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›› Editorial

Mise en scène politique de la 14e ANP. Loyauté toujours. Compétence souvent

Un chef pour la bataille de l’indépendance technologique.

Désormais la bataille a un chef de guerre. Il s’appelle He Lifeng, 何立峰, 67 ans. n°13 du nouveau Bureau Politique depuis de 20e Congrès, actuellement patron de la CNRD, il remplace Liu He 刘鹤, 70 ans, à la tête du ministère de l’économie et des finances.

Moins formé à l’international que son prédécesseur, diplômé d’administration publique de Harvard et contributeur du rapport « China 2030 », cosigné par Robert Zoellik, président de la Banque Mondiale de 2007 à 2012 et Li Keqiang le Premier Ministre sortant, He Lifeng, le nouveau maître de l’économie de la Chine, titulaire d’un doctorat d’économie de l’Université de Xiamen obtenu à 43 ans par le programme de promotion interne des cadres, est un des nouveaux promus parmi les plus proches amis de Xi Jinping.

En 1987, il était invité au deuxième mariage de Xi avec Peng Liyuan et leurs liens d’amitié datent de l’époque où He, alors en charge de Quanzhou, avait fait découvrir la ville de Xiamen où il est né, à Xi Jinping quand ce dernier avait été nommé vice-maire de la ville en 1985. Ils avaient alors 30 et 32 ans et étaient deux fonctionnaires du Parti en poste à moins de 100 km l’un de l’autre.

En janvier 2019, He avait rédigé un essai aligné sur la pensée politique de Xi Jinping soulignant les priorités de développement, axées sur l’urgence de protéger l’indépendance des chaînes d’approvisionnement, notamment celles de hautes-technologies comme les microprocesseurs, contre les risques de rupture.

Au passage He Lifeng dont les projets d’autonomie stratégique dans le domaine des hautes technologiques exigent de gros investissements devra aussi faire face au ralentissement de la croissance tombée à 3% en moyenne en 2022 et à la persistance des dysfonctionnements structurels entraînant un mauvais partage de la richesse et des filets sociaux encore inégaux. Pour 2023 la croissance a été fixée à +5%, quand la banque mondiale la prévoit à +4,5%.

Un ministre de la défense sanctionné par l’Amérique. Un budget militaire en hausse.

Une autre nomination s’inscrivant dans la droite ligne de la rivalité avec l’Amérique est celle du nouveau ministre de la Défense, le général Li Shangfu 李尚福, 65 ans.

Ingénieur de l’aérospatiale, comme Yuan Jiajun, 袁家军 entré au Bureau Politique en octobre, le général Li, ancien n°2 de la toute nouvelle « Division de soutien stratégique  » créée en 2015 opérant sur « les théâtres de l’espace et de la cyberguerre  » a été promu en 2017 chef du département équipement de la Commission militaire centrale.

A ce titre, il faisait partie de la charrette des responsables chinois de l’équipement militaire sanctionnés en septembre 2018 par Washington pour avoir participé aux transferts à la Chine des équipements d’origine russe de chasseurs de combat Su-35 et du système de missiles sol-air S-400.

Nombre de commentateurs ont relevé l’augmentation du budget de la défense comme l’effet du raidissement anti-occidental de la Chine. La hausse substantielle de +7,2% qui porte le poste de défense à 224,8 Mds de $, sans ignorer les habituelles ambiguïtés des déclarations officielles – En 2021, la banque mondiale estimait déjà le budget à 293 Mds de $ (soit +30% au-dessus des déclarations chinoises) -, mérite un commentaire particulier.

Il est vrai que depuis 2000 le budget de la défense officiellement déclaré a été multiplié par plus de dix, passant de 22 à 224 Mds $ en 2023, (contre 858 Mds $ aux États-Unis en augmentation de 8% par rapport à 2022), mais selon les autorités chinoises et la banque mondiale, la part du PIB consacrée aux armées n’aurait jamais dépassé les 2% depuis 1993. En 2021, elle était même tombée à 1,7%.

L’augmentation de 2023 qui selon les autorités chinoises vise à achever la modernisation opérationnelle de l’APL en 2035, est aussi à comparer avec celle de toute l’Asie, principal moteur de la hausse global des dépenses de défense avec notamment +26 % au Japon ; en Corée du sud, la hausse 2023 est de +6,8%, mais elle est assortie de la promesse d’un investissement de 268,8 Mds d’ici 2027 soit un budget annuel moyen de plus de 60 Mds de $.

En Australie on imite la Corée du sud, mais un ton nettement en-dessous, en programmant une hausse du budget de la défense de 38 à 48 Mds de $ d’ici 2030. En revanche le budget indien est passé à 72,6 Mds $, en hausse de 13% par rapport à 2022.

