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Chine-Etats-Unis : visite protocolaire, grandes ambitions et un contentieux rigide

Les obstacles ou désaccords restent nombreux et concernent d’abord les épineuses et très sensibles questions de souveraineté et de droits de l’homme (Taïwan, Tibet, Xinjiang, harcèlements de dissidents), il est vrai évoquées sur un mode mineur au cours du sommet. L’absence flagrante d’accord - relevée par les Européens pour un engagement chiffré sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre a, été corrigée dix jours après la rencontre. Mais, pour beaucoup, les promesses surprises de Washington et Pékin restent très en-deçà des celles des Européens, même si les deux initiatives sont considérées comme des « signes positifs ». Des deux côtés les suspicions demeurent.

Les réductions proposées par les Américains sont comptées sur la base de 2005, au lieu de 1990. La Chine, qui bénéficie déjà d’importants « crédits carbone », a, quant à elle, concocté son plan de réduction, non pas à partir des émissions de carbone, mais en fonction de points de pourcentage du PIB, une échelle difficile à vérifier. Elle renvoie les Etats-Unis et les Occidentaux à leurs « responsabilités historiques », et réclame des aides financières et le transfert de technologies propres.

Les autres divergences sont connues, mais semblent reprendre de la vigueur : contentieux commerciaux - avec une plainte à l’OMC qui fait grand bruit, pour dumping et concurrence déloyale, déposée par les Etats-Unis, suivis par l’UE, pour freiner l’invasion des tubes d’acier chinois destinés à la recherche et à l’exploitation pétrolière, dont la production et les prix sont directement contrôlés par l’Etat - ; résurgence des critiques sur la faiblesse artificielle du Yuan - que la Chine ne réévaluera pas - et, en contrepoint, les attaques chinoises, de plus en plus directes, contre le désordre des finances américaines, les déficits excessifs et les faibles taux d’intérêt.

Au plan stratégique, la Chine accepte de plus en plus de jouer un rôle, mais elle entend le faire à ses conditions. Sur les questions de prolifération nucléaire, même s’il lui arrive parfois de durcir le ton, elle s’en tiendra à sa politique de principe, opposée aux sanctions avec l’Iran. Avec Pyongyang, on observe même un réchauffement des relations, après les catastrophiques explosions nucléaires nord-coréennes de 2006 et 2009, à l’origine d’une crispation de Pékin et de la panne du dialogue à six. Lors de sa récente visite en Corée du Nord, le ministre de la défense chinois, le Général Liang Guanglie, a réaffirmé, sur un ton qui rappelle celui de la guerre froide, l’alliance indéfectible entre les deux pays, ancrée dans les souvenirs de la guerre de Corée.

Dans l’imbroglio afghan, sur son flanc sud, la Chine ne coopère pas, en dépit des fréquents appels du pied des Etats-Unis. Elle pousse même au départ de l’OTAN, demande son remplacement par une force des Nations Unies et, cherchant à reprendre la main dans une situation qui lui échappe depuis 2002, elle propose - en contradiction complète avec les stratégies de l’OTAN - un règlement négocié de la crise, incluant le Pakistan, l’Afghanistan et l’Inde. En même temps, elle affiche, au risque de paraître cynique, des projets miniers de très grande ampleur, que les Afghans accueillent d’ailleurs avec enthousiasme.

Les investissements chinois en Afghanistan, commencés discrètement sous le régime des Talibans en 1998, puis prudemment mis en veilleuse après le 11 septembre 2001, ont en effet brutalement changé d’échelle en 2007, avec l’offre très généreuse d’un consortium minier piloté par l’Etat chinois, comprenant 3,6 milliards de $ - très en dessus de ce que les Afghans eux-mêmes attendaient, et hors de portée des autres développeurs potentiels, Américains ou Russes - pour l’exploitation de la mine de cuivre d’Aynak dans la province de Logar, ainsi que la construction d’une usine électrique et d’une voie de chemin de fer reliant le Tadjikistan au Pakistan, en appui des vastes projets miniers, que les appétits chinois ne pourront que multiplier.

Ces entreprises s’inscrivent dans une vaste opération d’influence économique et stratégique régionale, articulée autour d’actions déjà en cours - développement du Grand Ouest chinois, oléoduc vers la Birmanie, route de Karakorum, port de Gwaddar au Pakistan, pipeline Kazakhstan - Xinjiang, développement des champs pétroliers iraniens, que les stratèges américains, inquiets de l’influence tentaculaire de la Chine en Asie Centrale et en Asie du Sud-est, observent avec de plus en plus de perplexité.


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