›› Politique intérieure
ANNEXE.
5e Plenum. Résumé du rapport.
L’idée maîtresse du rapport est sans conteste la quête d’autosuffisance dans un environnement où le Parti a bien noté que ses anciens partenaires occidentaux principaux contributeurs au développement technologique du pays sont aujourd’hui animés par des sentiments de défiance.
Les modalités pour surmonter les défis sur la route d’une plus grande indépendance de la Chine sont restées floues. Elles seront progressivement rendues publiques par chaque ministère concerné avant la synthèse officielle de l’adoption par l’ANP en mars 2021.
Croissance.
Le premier objectif reste la poursuite de la croissance avec la satisfaction qu’en dépit de l’épidémie, la Chine sera probablement la seule grande économie à pouvoir afficher un chiffre positif en 2020.
Pourtant la prudence est de mise. Alors que cette année on s’attend à un PNB de 14 920 Mds de $, soit +4% par rapport à 2019, au lieu de garantir le doublement quantitatif par rapport à 2009, le Parti fait l’impasse sur les chiffres et tourne plutôt son attention vers les progrès qualitatifs.
A plus long terme, en 2035, dit-il et il n’y a là rien de neuf, la Chine aura atteint le niveau d’une société socialiste de conforme modeste 小康社会.
Consommation intérieure.
En économie, première indication du rapport d’une quête d’autonomie, l’accent est mis sur la bascule vers l’importance accrue de la consommation intérieure, mis en avant par le slogan de la circulation duale, 双循环 avec cependant peu de détails sur les modalités de la bascule par rapport à notre article du 24 octobre dernier évoquant la décision du pouvoir de créer de vastes zones intégrées facilitant les échanges internes : La Chine, le Monde et les flux de capitaux. Quels risques de « découplage » ?
En arrière-plan persiste le souci de la banque centrale d’un juste équilibre entre la relance budgétaire et la rigueur d’une politique de l’offre.
Innovation.
Naturellement, le secteur des hautes technologies est l’autre point focal du souci d’indépendance stratégique.
Dans un contexte où la valeur ajoutée chinoise dans les chaînes de production reste faible – (la part chinoise d’un iPhone Apple est à peine de 9 $, sur un prix moyen à l’usine de 237 $ soit 3,8%) et alors que les États-Unis mènent une guerre brutale contre Huawei (lire nos articles Huawei sévèrement touché, mais pas coulé. La guerre sera longue et difficile et Huawei fragilisé.Nokia et Ericsson reprennent des couleurs. Bataille au couteau des nouveaux venus chinois du portable), le Parti ressent l’urgente nécessité de développer l’innovation proprement chinoise pour en faire dit le communiqué « le pilier du développement national et de l’indépendance stratégique ».
Là aussi, c’est à l’année 2035, fréquemment mise en avant, que le Parti fixe l’échéance pour mener à bien l’essentiel du « rêve chinois », dont l’accomplissement ultime est fixé à 2049 au centenaire de sa prise du pouvoir [2].
Modernisation des forces armées
Sans surprise, la mention des priorités accordées au progrès technologiques a aussi englobé le renforcement des capacités militaires de l’APL pour améliorer la posture stratégique de la Chine face aux États-Unis – dont le nom n’est cependant pas cité -.
A ce sujet, pour contrer les critiques que la Chine se lancerait dans une course aux armements, le discours stéréotypé de l’appareil répète que sa montée en puissance militaire correspond à sa croissance.
L’affirmation n’est pas exacte. Selon le CSIS de Washington, la hausse du budget de la défense est depuis 2014 – année à laquelle elle était encore supérieur à +12% - est toujours supérieure à celle du PNB, entre +7,2% en 2017 et 9,8% en 2015. En 2020, elle n’était certes que de +6,1%. Mais elle sera encore clairement supérieure à la croissance de l’économie.
Énergie, environnement.
Le paragraphe du document public consacré à l’énergie insiste sur le rapport entre l’environnement, la part des ressources fossiles et les émissions carbone, sans cependant donner de précisions chiffrées.
En dépit des signes très encourageants attestant de l’augmentation de la part des énergies propres dans le mix énergétique (chiffres de mars 2020 : Charbon 64%, renouvelables 28%, Nucléaire 5%, Gaz 3%), la politique énergétique reste toujours marquée par la pression de contraintes opposées.
Celle de la rémanence du charbon, et celle du souci de l’appareil de tenir ses promesses de réduire son empreinte carbone.
Par ailleurs, alors que le secteur recèle une importance stratégique de premier ordre, le rapport ne fait aucune allusion à la constitution d’éventuelles réserves en lien avec la préoccupation d’indépendance énergétique.
Réformes.
Le rapport est resté muet sur leur versant politique en précisant cependant qu’un effort serait consacré à l’ajustement du pays aux lois du marché.
Alors que nombre d’économistes pointent du doigt l’aggravation des contrastes de revenus, une avancée majeure est promise pour réformer les droits de propriété foncière et immobilière ; le développement des régions sera mieux coordonné entre les zones côtières de l’Est et l’intérieur (un souci que le parti exprime depuis au moins 20 ans par le slogan Xibu Da Kaifa – 西部大开发), tandis que le déséquilibre socio-économique villes-campagnes sera réduit dans le cadre d’un vaste plan d’urbanisation s’inscrivant lui-même dans le schéma de la « circulation duale ».
Vieillissement de la population.
Après l’abandon en 2015 de la politique de l’enfant unique, les réformes dont aucune modalité n’a été dévoilée, viseront aussi à réduire les effets du vieillissement et à mieux prendre en compte les besoins des anciens. Les défis sont considérables, mais le rapport n’a fait que les effleurer. Ils concernent les rapports de générations, les retraités et la santé.
Lire :
- Fin de la politique de l’enfant unique.
- Urbanisation, mutations sociales et défaillances du lien filial.
- Le trou sans fond des caisses de retraite. Les groupes publics sur la sellette.
- Systèmes de santé chinois : clés de décryptage.
Hong Kong, Macao, Taïwan.
Enfin, la dernière partie évoquait de manière tout aussi elliptique les RAS de Hong Kong et Macao, vue sous les seuls angles de la stabilité politique et du « développement ».
Quant à la situation à Taïwan, elle a été évoquée avec une remarquable fixité sans la moindre allusion à la volonté des Taïwanais qui, à chaque scrutin et au fil des sondages rejettent unanimement la soumission de l’Île à une Chine dirigée par l’autocratie du parti communiste chinois.
L’objectif inflexible reste la réunification. Si possible pacifique et, au besoin par la force.
Note(s) :
[2] Certains font aussi le parallèle avec Mao. Il est vrai qu’à sa mort d’un infarctus en 1976 Mao avait 83 ans. L’âge qu’aura atteint Xi Jinping en 2035. Mais malade depuis le début des années 70, la voix de Mao ne comptait plus dans l’appareil.
En 2027, Xi Jinping aura 74 ans. Contrairement à ses deux prédécesseurs, Jiang Zemin et Hu Jintao, l’actuel n°1 s’est gardé de paver la route du pouvoir à un successeur.