Deux femmes à l’honneur.

Les autres promotions qui méritent attention sont d’abord celles de deux femmes, Shen Yiqin et He Rong, qui compensent l’absence d’élément féminin au 20e Bureau Politique.

Shen Yiqin, 谌贻琴 64 ans, issue de l’ethnie Bai dont les racines sont au Yunnan est nommée l’un des cinq conseillers d’État, avec Li Shangfu, le ministre de la défense, Wang Xiaohong, proche de Xi Jinping au sein de l’appareil de sécurité d’État, Wu Zhenglong, secrétaire général du Conseil des Affaires d’État et Qin Gang, le nouveau ministre des Affaires étrangères. A ce titre elle est, depuis ce mois de mars, politiquement, la femme la plus puissante de Chine.

Historienne de formation, elle a fait presque toute sa carrière dans la province pauvre et enclavée du Guizhou au sud du Sichuan, jusqu’à en devenir le Gouverneur en 2017, puis de prendre la tête du Parti en 2020.

Son arrière-plan académique est celui de la recherche historique et de l’enseignement. En politique elle a été investie, dans la construction du parti et la propagande, dont elle a assuré la direction au Guizhou de 2005 à 2012, en liaison avec l’École Centrale du Parti qu’elle a fréquentée à trois reprises dans le cursus de formation permanente, en 1998-1999, 2007 et 2009.

Récemment elle a été repérée par la direction centrale pour s’être personnellement investie, non seulement dans la lutte contre la corruption, mais aussi dans le contrôle de la mouvance politique libérale opposée à Xi Jinping.

He Rong, 贺, 60 ans, garde son poste de ministre de la justice qu’elle occupe depuis février 2023, à la suite de Tang Yijun, parti un mois plus tôt prendre la tête de la Conférence consultative du Peuple Chinois du Jiangxi.

Originaire du Shandong, elle est à 22 ans diplômée de droit des affaires de l’Université et de sciences politiques de Pékin. 20 ans plus tard elle obtient une licence de droit commercial à l’Université de technologie de Sydney.

En 2006, à 44 ans, elle est Docteur en droit économique et commercial de son université d’origine à Pékin. Au cours de sa carrière de magistrat elle a gravi tous les échelons depuis les postes de greffiers jusqu’à celui de vice-présidente de la Cour Suprême de Pékin, en passant par les postes de présidente de la haute cour de Pékin, occupant même au passage à 56 ans, le poste politique de n°2 du parti au Shaanxi.

Un Vice-président shanghaïen énigmatique et habile politique.

La dernière nomination importante est celle de Han Zheng, 68 ans au poste honorifique de vice-président de République à la suite de Wang Qishan parti à la retraite.

Autant Wang Qishan, 73 ans, est un financier extraverti, ancien Gouverneur de la Banque de Construction, connu de la communauté internationale pour avoir en 2003, en pleine crise du SRAS pris en catastrophe la direction de la mairie de Pékin après des mois d’occultation de la réalité de l’épidémie, autant Han Zheng, diplômé d’économie, est un apparatchik sans relief particulier peu connu en Occident.

Membre du Comité Central depuis 2002 et du Bureau Politique depuis 2012, il était le 6e tenant de la faction élitiste de Shanghai à entrer au Comité Permanent, à la suite de Jiang Zemin, Zhu Rongji, Wu Banguo, Huang Ju et Yu Zhengsheng, qui furent tous comme lui n°1 à Shanghai, dont il a été le maire et le n°1 du Parti pendant 10 ans, un record absolu.

7e et dernier membre du Comité permanent jusqu’au 20e Congrès et 1er vice-premier ministre, Han est un habile politique. Économiste formé à Fudan, entré en politique par la Ligue de la jeunesse, il s’est ensuite opportunément rapproché de la faction Jiang Zemin qui en était la rivale politique.

Puis, au moment où, en 2006, Xi Jinping avait provisoirement pris les commandes de Shanghai à la suite de la chute de Chen Liangyu, 75 ans cette année, destitué et condamné à 18 ans de prison pour avoir indument utilisé les 400 millions de $ d’un fond de pension de la ville, Han avait aidé l’équipe du futur n°1 à enquêter sur son ancien patron.

C’est probablement ce qui lui avait valu sa promotion de n°7 du Comité Permanent et de 1er Vice-premier du Conseil des Affaires d’État.

La 14e ANP s’achèvera cette semaine par le discours de clôture de Xi Jinping et la conférence de presse du nouveau premier ministre dont la tradition avait été inaugurée par Wen Jiabao premier ministre de 2003 à 2013. L’annexe ci-joint donne la liste des nominations.


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