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Au Myanmar le pragmatisme de Pékin aux prises avec le chaos d’une guerre civile

Quand on considère son histoire avec le turbulent voisin de sa frontière sud, le moins qu’on puisse dire est que, pour ménager ses intérêts dans le pays, la République Populaire de Chine dont les relations officielles avec la Birmanie devenue le Myanmar en 1989 ont été établies dès 1950, pousse à l’extrême sa patience et sa souplesse y compris contre son image internationale, parfois au prix de la sécurité des 2129 km de frontière commune, le long du Yunnan.

Depuis la victoire en trompe-l’œil d’Aung San Suu Kyi aux élections de 2015, une série d’événements ont été à la racine de l’inconfort d’une situation à laquelle Pékin s’efforce tant bien que mal de s’adapter avec placidité. En riposte à une nouvelle victoire aux législatives de 2020 du parti d’Aung San Suu Kyi, ayant conquis 86% des sièges, le brutal coup d’État militaire du 1er février 2021, fut suivi d’un épisode de guerre civile meurtrière et de l’arrestation de la « Dame de Rangoon » avec qui l’appareil à Pékin avait pourtant choisi de composer.

Avec en tête qu’il abrite le couloir de passage d’un gazoduc et d’un oléoduc, cordons ombilicaux stratégiques majeurs, sans compter les ressources propres de pétrole et de gaz du pays [1], le Myanmar est considéré par Pékin comme un voisin dont il est vital de cultiver la proximité sans états d’âme.

Depuis des lustres cette stratégie est maintenue contre vents et marées quels que soient les régimes, l’instabilité politique interne et les désagréments toxiques de la survivance des jeux d’argent, des trafics de bois, de drogue et d’êtres humains (travailleurs au rabais, opérateurs des jeux en ligne, prostituées et épouses vendues sur le marché des riches célibataires birmans) dans lesquels sont impliqués à des degrés divers les responsables locaux civils et militaires des États irrédentistes, limitrophes du Yunnan.

Après avoir longuement frayé avec une succession de dictateurs birmans, avec qui elle a depuis 1989 noué d’intenses liens de coopération militaire, leur fournissant assistance techniques et équipements (blindés, chasseurs et navires de combat), en échange d’un accès privilégié au théâtre stratégique du golfe du Bengale, à portée directe de l’Inde, la Chine a, en seulement l’espace de quelques années, été contrainte de s’ajuster d’abord à la bascule politique de l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi – il est vrai tenue rênes courtes par l’armée -, puis six ans plus tard, à un coup militaire, suivi d’une guerre civile dont la puissance ayant explosé en octobre 2023, l’oblige à un nouveau rééquilibrage de sa stratégie.

Récemment eurent lieu plusieurs évènements, pointes émergées de l’iceberg des péripéties qui, depuis 2015, mettent à mal la patience et la plasticité impavide de Pékin.

Note(s) :

[1Le Myanmar abrite l’une des plus anciennes industries pétrolières et gazières au monde, ses premières exportations de pétrole brut remontant à 1853, sous l’égide de la « British Burma », appuyée par deux douzaines de familles birmanes, propriétaires des gisements par héritage.

Avant la Seconde guerre mondiale et l’invasion japonaise, la production pétrolière s’élevait à 18 000 barils/jours (à comparer avec 500 000 barils produits à cette époque par Saudi Aramco) plaçant cependant le pays dans les 30 premiers producteurs mondiaux. Il reste qu’après l’indépendance en 1948, les puits de pétrole existants avaient été asséchés par des décennies d’extraction intensive britannique.

En 1963, les nationalisations brutales du dictateur Ne Win (lire le § Myanmar de notre article L’instabilité historique de la frontière sino-birmane. La longue patience de Pékin. Crises de migrants et diaspora chinoise dans l’ASEAN) isolèrent le pays et aggravèrent la déshérence du secteur.

Ce dernier a été relance après 1989 quand la Junte a ouvert le pays aux investissements étrangers. En 1991, Shell découvrait le champ gazier d’Apyauk à 50 kilomètres au nord-ouest de Yangon. Une année plus tard, le Français Total a investi avec succès dans la prospection du champ gazier offshore de Yadana, en signant un contrat avec la Myanmar Oil and Gas Enterprise (MOGE), contrôlé par la Junte.

Enfin, le 21 janvier 2022, un an après le coup d’État militaire, Total Énergies, sous la pression des ONG des droits qui lui reprochaient d’alimenter les exactions du pouvoir militaire, se retirait du Myanmar. Il fut suivi par l’Américain Chevron, dont le retrait eut lieu quatre années après la Shell. Notons que ces retraits ne sont que la face émergée de puissants conflits d’intérêts entre les géants mondiaux des hydrocarbures et la mouvance globale des défenseurs des droits qui dénoncent leurs intenses opérations de « lobbying » pour continuer à opérer au Myanmar. En février 2023 The Guardian avait longuement analysé cet aspect de la situation (lire : Revealed : how world’s biggest fossil fuel firms ‘profited in Myanmar after coup’)


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