›› Editorial
Un procès historique pour éradiquer les démocrates.
Dans un prétoire bondé des prévenus et de leurs avocats, assiégé par des manifestants à l’extérieur, les audiences des 47 – 39 hommes et six femmes âgés de 23 à 64 ans - commencées le 1er mars, durèrent quatre jours très inconfortables pour les prévenus sur qui, à l’évidence, la cour exerça une pression physique et morale.
La première audience dura plus de 13 heures et se prolongea tard dans la nuit. Elle fut ajournée après l’évanouissement d’un des prévenus, transporté à l’hôpital avec plusieurs autres saisis de malaise. La dernière fut ajournée quand un des avocats souleva la question de l’hygiène des prévenus, après que le président du tribunal ait refusé que les parents des détenus leur apportent du linge de rechange.
L’épreuve physique infligée aux prévenus s’est doublée d’un harcèlement psychologique au nom de l’application stricte de la nouvelle loi sur la sécurité nationale. Alors que la prochaine audience est prévue le 31 mai, sans indication de la date à laquelle le procès commencera réellement, la cour a joué avec les nerfs des prévenus en accordant ou non sans véritable rationalité, des mises en liberté sous caution.
Le jeudi 4 mars, quatrième jour des audiences, le président du tribunal accorda la liberté sous caution à 15 des prévenus. Mais il revint sur sa décision, après que le procureur général, faisant peser l’ombre de Pékin, ait fait appel. A la nouvelle qu’aucune caution ne serait accordée, le public qui suivait les audiences sur des écrans dans une salle adjacente, manifesta sa désapprobation. Des familles éclatèrent en sanglots. D’autres se mirent à crier.
Le lendemain, le procureur leva ses objections pour quatre des prévenus Clarisse Yeung, Lawrence Lau, Hendrick Lui et Mike Lam, qui furent libérés sous caution. Le 13 mars Jérémie Tam, 45 ans, homme d’affaire eut moins de chance. La haute cour devant laquelle il comparaissait rejeta la décision de la Cour intermédiaire qui avait accepté de le la libérer.
Enfin, signe que l’État de droit et l’indépendance judiciaire, pilier de l’arrangement politique « Un pays deux systèmes » sont bien morts, la direction politique du Territoire peut, au nom de la nouvelle loi sur la sécurité nationale, décider que les « cas difficiles » pourraient si nécessaire être jugés sur le Continent.
Aucune décision de ce type n’a encore été prise, mais l’éventualité fait peser une épée de Damoclès d’autant plus menaçante que l’accusation de subversion est en Chine passible de l’emprisonnement à vie. Lire à ce sujet : Condamnation à la prison à vie d’un intellectuel ouïghour.
Ce n’est pas tout. Alors qu’à l’intérieur, ils sont les instruments indifférenciés de la justice et du contrôle politique, les magistrats sont aussi des auxiliaires de pression, utilisées comme un levier au service des relations internationales.
La justice, instrument de la diplomatie des otages.
L’exemple le plus récent et le plus emblématique de l’instrumentalisation de la justice à des fins de politique étrangère est la riposte de Pékin au harcèlement infligé par Washington au nom du Magnitsky Act, à Meng Wanzhou, responsable financière de Huawei et fille de Ren Zhengfei, son fondateur.
Retenue depuis le 1er décembre 2018 en résidence surveillée à Vancouver par la justice canadienne qui, jusqu’à présent a refusé de l’extrader aux États-Unis, la situation de Meng a provoqué des réactions de riposte en chaîne de l’appareil judiciaire chinois.
Dix jours seulement après l’arrestation de Meng, deux canadiens Michael Kovrig ex-diplomate basé à Hong Kong, travaillant pour l’International Crisis Group et Michael Spavor, consultant sur la Corée du nord et directeur d’une agence d’échanges culturels avec Pyongyang, étaient arrêtés en Chine pour espionnage. Leurs procès ont débuté fin mars 2021 par des audiences à huis clos.
Alors que les deux risquent la prison à vie, mais qu’aucun jugement n’a été prononcé, il est clair que la procédure qui sera indéfiniment prolongée pour faire pression sur Ottawa, ne prendra fin qu’avec la libération de Meng Wanzhou.
Un troisième Canadien, Robert Schellenberg dont le cas est plus inextricable parce qu’il est impliqué dans un trafic d’amphétamine pour lequel il avait étécondamné à mort le 15 janvier 2019, constitue pour Pékin un levier international d’une efficacité redoutable mettant sérieusement en porte-à-faux Ottawa.
Confronté à son opinion publique, horrifiée par la perspective de l’exécution d’un compatriote, le Premier Ministre Justin Trudeau est pris entre son obédience au principe de justice indépendante qui lui interdit d’intervenir dans le cas de Meng et Pékin qui fait durer à sa guise aussi longtemps que nécessaire le séjour de Schellenberg dans le couloir de la mort.
Ces trois ne sont pas les seuls utilisés par Pékin pour exercer des pressions internationales. Yáng Héngjūn 杨恒均, écrivain sino-australien, ancien diplomate chinois, tenant un « blog » critique de la politique intérieure chinois et professeur à l’Université de Columbia aux États-Unis, a été arrêté en août 2019 à Canton pour espionnage.
Alors qu’il est détenu depuis 15 mois dans des conditions sévères assimilées par ses amis à de la torture, Yang vient de comparaître pour la première fois devant une cour, le 27 mai dernier.
Une autre victime de justice chinoise impliquée en politique étrangère est Cheng Lei, journaliste chinoise vedette de CGTN ayant la nationalité australienne et soudain disparue des écrans TV en août 2020. Le 5 février dernier, elle a, elle aussi, été accusée de fournir des secrets d’État à l’étranger ».
Leur détention coïncide avec les sévères tensions diplomatiques surgies entre Pékin et Sydney, depuis qu’à l’été 2018 le parlement australien a adopté une loi pour se protéger des ingérences chinoises en politique et que Scott Morrison le premier ministre exige plus de transparence de la Chine sur l’origine du virus Covid-19 (lire : Pékin à Canberra : « Ne touchez pas aux intérêts vitaux chinois. » Brutalité et fragilités chinoises. Limites des discours d’ouverture).
La communauté Occidentale et le Japon qualifient ces pratiques d’emprisonnement de ressortissants étrangers ou Chinois liées à des tensions internationales de « diplomatie des otages ».
Le 15 févier dernier, 58 pays, dont le Japon, l’Australie, le Royaume Uni, les États-Unis ont, à l’instigation du Canada, publié une déclaration commune dénonçant les détentions arbitraires d’étrangers ou de nationaux chinois. Peu après le Global Times qualifiait la manœuvre de « provocation agressive contre la Chine ».
Disant cela, le journal qui suit à la lettre, mais en forçant le trait nationaliste, la ligne éditoriale du Quotidien du Peuple, passe sous silence que le besoin de justice des humains, est une quête universelle.

