché ! Et merde…

 Puteborgne ! Mais vous êtes vraiment des branques ! Tes conneries ont eu au moins un effet positif… Ils ont dû estimer avoir ce qu’ils voulaient parce qu’ils ont, semble-t-il levé le camp…

Xiao li, l’air renfrogné, apparut devant le portail… Lui aussi venait sûrement de recevoir un savon… Il fit un signe à Grodègue pour lui signaler que la voie était libre…

 Vous restez bien en file indienne derrière moi et à la moindre alerte, couchez-vous au sol… !

Un peu plus loin, stationnaient une automitrailleuse et un minibus… Sur le parking, trois véhicules finissaient de brûler et plusieurs corps, jonchaient le sol…

La vue des cadavres déchiquetés, ajoutée à la disparition violente de Yaume et de Billion jeta un froid plus que glacial… Seules les filles ne paraissaient pas trop secouées et chuchotaient sur les banquettes arrières du mini-bus… Le lourd silence pesant des autres occupants fut rompu, quelques minutes plus tard, alors qu’ils approchaient de l’aéroport, par Durjonc qui fixait Grodègue d’un regard ébaubi et fasciné :

 Nos collègues de Shanghai vous ont surnommé « Terminator »…

 Oui… Et alors ?

 Je crois qu’il vous ont légèrement sous-estimé…


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