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›› Editorial

Sur son flanc sud, Pékin revisite ses tensions avec l’Inde et cherche le chemin d’une improbable médiation entre Islamabad et Kabul

Accommoder les contraires. Le grand écart chinois aux fins de stabilité intérieure.

Le 20 août, Wang Yi rencontrait à Kaboul, le MAE afghan Amir Khan Muttaqi (photo AFP publiée par le ministère des AE afghan.)


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Ce n’est pas la première fois que la Chine préoccupée par les risques de contagion islamiste vers le Xinjiang où sévit l’East Turkistan Islamic Movement (ETIM) bras armé salafiste des actions terroristes au Xinjiang prônant l’instauration d’un État islamique régi par la Charia, tente le grand écart d’accommoder le régime de Kaboul explicitement dénoncé par un rapport mondial de Human Rights Watch de 2025.

On y retrouve la violente discrimination des femmes, les meurtres extrajudiciaires, les disparitions forcées et les tortures, les attaques contre les médias et l’incessant harcèlement de la société civile.

Le 28 juillet 2021, le Parti avait déjà reçu à Tianjin une délégation de Talibans conduite par Mullah Abdul Ghani Barada, libéré par Washington en 2018. La rencontre avait eu lieu seize mois après que Mike Pompeo lui-même alors Secrétaire d’État aux AE, l’avait rencontré à Doha.

A l’époque l’infatigable Wang Yi se plaçait déjà dans la logique du conciliateur faisant valoir les capacités chinoises à aider au relèvement du pays. Il rappelait la position officielle de Pékin qui n’a pas changé pour qui « les Talibans afghans, force militaire et politique importante en Afghanistan, devraient jouer un rôle essentiel dans le processus de paix, de réconciliation et de reconstruction du pays. »

En même temps, revenant sur le souci majeur de la sécurité du Xinjiang, que Pékin n’a jamais perdu de vue, Wang n’avait pas manqué de rappeler à Barada que l’ETIM était une organisation internationale terroriste, posant une menace directe à la sécurité et l’intégrité territoriale de la Chine.

« La combattre, avait-il dit, est une responsabilité de la communauté internationale. Nous espérons que les talibans afghans se démarqueront nettement de toutes les organisations terroristes, y compris de l’ETIM, et qu’ils les combattront résolument et efficacement pour créer les conditions propices à la sécurité, la stabilité, le développement et la coopération dans la région. »

Tel est l’arrière-plan directement lié à la sécurité intérieure de la Chine, qu’il est nécessaire de garder en mémoire, pour comprendre les insistants efforts de Pékin visant à garder ouverts les contacts avec les Talibans.

La constance à maintenir avec eux un dialogue en dépit de leur islamo-nationalisme infiltré par des extrémistes radicaux, s’explique aussi par le fait qu’ils ont triomphé de l’OTAN, un exploit qui, aux yeux de Pékin dont la stratégie internationale rapprochée de la Russie et de l’Iran, est clairement anti-occidentale, leur confère un charisme particulier.

Il n’empêche que la préoccupation pragmatique, prévalant dans l’appréciation chinoise reste le souci de sécurité intérieure.

Le communiqué officiel rendant compte de la rencontre entre Wang Yi et Amir Khan Muttaqi, le MAE afghan, ne mentionnait aucun groupe terroriste, mais un rapport de Xinhua qui exprimait un souci de sécurité intérieure, évoquait explicitement le Mouvement islamique du Turkestan oriental.

En même temps, il faut mesurer l’extraordinaire complexité du projet de conciliation trilatérale que la diplomatie chinoise poursuit avec une constance exemplaire.

L’illusion de l’apaisement par le développement et la puissance des vents contraires.

Le Pakistan est aux prises avec une nouvelle phase meurtrière de sa guerre contre le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), également connu sous le nom de Talibans pakistanais. La prise de contrôle de l’Afghanistan par les Talibans afghans en 2021 a, non seulement, enhardi le TTP, mais a également offert aux militants un nouveau refuge en Afghanistan même pour mener des opérations contre les forces de sécurité pakistanaises. Photo International Institute for Strategic Studies Londres.


