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A Moscou, le 9 mai, Xi Jinping réaligne l’histoire chinoise sur le narratif de Vladimir Poutine, resserre les liens sino-russes et conforte le statut global de la Chine

ANNEXE.
Le renforcement des liens sino-russes.


Source : Institut Mercator d’études chinoises (MERICS).

La présence de Xi Jinping au défilé du 9 mai à Moscou est le dernier jalon du rapprochement entre Moscou et Pékin. Dans ce « couple », il est clair que la Russie dépend plus de la Chine que l’inverse.

C’est pourquoi V. Poutine s’efforce de maintenir la Chine à ses côtés ne serait-ce que pour opposer un démenti aux discours glosant sur l’isolement de la Russie.

Le 9 mai à côté de Xi Jinping, invité d’honneur de premier rang, étaient présents des dirigeants de l’Arménie, de l’Azerbaijan, du Belarus, de Bosnie Herzegovine, du Burkina Faso, du Congo, de Cuba, d’Egypte, de Guinée Équatoriale de l’Éthiopie, de Guinée Bissau, du Kazakhstan, du Kyrgyzstan, du Laos, de la Mongolia, du Myanmar, de la Palestine, du Tajikistan, du Turkmenistan, de l’Uzbekistan, du Venezuela, du Vietnam, et du Zimbabwe.

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, Pékin a, malgré l’embargo, augmenté ses exportations de hautes technologies et ses achats de gaz et de pétrole.


*

La séquence de la présence de Xi Jinping au défilé du 9 mai à Moscou montre que, pour l’instant, Pékin considère toujours la Russie comme un partenaire stratégique indispensable. Dans le cadre de ses calculs géopolitiques plus larges, le renforcement du partenariat sino-russe s’étend en effet au-delà du conflit ukrainien.

La Russie est notamment un partenaire précieux dans le ralliement des pays du Sud autour du projet de construction d’un ordre mondial alternatif capable de faire pièce à la domination occidentale.

Les avantages sont partagés.

Non seulement l’alignement sino-russe a permis à Moscou de poursuivre sa guerre contre l’Ukraine en lui prodiguant des équipements de haute technologie à caractère dual et en lui achetant ses hydrocarbures, mais en même temps, fixant l’Alliance atlantique en Europe, il a pour l’instant, au grand soulagement de Pékin, détournée de toute ambition dans la région indopacifique.

Pour autant, l’objectif de la Maison Blanche de se désengager coûte que coûte du théâtre européen, y compris par un accord de paix conclu au détriment de Kiev, laisse planer l’hypothèse d’un renforcement militaire américain dans la zone Pacifique, notamment pour dissuader une agression militaire directe de l’APL contre Taïwan.

Enfin, on aurait tort de croire que l’alignement sino-russe serait aussi solide qu’une véritable alliance. Pékin le voit plutôt comme l’opportunisme pragmatique de ceux qui « partagent le même lit, sans partager les mêmes rêves. 同床 不 同的 梦想. »

Autrement dit, le partenariat « sans limites » reste borné par les intérêts nationaux de chacun. Il est notamment défini par les réalités géopolitiques changeantes ainsi que par leurs relations respectives avec l’Occident.

S’il est exact que dans un monde où les principes démocratiques sont en recul, subjugués par la tentation de la force, les deux sont à la fois animés par une intention révisionniste de l’ordre mondial et la détermination à protéger leur modèle autocrate, il n’en est pas moins vrai que la nature de leurs relations avec les démocraties occidentales européenne et américaine ne coïncide pas exactement.

Le meilleur exemple de cette différence exprimant le souci chinois de préserver les débouchés de son appareil productif aux États-Unis est le récent accord établissant une structure permanente de négociations sino-américaine.

Le fait que la délégation chinoise pour dialoguer avec le Secrétaire d’État au Trésor Scott Bessent soit conduite par He Lifeng, l’un des amis les proches de Xi Jinping, est une des plus solides indications de l’importance que Pékin accorde à ce processus.

Le reste est un jeu d’affichages.

Quand D. Trump s’adresse directement à V. Poutine, Pékin réaffirme aussitôt son partenariat « sans limites » avec Moscou comme pour éviter d’être marginalisé dans une dynamique où en Ukraine, Washington, qui vient de préempter les gisements de « terres rares », dont la richesse reste cependant à confirmer, a pris une longueur d’avance.

Concrètement la proximité sino-russe se lit dans les chiffres du commerce bilatéral et le resserrement des liens militaires.

1. Commerce bilatéral.

Par rapport à 2021, un an avant le début de la guerre en Ukraine, le commerce bilatéral a atteint un record de 245 milliards de dollars en 2024, soit +66%. Ce progrès est notamment dû à la forte hausse des exportations chinoises de biens à double usage civil et militaire, tels que des équipements informatiques et de télécommunications, et, de plus en plus, des machines-outils de pointe et des équipements de fabrication de puces électroniques.

Contournant les embargos, les importations chinoises de pétrole brut russe ont atteint un record de 62,26 milliards de dollars, soit 54% de plus qu’en 2021, un an avant que les États-Unis, l’UE et d’autres pays du G7 ne sanctionnent les exportations de pétrole russe.

Près de 40% du commerce international de la Russie est désormais libellé en yuans chinois, contre seulement 2% en janvier 2022.

2. Exercices militaires conjoints.

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, les exercices militaires bilatéraux sino-russes ont considérablement augmenté en nombre, en ampleur et en portée géographique.

Depuis 2003, la Russie et la Chine ont organisé plus de 90 exercices militaires conjoints, couvrant des opérations terrestres, navales, aériennes et multi-domaines. Près d’un tiers d’entre eux ont eu lieu depuis février 2022.

Au cours de la seule année 2024, les deux ont conduit 11 exercices conjoints. De plus en plus sophistiqués, ces derniers se sont déroulés le plus souvent dans des régions stratégiquement sensibles où la Chine est confrontée à des tensions maritimes, comme la mer Jaune, la mer de Chine orientale, la mer de Chine méridionale et autour de l’Alaska.

Répondant à des objectifs opérationnels concrets, les exercices témoignent aussi d’un alignement politique face à des rivaux régionaux. Parmi les étapes clés de 2024, citons leur première patrouille navale conjointe dans l’océan Arctique et la première collaboration entre garde-côtes.

La croissance la plus importante a concerné les exercices navals et aériens, qui représentent ensemble 22 des 27 exercices depuis 2022. Au cours de cette période, les deux États ont mené 16 exercices navals conjoints, dont sept en 2024, ainsi que neuf patrouilles aériennes conjointes depuis 2019.

Les autres types d’exercices, comme les exercices terrestres et paramilitaires, sont devenus moins fréquents, reflétant également le fait que les forces terrestres russes ont été fortement impactées par la guerre contre l’Ukraine.


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