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›› Editorial

En Afghanistan, Pékin face à la surenchère terroriste

Quelle solidarité anti-terroriste ?

Pékin a décidé d’accorder son soutien à la lutte anti-terroriste à la condition que les États-Unis et leurs alliés cessent leurs critiques de sa politique anti-terroriste qui frappe les Ouïghour dans la province du Xinjiang.


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Après les attentats du 11 septembre 2001, premier coup de semonce du déclin stratégique de l’Amérique, Pékin avait promis une coopération sans faille pour lutter contre les terroristes. Il s’en était suivi une période de relatif apaisement des relations sino-américaines. Cette fois, le porte-parole qui réaffirme l’aversion chinoise au terrorisme, affiche la même solidarité. Mais la situation globale n’est plus la même qu’il y a vingt ans.

Le moins qu’on puisse dire est que Pékin, engagé dans une très âpre rivalité avec Washington, paraît, pour l’instant, moins disposé à une coopération authentique dépourvue d’arrières pensées. La première réserve renvoie systématiquement au souci de sécurité n°1 de Pékin au Xinjiang.

Lors de la conférence de presse du 27 août, le porte-parole a d’abord éludé une question à propos de la coopération directe avec Washington, préférant évoquer une « solidarité internationale. ». Puis, très vite, il en est arrivé à accuser Washington d’avoir éliminé de sa liste des organisations terroristes l’East Turkistan Islamic Movement (ETIM), opérant au Xinjiang dans le but de séparer la province de la Chine.

« L’ETIM est répertorié comme un groupe terroriste par le Conseil de sécurité de l’ONU et constitue une menace directe et immédiate pour la sécurité de la nation chinoise et du peuple chinois », a déclaré Zhao.

Puis, oubliant que les Talibans pourraient avoir quelques difficultés à contrôler complètement le pays et les nébuleuses plus radicales engagées dans une surenchère mortelle, il ajouta que les nouveaux maîtres du pays, reçus à Tianjin il y a un mois, avaient clairement promis qu’ils n’utiliseraient pas le territoire afghan comme base arrière pour affaiblir la Chine.

Mais l’indice le plus préoccupant, laissant supposer que, cette fois, la coopération de Pékin pourrait être moins sincère qu’après le 11 septembre, est son nouvel angle d’attaque qui accuse les États-Unis, l’Otan et leurs alliés de crimes contre l’humanité en Afghanistan.

Alors que, pour sécuriser les dernières évacuations, Washington est contraint de négocier avec les Talibans, effectuant en même temps une frappe aérienne pour détruire un véhicule suicide lancé contre l’aéroport militaire de Kabul, Pékin a brutalement changé de discours au Conseil des droits de l’homme à Genève.

Accusée au Xinjiang, la Chine riposte sur le même thème des « crimes contre l’humanité ».

Cheng Xu, 59 ans, l’ambassadeur de Chine au siège de l’ONU à Genève, qui fut aussi Directeur des Affaires européennes au Waijiaobu (2016 – 2019), accusait les États-Unis, la Grande Bretagne et leurs alliés de l’OTAN d’avoir sévèrement violé les droits de l’homme au cours des vingt années de guerre en Afghanistan. Parmi les 26 agences de l’ONU présentes à Genève, on compte, principale destinataire des accusations de la Chine, le Bureau Haut Commissaire des NU pour les droits de l’homme. UNHCR


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Par un coup de pied de l’âne, riposte aux accusations occidentales que la Chine commet de graves atteintes aux droits contre les Ouïghour au Xinjiang, la semaine dernière, Cheng Xu l’ambassadeur de Chine à Genève, accusait les États-Unis, la Grande Bretagne et leurs alliés de l’OTAN d’avoir sévèrement violé les droits de l’homme au cours des vingt années de guerre en Afghanistan.

« Sous la bannière de la démocratie et des droits de l’homme, les États-Unis et d’autres pays interviennent militairement contre des États souverains pour imposer leur modèle à des pays dont l’histoire, la culture et les conditions nationales sont très différentes, causant ainsi de graves dommages à leurs peuples ».

L’ambassadeur Cheng n’est pas le seul à dénoncer les crimes commis par l’alliance occidentale. Le 22 août, dans l’Indian Express Bhanu Mehta, président d’un des plus éminents centres de recherche indien signait un article intitulé « Les péchés de l’Empire ». Il en listait sept qui, selon lui, contribuèrent à la débâcle en Afghanistan. La corruption qui nourrit la guerre ; l’absence de lucidité comme au Vietnam ; un déficit de moralité ayant conduit à l’anarchie ; l’hypocrisie ; le culte de la violence et du racisme.

A l’Université de Columbia, Hamid Dabashi, professeur d’études iraniennes et de littérature comparée, enfonçant le clou de la détestation de l’Occident et de l’Amérique à partir de ses propres entrailles universitaires, écrivait sur le site d’Al Jazeera : « Que peuvent infliger les Talibans à l’Afghanistan que les États-Unis et leurs alliés européens ne lui ont pas déjà fait subir ? »

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Décidément, cette fois, contrairement à l’après 11 septembre, la coopération anti-terroriste de Pékin ne va pas de soi. Avec les États-Unis et même leurs alliés occidentaux qu’elle accuse d’avoir commis des crimes en Afghanistan, la Chine conditionne sa solidarité à l’arrêt des attaques contre elle notamment à propos des Musulmans du Xinjiang. Le 17 août dernier un éditorial du Global Times l’avait déjà clairement formulé.

« La Chine aura à cœur de rétablir l’ordre en Afghanistan et de promouvoir la reconstruction du pays déchiré par la guerre, mais elle n’a aucune obligation d’aider les États-Unis à sortir d’un dilemme stratégique qui appartient entièrement à Washington. Alors que les États-Unis exercent malicieusement une coercition stratégique contre la Chine, rien n’oblige Pékin à tenter de gagner la faveur des États-Unis en rendant le bien pour le mal. Ça ne marchera pas. »

Alors que la prévalence stratégique américaine et la puissance de son modèle sont sérieusement malmenés, la mise au point résonne comme le dernier clou dans le cercueil de la politique d’ouverture sino-américaine inaugurée par Deng Xiaoping et Jimmy Carter en janvier 1979 à la Maison Blanche.

Washington et Pékin dont les intérêts sont imbriqués ne cesseront pas de se parler, mais l’illusion que la Chine pourrait s’insérer dans la vision occidentale du monde s’est dissipée. Plus que jamais, la relation sino-américaine est dominée par la défiance.


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