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Chacun sait que le brutal retrait américain d’Afghanistan a eu des conséquences durables en particulier sur le Pakistan, aux prises avec une récente recrudescence du terrorisme avec la résurgence du TTP, ou Tehrik-e-Taliban Pakistan, ayant des bases arrières en territoire afghan, et dont les liens avec l’État islamique dans la province du Khorasan – ISKP – se sont renforcés.

Récemment le TTP a même informé le gouvernement pakistanais de son intention d’appliquer la charia comme en Afghanistan. Impossible d’être plus menaçant.

Pour atteindre ses objectifs, le TPP a, en 2024 – considérée par Islamabad comme l’année la plus meurtrière depuis dix ans -, augmenté ses attaques terroristes de 40% par rapport à 2023. Le bilan récemment rendu public est de 905 attaques, ayant fait 1 177 morts et 1 292 blessés. Les premières cibles des attentats étaient d’abord les personnels des forces armées pakistanaises.

Dans cet environnement en feu, où le terrorisme islamiste générateur d’épouvante et de haine s’applique avec un cruel cynisme à occulter tout espoir de conciliation, le Global Times en est réduit à se satisfaire d’un succès a minima, dont une partie – le désir de paix de toutes les parties – procède d’ailleurs d’un vœu pieux.

« La poursuite du dialogue trilatéral souligne un point important : les trois parties continuent de reconnaître la paix et le développement. (...) le simple fait de s’asseoir ensemble témoigne non seulement d’une volonté politique, mais aussi de la reconnaissance qu’aucun pays ne peut y parvenir seul. »

Alors que les attentats terroristes ne cessent de souffler sur les braises du fanatisme et de l’esprit de vengeance, poussant le volontarisme à ses limites, l’article élargit même l’utilité de la « Trilatérale » au-delà des questions de sécurité, à l’aide humanitaire, à la réduction de la pauvreté, à la coopération santé et, spécialité sans égale de la Chine et de ses entreprises publiques de construction, aux projets d’infrastructure.

Dans le viseur de l’appareil, le prochain sommet de l’OCS à Tianjin où Pékin semble, sans le dire explicitement, nourrir l’idée de l’intégration de l’Afghanistan déjà observateur, aux côtés du Pakistan et de l’Inde, membres à part entière depuis 2017 [3].

Née en 1996, à l’initiative de la Russie et de la Chine avec 4 pays d’Asie Centrale, pour faire pièce aux opérations d’influence de Washington dans l’ancienne Asie Centrale soviétique, le « Groupe de Shanghai » devenu l’OCS en 2001, n’a cessé de développer une stratégie de contrepoids à l’Amérique qui s’est durcie avec l’entrée de l’Iran en 2023.

En accueillant l’Afghanistan comme membre observateur, après le retrait de l’Amérique, la Chine qui affiche ses intentions de favoriser la stabilité régionale, tente, toujours par opposition à Washington, un grand écart avec un foyer mondial de l’Islam radical en espérant combattre les menées terroristes au Xinjiang du « Mouvement islamique du Turkestan Oriental - ETIM – pour East Turkestan Islamic movement. »

Si l’objectif d’apaisement sous contrôle chinois était atteint – ce qui, on l’a vu reste aléatoire, – l’Afghanistan développé grâce à la Chine et ses compagnies d’infrastructures publiques, serait aussi un point de transit stratégique pour les importations d’hydrocarbures en provenance du Moyen Orient.

Note(s) :

[3Pour mémoire, les membres de l’OCS dont les langues officielles sont le Chinois et le Russe sont la Chine, la Russie, le Tadjikistan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kygyzstan (fondateurs). En 2017, le groupe s’est élargi à l’Inde et au Pakistan. En 2023, il a accueilli l’Iran.

Il compte aussi 3 membres observateurs : Mongolie, la Biélorussie et l’Afghanistan et 14 partenaires de dialogue : Sri Lanka, Turquie, Cambodge, Azerbaïdjan, Népal, Arménie, Égypte, Qatar, Arabie Saoudite, Bahrain, Koweit, Myanmar, Maldives, et Émirats.


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