›› Politique intérieure
Après avoir, en 2004 et 2006, souligné l’engagement des forces de l’APL dans les opérations de maintien de la paix, les rédacteurs du Livre Blanc 2008 insistent particulièrement sur les actions des armées en temps de paix. Cette préoccupation montre combien les autorités chinoises ont compris que cette expertise est indispensable à une force armée moderne. Cette nouvelle priorité, qui consiste à mettre au service de la protection civile des moyens militaires de haute technologie là où par le passé l’armée chinoise déployait essentiellement des « bras », porte sans aucun doute aussi la marque des enseignements des récentes interventions qui ont démontré les limites des capacités de l’APL, en particulier celles de 2008 (intempéries dans le sud en janvier et tremblement de terre au Sichuan en mai). Enfin, la ligne du gouvernement chinois actuel en matière de politique intérieure (développement d’une société harmonieuse et effort sur le bien être et le bien vivre des populations) rendra dans l’avenir cette mission « défense territoriale et protection civile » de plus en plus prégnante pour l’APL.
Le Livre Blanc 2008 se veut « plus complet et plus large » car, pour la première fois, la Chine aborde dans un document public ses exportations et importations d’armement sous la forme d’un tableau très simple où sont regroupés les 9 importateurs d’armement chinois et la Chine, unique fournisseur aujourd’hui.
Enfin, s’agissant du budget qui soulève chaque année des interrogations, le Livre Blanc profite du 30e anniversaire des réformes de Deng Xiaoping pour livrer un tableau synoptique des dépenses de défense de la RPC depuis 1978. On y découvre sans surprise que l’augmentation du budget de la défense récemment annoncée pour 2009 (+14.9 %) est la 19e augmentation à deux chiffres consécutives. Mais le tableau est surtout sensé montrer la modestie des efforts de défense au regard du PIB. En période de crise et tandis que la modernisation de la défense a toujours été subordonnée au développement économique, ce tableau peut aussi être un message à usage interne pour les décideurs chinois afin de leur démontrer que la crédibilité de l’APL et, partant, de la Chine nécéssite un effort conséquent qu’il convient de ne pas relacher.
S’il est indéniable que la Chine s’adapte lentement à une certaine obligation de transparence vis-à-vis de la communauté internationale, ce Livre Blanc reste un document de relations publiques de portée très générale dont l’analyse ne peut satisfaire les experts.
Tout d’abord cela reste un document superficiel. Comment avoir une idée claire des perceptions sécuritaire de la Chine quand ce chapitre, dénué de carte, reste très général et se limite à quatre pages et demie !
Par ailleurs, le Livre Blanc ne comporte aucun organigramme alors que précisément les chaînes de commandement et les mécanismes de prises de décision sont au cœur des interrogations internationales sur le système de défense chinois.
S’agissant des différentes armées et services, la partie historique, plutôt superflue pour les trois armées est au contraire éludée pour la Police Armée Populaire alors que la façon dont cette structure s’est développée depuis les années 80 et progressivement integrée aux armées en passant pour partie sous la coupe de la Commission Militaire Centrale est précisément mal connue. Le chapitre relatif à la Deuxième Artillerie est quant à lui purement simpliste et n’apporte rien aux éléments déjà connus.
Une analyse relative aux capacités montre aussi combien le Livre Blanc 2008 est incomplet.
Le Livre Blanc énonce des expertises à développer et des capacités à acquérir (projection, aéromobilité, logistique, commandement et contrôle entre autres) mais à aucun moment il ne mentionne les grands projets d’équipement nécessaires aux forces pour concrétiser ces priorités (des réseaux de communication aux appareils de transport stratégique ou bien sûr au porte-avions).

